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Harlem au coeur de l'histoire

Un peu partout dans Harlem, sur des murales... (PHOTO SYLVIE ST-JACQUES, collaboration spéciale LA PRESSE)

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Un peu partout dans Harlem, sur des murales et dans les stations de métro, on trouve des artefacts qui rappellent l'importance historique du quartier pour la communauté afro-américaine.

PHOTO SYLVIE ST-JACQUES, collaboration spéciale LA PRESSE

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Sylvie St-Jacques

Collaboration spéciale

La Presse

Harlem est au coeur de l'histoire des Afro-Américains. Une histoire, cela saute aux yeux, qui est toujours bien vivante. Même pour les visiteurs d'un jour.

Un dimanche après-midi d'octobre, une cinquantaine de touristes et de mélomanes s'entassent autour du piano de Marjorie Eliot. Depuis 24 ans, cette pianiste, femme de théâtre et doyenne de la scène artistique de Harlem ouvre chaque semaine son appartement du 555, avenue Edgecombe. Elle y offre des concerts intimistes et gratuits, où elle s'entoure d'acteurs et de musiciens de talent. L'auditoire est respectueux, prêtant l'oreille au jazz suranné et aux paroles déclamées sur la brutalité de l'esclavage.

Pendant un moment, dans cet immeuble de Sugar Hill qui a jadis hébergé Count Basie, Duke Ellington et Lena Horne, on a le sentiment d'être propulsé dans l'ambiance des speakeasies et des rent parties de l'époque de la Harlem Renaissance. Bref, on est bien loin des documentaires sur le crack et les gangs des années 80, qui dépeignaient Harlem comme infréquentable, à bannir de son circuit touristique new-yorkais...

«Depuis 1995, Harlem connaît un renouveau. Le quartier est même devenu une destination touristique», affirme Tyler-Marie Council, qui organise des visites historiques du quartier.

Ces jours-ci, il n'est pas rare que des visiteurs en week-end à Manhattan prévoient une escapade au nord de Central Park, pour fouiner chez les commerçants africains de la 116e Rue, faire comme Nelson Mandela et goûter au soul food du fameux restaurant Sylvia's, ou assister à un spectacle à l'Apollo Theater. Encore aujourd'hui, le théâtre vieux de 70 ans tient chaque mercredi son «Amateur Night», où les Michael Jackson, Aretha Franklin et Lauryn Hill ont fait leurs débuts.

«To be good or to be gone» est le slogan de cet événement, où les aspirants artistes viennent tenter leur chance et se soumettent au jugement du public...

Le réveil de Harlem

Harlem occupe toute la partie nord de Manhattan, s'étalant de la Hudson à la Harlem River. Le quartier est situé entre la 96e et la 144e Rue, à l'est, et entre la 110e et la 155e Rue, à l'ouest. Sa situation géographique idéale, des rues désormais sûres, la proximité de l'Université Columbia, la rénovation des belles brownstones, maisons typiques du quartier, un trajet facile vers l'aéroport LaGuardia...

Tout cela suscite la convoitise des promoteurs immobiliers, des restaurateurs et autres agents d'embourgeoisement, comme la chaîne Whole Foods, qui ouvrira prochainement un supermarché à l'angle de la 125e Rue et du boulevard Malcolm X. «Quand Whole Foods arrive, c'est fini!», lance à la blague une employée du mythique restaurant Red Rooster. Création de Marcus Samuelsson, célèbre chef d'origine éthiopienne qui a cuisiné pour Barack Obama à la Maison-Blanche, le Red Rooster est une destination en soi, qui attire une foule diversifiée avec sa déco éclectico-africaine, son soul food réinventé, son irrésistible bar à cocktails et ses soirées de musique live endiablées.

«L'embourgeoisement est un phénomène à double tranchant», songe Tyler-Marie Council, qui rappelle que le Harlem où sa grand-mère a vécu était archidangereux et qu'à une certaine époque, il était carrément suicidaire de s'aventurer au-delà de la 116e Rue.

«C'est bien d'avoir des rues propres et des commerces comme H&M. Mais pendant ce temps, les loyers augmentent et les marchands locaux sont forcés de fermer boutique», estime Tyler-Marie Council.

Sur Broadway, autour de la 146e Rue, les cafés branchés et les restaurants spécialisés dans les brunchs commencent à côtoyer les salons de tressage à l'africaine et les comptoirs de takeout mexicains. En déambulant dans la 125e Rue, entre les marchands ouest-africains qui font (en français!) le commerce d'encens, de pagnes africains, d'huile aromatique et de beurre de karité, on est à même de constater l'évolution perpétuelle de ce quartier historique.

«On trouve à Harlem la plus importante concentration de Sénégalais aux États-Unis», ajoute Tyler-Marie Council, qui dans sa visite guidée rappelle qu'au XIXe siècle, le quartier a été allemand, juif, irlandais et italien. Des vagues de migration ouvrière ont été à l'origine de l'arrivée des Noirs venus du Sud qui trouvaient du travail dans les usines.

Leur nombre grandissant a donné naissance à la Harlem Renaissance, un mouvement significatif pour l'affirmation de l'identité afro-américaine et sa contribution à la culture. Un peu partout dans Harlem, sur des murales et dans les stations de métro, on trouve des artefacts qui rappellent ce pan de l'histoire.

«C'était une époque où les Noirs, nouvellement libérés de l'esclavage, étaient à la recherche de leur identité, et se sont exprimés par le jazz, l'art, la littérature. Dans les années 20, des douzaines de clubs sont apparus dans Harlem, comme le Cotton Club (toujours vivant!), le Paradise Lodge, le Lenox Lounge... C'était une époque très excitante et stylée!», relate Tyler-Marie Council.

Harlem Shake

Avec 400 églises de diverses confessions (baptistes, sionistes, méthodistes, épiscopaliennes, catholiques...), Harlem jouit d'un esprit religieux et communautaire unique à Manhattan.

«Depuis le temps de l'esclavage, les églises occupent une place très importante dans la communauté noire. Pas seulement pour des raisons religieuses, mais aussi pour soutenir des causes politiques», explique Tyler-Marie Council.

Assister à une messe gospel est incontournable pour bien des visiteurs. La messe de 11 h 30, à l'église Abyssinian (138e Rue), est ouverte aux touristes. Mais soyez prévenu: la file peut être longue.

Or, les églises n'ont pas l'exclusivité du groove à Harlem. Pour pimenter son séjour d'une dose de musique, il y a l'Apollo, bien sûr, dont la scène accueille chaque semaine des noms émergents ou établis de la soul, du jazz, du hip-hop. Mais avec un peu de chance, on peut aussi tomber sur un concert en plein air de musique malienne, ou encore s'aventurer dans un des anciens speakeasies du quartier, comme Bill's Place (133e Rue), où Billie Holiday a fait ses débuts.

Au gré des époques, Harlem se transforme, renaît, se réinvente. Mais son soul demeure, et exulte chez Marjorie Eliot quand elle invite le public à se lever pour chanter le negro spiritual When the Saints Go Marching In. Oui, l'esprit de Harlem est bien vivant. Pour tous.

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