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Des entraîneurs de tennis indépendants lancent un cri du coeur

Exclus des courts montréalais, des entraîneurs de tennis... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Exclus des courts montréalais, des entraîneurs de tennis indépendants dénoncent un monopole exercé par les instructeurs salariés de Tennis Montréal.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

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Sophie Allard
La Presse

À Montréal, les entraîneurs de tennis indépendants sont persona non grata sur de nombreux courts publics. L'accès au stade Uniprix et aux parcs de la Ville de Montréal leur est désormais refusé, dénoncent-ils. Entraîneur depuis 10 ans, Simon Beaucaire, qui estime ses pertes de revenus à 35 000 $ en deux ans, se tourne vers les tribunaux.

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Simon Beaucaire

«C'est de la discrimination. Les entraîneurs salariés de Tennis Montréal peuvent donner des leçons privées à leur compte, en side-line, comme bon leur semble, mais les entraîneurs indépendants n'ont pas ce même droit», affirme M. Beaucaire.

M. Beaucaire vient de déposer une poursuite à la cour des petites créances contre Tennis Canada pour 15 000 $ pour pertes de revenus et dommages moraux. Il poursuit également la Ville de Montréal et Tennis Montréal conjointement pour 15 000 $ pour pertes de revenus et dommages moraux.

Deux poids, deux mesures?

Tennis Montréal (TM) est un organisme à but non lucratif qui gère l'offre tennistique pour la Ville de Montréal depuis une trentaine d'années. Il emploie environ 45 entraîneurs de tous les niveaux de certification. Ceux-ci offrent des cours de groupe dans les parcs pendant l'été.

Et les cours individuels, quant à eux, sont tous privés, offerts à la pièce par des entraîneurs qui agissent à leur compte. Les guichetiers des parcs de la Ville de Montréal se réfèrent habituellement à une liste d'entraîneurs, tous salariés chez Tennis Montréal, à qui ils donnent un accès exclusif aux terrains.

Plusieurs entraîneurs indépendants déplorent cette façon de faire. «Je me suis fait dire par un instructeur de Tennis Montréal: "Tasse-toi de là, tu me voles ma clientèle", confie Carl*. Un responsable m'a menacé de contravention si je récidivais. Depuis, je me faufile ici et là. J'ai joué au nomade dans la dernière année d'un parc à l'autre. J'en fais une utilisation qui est légale, légitime, mais je dois me cacher», déplore-t-il.

«À plusieurs reprises, j'ai été chassé des parcs, dit Michel*. Une fois, je suis entré avec un panier pour enseigner à ma copine, et ils m'ont refusé l'accès.» Il enseigne depuis 12 ans. «C'est rendu une chasse aux sorcières.»

Pas de monopole

«Il n'y a aucun monopole, affirme Jean-Philippe Lincourt, président de Tennis Montréal. De tout temps, Tennis Montréal n'a pas le mandat de la Ville de Montréal ou de qui que ce soit d'offrir des cours individuels. Ça ne fait pas partie de l'offre [...], ça n'existe pas non plus dans l'entente qu'on a avec la Ville de Montréal pour l'utilisation que l'on fait des installations mises à notre disposition.» Il ne souhaite pas commenter davantage le dossier, puisqu'il est devant les tribunaux.

Sur le site de Tennis Montréal, toute l'information concernant les leçons privées a été retirée. On y indiquait notamment que «TM sélectionnera l'équipe d'entraîneurs qui donnera les cours privés l'été, et ce, à chaque année». C'était une façon pour la Ville, dit-on, de contrôler la qualité de l'offre: antécédents judiciaires vérifiés, certifications à jour, assurances, code vestimentaire approprié.

«C'est deux poids, deux mesures. On réserve deux traitements différents pour des travailleurs autonomes qui exercent pourtant les mêmes fonctions, qui ont les mêmes qualifications», explique Me Mathieu Jacques, qui a conseillé Simon Beaucaire l'hiver dernier.

«Sur la base d'une entente informelle, dont on n'ose pas parler, des entraîneurs sont empêchés de faire leur job, poursuit Me Jacques. Ça ne tient pas la route, mais personne ne l'admet. En bout de ligne, les citoyens sont brimés puisqu'ils ne peuvent choisir l'entraîneur de leur choix.»

À la Ville de Montréal, on nous répond par courriel: «La Division des sports et de l'activité physique de la Ville de Montréal effectue présentement une révision des modalités de gestion des terrains de tennis, notamment afin de recommander des clarifications aux arrondissements sur les dispositions ou encadrements interdisant les activités commerciales sur les terrains de tennis dans les parcs montréalais.»

Refusés au stade Uniprix

Exclus des courts montréalais, les entraîneurs indépendants pouvaient enseigner sans tracas au stade Uniprix du parc Jarry. C'était vrai jusqu'en octobre 2015. «Ils y ont importé le principe d'exclusivité des parcs. Seuls les salariés de Tennis Montréal, Tennis Québec ou Tennis Canada peuvent y offrir des leçons privées», dit Simon Beaucaire.

Eugène Lapierre, vice-président chez Tennis Canada... (Photo Robert Skinner, archives La Presse) - image 2.0

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Eugène Lapierre, vice-président chez Tennis Canada

Photo Robert Skinner, archives La Presse

«C'est une erreur de croire que ça a déjà fonctionné autrement, indique Eugène Lapierre, vice-président chez Tennis Canada. Depuis le début, il y a des gens qui sont là pour offrir des cours à leurs clients, qu'on tolère. On n'a jamais arrêté personne du public qui venait sur le terrain avec son panier de balles. Ça peut être un parent et son fils. Il serait difficile de commencer à faire la police.»

Mais comme la Ville de Montréal a demandé d'augmenter l'accessibilité au public, les modalités de réservation ont été revues. «On comprend que ça pénalise certains individus qui y passaient leurs journées, mais ce n'était pas l'objectif», ajoute M. Lapierre.

Désormais, tout client ne peut réserver plus de deux heures de court par jour. La présence d'un entraîneur privé, même s'il accompagne des clients ayant réservé un court, n'est désormais tolérée que deux heures par jour. À moins d'être par ailleurs salarié pour Tennis Montréal, ou d'avoir obtenu une permission spéciale. «Dans les clubs, les entraîneurs sont embauchés par le club. C'est la même chose ici, avec Tennis Montréal. Je n'y vois rien de discriminatoire», précise M. Lapierre.

«Ce n'est pas un club, c'est public, rétorque Carl, qui compte lui aussi recourir aux tribunaux. Mes clients, des citoyens qui paient des taxes, réservent et appellent dans les normes. Je les accompagne à leur demande, je ne contreviens aux règlements d'aucune façon.» Jusqu'à maintenant, il réussit à tirer son épingle du jeu. «Je suis assez présent, je me fais discret, mais mon sort est incertain jour après jour. C'est difficile psychologiquement, c'est mon seul gagne-pain.»

*Les prénoms sont fictifs.




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