France: un premier film sur internet avant d'entrer en salle

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La révolution internet et l'arrivée en Europe de géants comme Netflix, ravivent le débat sur la chronologie des sorties de films.

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Dominique AGEORGES
Agence France-Presse
PARIS

For those in peril, premier film poignant d'un jeune réalisateur britannique, est visible jusqu'au 11 février sur internet avant d'être en salles le 12 en France, grâce à une expérimentation européenne intervenant en plein débat sur la chronologie des sorties dans l'Hexagone.

Actuellement, la chronologie des médias empêche toute sortie d'un film autrement qu'en salles pendant quatre mois, avant le DVD et la Vidéo à la demande (VàD).

Viennent ensuite les fenêtres des chaînes cryptées, celles en clair et enfin à 36 mois la vidéo à la demande par abonnement (SVàD).

Des voix s'élèvent parmi des réalisateurs, producteurs et distributeurs de «petits» films indépendants pour bousculer les choses.

Pourquoi ne pas sortir un film directement sur une plateforme internet, comme vient de le proposer le cofondateur du producteur et distributeur Wild Bunch, Vincent Maraval, auteur fin 2012 d'une tribune retentissante sur le financement du cinéma français.

De même, le président de la société française des Auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP), Michel Hazanavicius («The Artist»), estime qu'«un système d'avant-première sur internet permettrait à certains films» de bénéficier des campagnes de promotion pour les salles.

Pour les exploitants au contraire, la salle doit être sanctuarisée, car c'est elle qui fait la renommée ou pas d'un film sur les autres supports. Pourquoi de telles réflexions ? La révolution internet et l'arrivée en Europe de géants comme Netflix, groupe américain de vidéo à la demande, sont passées par là.

Récemment, les rapports Lescure et Bonnell (réflexions de cinéastes français) se sont prononcés en faveur d'une évolution de la chronologie des médias avec notamment la possibilité pour quelques films de sortir directement en vidéo sous condition. Les professionnels n'ont pas encore tranché.

«Pas de cannibalisation»

For those in peril bénéficie pour sa sortie en France et dans quatre autres pays européens du label Tide experiment, projet sélectionné par la Commission européenne, dans le but d'améliorer la diffusion des films à l'ère du numérique.

En France, le film de Paul Wright, sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes, est disponible depuis le 22 janvier sur trois plateformes de vidéo à la demande: celles de la TV d'Orange, FilmoTV et iTunes.

Le film sur un rescapé d'un naufrage de bateau de pêche sera ensuite distribué à partir du 12 février en salles, l'oeuvre n'étant plus accessible sur internet.

En Italie, au Portugal, en Pologne et aux Pays-Bas, les sorties cinéma et VàD sont simultanées.

Tide experiment permet aussi aux films choisis de mutualiser leurs dépenses de promotion et de réduire leurs coûts.

François Scippa-Kohn, directeur général de Distrib Films, a accepté l'expérience, car «pour beaucoup de petits films - des premiers films ou des films présentés dans des festivals majeurs - on donne la primeur à la salle, on dépense beaucoup d'argent en promotion et on est à la merci des exploitants qui eux doivent remplir leurs salles».

Au bout d'une semaine, «on se retrouve très souvent bloqués» par le délai incompressible de quatre mois, sans possibilité d'amortir nos frais sur les autres supports pendant ce temps.

Distrib Films a déjà tenté l'expérience avec «Magnifica presenza» cet été. Quelque 22 000 spectateurs ont vu le film en salles et 10% environ en VàD. For those in peril devrait également voir son audience limitée, car le «film n'est pas attendu».

«Le jour où un film comme La Vie d'Adèle, Palme d'or à Cannes et nommé aux Oscars, souhaitera faire une expérience en VàD, cela marchera sur tous les supports, même si la VàD est avant la salle», relève François Scippa-Kohn.

La déléguée générale de l'ARP Florence Gastaud assure à l'AFP que «les salles qui ont fait l'expérience veulent continuer à le faire».

«On se rend compte que plus il y a d'entrées en salles, plus il y a d'entrées en VàD. Il n'y a pas de cannibalisation entre les deux».




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