Un macchiato pour mon ado?

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Selon la National Coffee Association, la proportion de buveurs de café chez les jeunes de 13 à 18 ans est passée de 23 % en 2014 à 37 % cette année.

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La consommation de boissons énergisantes chez les jeunes fait jaser depuis des années. Étrangement, alors qu'on décriait le Monster ou le Red Bull, le bon vieux café, lui, plus socialement accepté, est plutôt passé sous le radar. Or, entre une carte-cadeau de leur café préféré et un après-midi au café du quartier, voilà que de plus en plus de jeunes enfilent les lattés, macchiato et frappuccino glacés, sucrés ou vanillés. Faut-il s'inquiéter? Six choses à savoir.

Les chiffres

Soixante-treize pour cent des jeunes consomment de la caféine chaque jour. C'est ce que révèle une des rares études sur la question, réalisée par l'American Academy of Pediatrics, en 2014 lors d'une recherche menée chez les 2 à 22 ans. Sous toutes sortes de formes: colas, chocolats, cafés, thés, boissons énergisantes. Ce qui a changé dans les dernières années, c'est la source de cette caféine. Contrairement aux années 90, les jeunes boivent aujourd'hui moins de sodas et davantage de café. Et cela, l'industrie l'a aussi constaté: une étude américaine publiée en mars par la National Coffee Association révèle que c'est chez les jeunes que l'augmentation de la consommation de café est la plus marquée : de 23 % de buveurs de 13 à 18 ans en 2014, ils étaient 31 % en 2016 et 37 % cette année.

Il y a plus: une étude de la firme américaine Piper Jaffray réalisée en 2014 auprès de 7500 adolescents a conclu que ceux-ci dépensent de plus en plus dans les restaurants, de moins en moins pour les vêtements. Et quel est leur restaurant préféré? Vous l'avez deviné : Starbucks.

Les recommandations

Le café est l'une des boissons énergisantes les plus consommées dans le monde, toutes cultures et tous âges confondus. Même si la caféine est considérée comme «sans risque» en petite quantité par Santé Canada, reste que ses effets négatifs sur les jeunes sont à ce jour plutôt méconnus, puisque la plupart des recherches ont été effectuées sur des adultes. Au Canada, on conseille aux adultes de ne pas dépasser trois tasses de café par jour. Quant aux enfants, les recommandations sont faites en fonction de leur âge et de leur poids. Par exemple, de 4 à 6 ans, ils ne devraient pas consommer plus de 45 mg de caféine par jour, l'équivalent d'une petite canette de cola. Quant aux ados, on suggère de ne pas dépasser 2,5 mg de caféine par kilogramme de poids corporel. Un adolescent de 55 kg ne devrait donc pas dépasser 137,5 mg par jour, l'équivalant d'un petit café chez Tim Hortons, illustre un document de l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Les préoccupations

Ça a l'air tout simple sur papier, mais en pratique, ça l'est nettement moins. D'abord, qui connaît véritablement la teneur en caféine de son petit, moyen ou grand café? 

Les risques de dépasser les limites prescrites sont réels. Le National Council on Strength and Fitness (NCSF), une association américaine de professionnels en matière d'activité physique (dont des nutritionnistes sportifs), s'est intéressé à la consommation des ados. Dans un document sur le sujet, le NCSF révèle que si un Pepsi ne contient que 38 mg de caféine, un latté grand format (grande) chez Starbucks en contient 150 mg, et un café filtre, aussi grand format, 320 mg! Et c'est là que repose l'essentiel des préoccupations: dans les années 80, précise l'organisme, les enfants ne buvaient qu'une canette de cola par jour, soit 38 mg de caféine. Aujourd'hui, on estime qu'ils consomment en moyenne 100 mg par jour. Les mokas glacés, lattés vanillés et autres boissons caféinées populaires auprès des jeunes sont offerts dans des formats géants, et sont souvent si sucrés qu'ils maquillent le véritable goût du café, ce qui permet d'en avaler des quantités astronomiques.

«C'est à la mode et le goût amer du café est maquillé par le sucre et le gras, on goûte donc moins, mais on a les effets! Mais dans 500 ml de café glacé, il y a une quantité de caféine importante!», indique Marie-Josée Leblanc, nutritionniste chez Extenso.

«J'adoooore ça aller au café. C'est moins cher... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 2.0

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«J'adoooore ça aller au café. C'est moins cher qu'aller au resto, mais avec les mêmes discussions entre amis.» - Nazmiye Moutier, 16 ans

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Les risques

Au printemps, un adolescent de 16 ans est mort en Caroline du Sud, après avoir bu un café au lait, un soda et une boisson énergisante, une consommation croisée dépassant les quantités limites recommandées. D'après le rapport du coroner, il aurait souffert d'arythmie, son coeur ayant été incapable de pomper suffisamment de sang dans son corps. Si des cas du genre sont heureusement rares, tous les experts soulignent les mêmes risques associés à une trop grande consommation de caféine: palpitations, angoisse, irritabilité, problèmes de concentration, problèmes gastro-intestinaux, maux de tête, tremblements et troubles du sommeil. Le NCSF ajoute qu'on n'a pas non plus à ce jour étudié l'impact psychologique et physiologique de la caféine sur les enfants (et les adolescents), qu'il pourrait y avoir des impacts à long terme sur le cerveau (en développement à cet âge, faut-il le rappeler), et que c'est à l'adolescence que l'on prend des habitudes qui nous suivent toute la vie. Une grande consommation de café, de sucre et de gras pourrait entraîner des risques d'obésité à long terme. Enfin, certaines études auraient aussi suggéré qu'une plus grande consommation de caféine à l'adolescence (plus de 200 mg par jour) pourrait être associée à une plus grande impulsivité, à une quête d'émotions fortes et à d'autres comportements à risque.

Les avantages

Tout cela étant dit, la consommation de café n'est pas non plus sans intérêt. Parce qu'à dose raisonnable, c'est-à-dire en ne dépassant pas les recommandations, on sait aussi que la caféine a les mêmes effets sur les enfants et les ados que sur les adultes: elle stimule. Elle améliore l'humeur, la performance physique, la vitesse de traitement de l'information, l'attention, le temps de réaction et réduirait les effets négatifs liés au manque de sommeil, souligne l'Association pour la santé publique du Québec.

Aux États-Unis, la clinique Mayo indique aussi que la caféine réduirait les risques de développer un diabète de type 2, le cancer du foie et la maladie de Parkinson. «Oui, mais cela dépend aussi des habitudes de vie en général!», nuance tout de même la nutritionniste Marie-Josée Leblanc.

Autre intérêt, et non le moindre: l'aspect social associé à la consommation du café aujourd'hui. Aller un après-midi au Starbucks est moins dangereux que traîner dans un parc ou une ruelle, voire un bar, considèrent nombre de parents d'adolescents. «Les parents voient ça comme un moindre mal, comme quelque chose qu'ils font eux-mêmes», a résumé Kevin Osborn, expert en tendances et habitudes de consommation des ados, à l'Associated Press.

Les suggestions

Que conclure? Plusieurs choses. «La base, résume Marie-Josée Leblanc, c'est qu'une petite quantité de caféine ne devrait pas poser de problème.» L'idée étant ici de ne pas dépasser les recommandations, de demeurer vigilant quant à la forme (et au format) de la boisson caféinée consommée et de ne jamais oublier que le café n'agit pas de la même manière sur tous. «Il y a une grande variabilité dans notre tolérance à la caféine», précise-t-elle, selon notre poids, mais aussi notre accoutumance. Son conseil: suggérez à vos ados de boire du café le moins transformé possible («pour découvrir le goût de l'amer et certainement en boire beaucoup moins») et les éduquer (en matière de quantité de caféine ici ou là, de recommandations pour leur santé, des risques de la consommation croisée, etc.). «Mais un espresso à 16 ans, je pense que ce n'est pas la pire chose qu'on pourrait consommer», conclut celle qui est mère de trois adolescents.




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