Motivation: au sommet de leur forme

Joanne Dubois, 41 ans, a complété cet été... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Joanne Dubois, 41 ans, a complété cet été son premier Ironman, une épreuve totalisant 3,8 km de nage, 180 km de vélo et 42 km de course.

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Dans une vie, il y a de ces moments charnières qui nous poussent à changer. Voici le portrait de quatre personnes qui ont décidé, un jour, d'accueillir le sport dans leur quotidien. Et qui en font, depuis, un mode de vie.

Joanne Dubois, 41 ans

«Il est peut-être temps que tu fasses quelque chose.»

Lorsque son médecin de famille lui a passé cette remarque, en 2008, Joanne Dubois s'est d'abord sentie un brin vexée. C'est vrai, elle avait pris beaucoup de poids depuis un an, mais ni son corps ni son âme n'allaient bien à l'époque. Son médecin l'ignorait, mais Joanne se savait en dépression majeure.

Au fil des jours, Joanne a réalisé que son médecin avait raison. Il lui fallait faire «quelque chose». Pas question de se lancer dans un énième régime au bout duquel elle reprendrait les kilos perdus. Joanne, sédentaire depuis l'arrivée de ses deux enfants, s'est fait une promesse: elle allait recommencer à bouger.

Elle l'ignorait, mais c'était le début d'un long périple qui allait la mener, sept ans plus tard, à la ligne d'arrivée de son premier Ironman.

Un pas à la fois

Au départ, Joanne a commencé par marcher dans son quartier, à Terrebonne. Elle y allait seule, le soir. Elle craignait le regard des autres. «Plus ça allait, plus j'étais en forme, mieux je mangeais, plus j'étais de bonne humeur, plus j'avais le goût de sortir de la maison.»

Elle s'est inscrite au gym, où elle a graduellement apprivoisé le tapis roulant. Et un soir de 2010, après avoir préalablement déterminé un trajet de 10 km dans son quartier, elle a enfilé ses espadrilles et s'est lancée.

Au retour, elle était crevée, mais heureuse. Elle a ouvert son ordinateur... et s'est inscrite au marathon de Montréal. «Pourquoi tu ne fais pas 10 km?», lui a demandé son mari. «Pourquoi je ferais 10 km si je viens de le courir dans la rue?»

Elle s'est imprimé un plan d'entraînement sur l'internet et l'a suivi jusqu'au jour J, le 25 septembre 2011. Son sourire était tel à la fin des 42 km que son mari a décidé de s'y mettre lui aussi.

Un matin de 2012, Joanne Dubois a entendu la journaliste Karine Champagne (qui est à l'origine du groupe Karine et ses Mères-Veilleuses) parler de triathlon à la télévision. On connaît la suite: après quatre demi-Ironman, Joanne et son mari ont complété en août leur premier Ironman, une épreuve totalisant 3,8 km de nage, 180 km de vélo et 42 km de course.

Quelle est la plus grande différence entre la Joanne de 2008 et la Joanne de 2015? «J'ai appris à être indulgente et douce envers moi-même. Et de le faire pour moi.»

Ce n'est pas une mince affaire...

Piste de succès pour changer pour de bon 

no 1) Avoir un moteur 

«Il faut avoir une ou des raisons pour vouloir changer, sans quoi ça ne peut tenir la route. Ça peut être une raison externe à soi-même - les gens vont m'apprécier davantage, par exemple - ou une raison intrinsèque, comme se sentir mieux dans sa peau ou avoir plus confiance en soi.»

- Madeleine Hallé, psychologue en performance

Atteint d'un cancer de la thyroïde et de... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 3.0

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Atteint d'un cancer de la thyroïde et de sclérose en plaques, Tristan Williams fait chaque jour de la marche rapide et du yoga pour ne pas laisser la maladie prendre le dessus sur sa vie.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Tristan Williams, 25 ans

Tristan Williams n'a que 25 ans, mais ses mots, son regard et son calme sont ceux d'un homme qui a déjà traversé bien des épreuves.

Il n'avait que 12 ans lorsque le premier grand défi s'est présenté: un cancer de la thyroïde. Il a subi deux opérations et des traitements de radiothérapie.

Après avoir terminé son école secondaire, Tristan s'est inscrit au collège Vanier, déterminé à faire des études en affaires. Tout allait plutôt bien, si ce n'est de ces drôles d'engourdissements dans ses jambes.

Deux semaines avant sa rentrée au collège Vanier, le diagnostic est tombé: Tristan, 19 ans, souffrait de sclérose en plaques. Il a tenté de conjuguer études, traitements et douleurs, mais au bout de trois sessions, il a dû cesser ses cours.

«La maladie prenait le dessus sur ma vie», raconte aujourd'hui le jeune homme, qui a créé en 2011 une fondation - la Tristan WilliaMS Foundation - destinée à offrir une communauté de support et d'éducation aux jeunes adultes vivant avec cette maladie.

Choisir la vie

Tristan n'était pas au bout de ses peines. Le 30 décembre 2011, une mauvaise chute sur la glace l'a mené à l'hôpital, où les médecins lui ont annoncé que non seulement sa hanche était fracturée, mais que cette hanche était malade: le cancer qu'il avait combattu 10 ans plus tôt s'y était répandu.

Le ciel s'abattait sur lui. Encore une fois. «J'ai réalisé que j'avais deux choix dans la vie: faire le plus que je pouvais pour vivre une vie en santé, ou prendre l'autre chemin, tomber et éventuellement mourir.»

Tristan a choisi la première option. Il s'est fait remplacer la hanche, a été traité pour son cancer et a réappris à marcher.

Lorsqu'on lui a annoncé sa guérison, en août 2012, Tristan s'est lancé corps et âme dans le yoga, la marche rapide et la méditation, tout en tâchant de respecter les limites que ses jambes lui imposent.

Même s'il a dû remplacer sa prothèse parce qu'une infection s'y était propagée, Tristan n'a jamais cessé de bouger: chaque jour, il fait de la marche rapide près du canal Lachine et au moins quelques mouvements de yoga. Il s'entraîne aussi en vue de la course de bateaux-dragons organisée par la Fondation du cancer des Cèdres.

«Je pousse mon corps loin, parfois trop loin, mais je n'ai que 25 ans», rigole-t-il.

Il caresse encore le rêve d'étudier en affaires. Il n'a que 25 ans et toute une vie devant lui.

Piste de succès pour changer pour de bon 

no 2) Choisir une activité qui nous ressemble 

«Il faut tenir compte de ce qu'on préfère: une activité plutôt douce ou plutôt exigeante? Une activité de groupe, une activité individuelle? En plein air ou dans un gym? Une personne qui aime l'eau n'aura peut-être pas de plaisir à lever des poids dans un gym.» 

 - Madeleine Hallé, psychologue en performance

Nathalie Brisson, 49 ans, est une mordue de... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 4.0

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Nathalie Brisson, 49 ans, est une mordue de la course à pied.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Nathalie Bisson, 49 ans

Nathalie Bisson est une mordue de la course à pied. Ce printemps, elle s'est offert le marathon de Paris pour souligner ses 50 ans, qu'elle fêtera le mois prochain. Chaque semaine, elle court entre 55 et 80 km.

Pourtant, en 2002, un médecin lui avait annoncé qu'elle aurait possiblement besoin d'un déambulateur l'année suivante et, à moyen terme, d'un fauteuil roulant.

Nathalie avait 37 ans lorsqu'elle a reçu un diagnostic de polyarthrite rhumatoïde sévère. Elle a passé un bon six mois «roulée en boule», chez elle. «J'avais deux choix: accepter la marchette l'année suivante et réorienter ma vie autrement, ou me prendre en charge», se souvient la mère de famille.

Après avoir demandé un deuxième avis médical, Nathalie, à l'époque inactive, a compris qu'elle avait le pouvoir de s'aider. «C'est une maladie auto-immune: l'une des bonnes façons de stimuler son système immunitaire, c'est par l'exercice physique», dit-elle.

Du vélo au marathon

Pendant quatre ou cinq ans, Nathalie a donc fait du vélo. Puis, en 2007, elle s'est inscrite à une course-bénéfice de 10 km avec des collègues. «Quand je suis arrivée au fil d'arrivée, j'ai su que c'est la course qui allait maintenant m'alimenter», raconte celle qui a perdu à la fois sa mère et sa soeur cette année-là. 

En 2009, avec le suivi de son médecin, elle a cessé de prendre ses médicaments contre l'arthrite, se contentant d'anti-inflammatoires lors des efforts plus intenses.

Son premier marathon, elle l'a couru en octobre 2010. Elle était la seule à s'inscrire au «départ des lents», deux heures avant le départ officiel. Sur la ligne de départ, le soleil n'était pas encore levé, les bornes de kilométrage, pas encore installées. Nathalie a adoré sa course.

En 2013, consternation: elle a dû se résoudre à cesser de courir, parce les zones touchées par sa maladie progressaient. Elle croyait ne plus jamais pouvoir le faire, mais au fil des mois, la douleur et l'enflure ont diminué. Avec l'aval de son médecin, elle a repris la course en s'écoutant davantage. Dix minutes de course, une minute de marche.  

Au marathon de Rimouski, l'an dernier, elle a réalisé son meilleur temps à vie: 5h07. Nathalie, qui travaille comme réceptionniste, était la dernière à franchir la ligne d'arrivée ce jour-là, mais ça lui est égal. L'important, dit-elle, c'est d'être heureux. Et ça, elle le réussit à merveille.

Piste de succès pour changer pour de bon 

no3) Miser sur la satisfaction personnelle 

«Les gens oublient parfois de se féliciter par rapport aux raisons qui les ont incités à bouger. Pour certains, la satisfaction viendra des résultats, tandis que d'autres trouveront une satisfaction en se comparant à ce qu'ils étaient avant: je me sens mieux, de meilleure humeur, plus beau, plus énergique...» 

- Madeleine Hallé, psychologue en performance

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