«Humiliation historique»: le Brésil était encore en plein cauchemar mercredi et les carcasses de quelques autobus incendiés par des supporteurs en colère ne sont rien à côté de l'épave de la Seleçao, balayée 7-1 par une impressionnante Allemagne.

Le choc de cette première demi-finale du Mondial est tel qu'on en oublierait presque qu'un autre finaliste sera désigné mercredi soir, entre l'Argentine de «Leo» Messi et les Pays-Bas de Van Persie et Robben.

Les quelque 200 millions de supporteurs brésiliens ont dû avoir du mal à dormir. Et parmi eux, leur présidente, Dilma Rousseff, «très, très triste», même si dès le coup de sifflet final elle a demandé à ses compatriotes de ne pas «se laisser abattre».

Avant cette défaite humiliante, la pire de l'histoire de la Seleçao, la présidente surfait sur la vague du succès du Mondial, une compétition finalement sans accroc majeur malgré les craintes initiales.

Candidate à un second mandat à l'élection présidentielle du 5 octobre, Dilma Rousseff, qui promettait depuis des mois que le Brésil organiserait la «Coupe des coupes», a même gagné quatre points pendant le Mondial, avec 38% des intentions de vote et une solide avance sur ses adversaires politiques.

Reste cependant à voir, après le choc de mardi, si Mme Rousseff pourra continuer à dissocier son destin politique de celui de la Seleçao. Avec cette défaite, les critiques pourraient en effet ressurgir contre le gouvernement brésilien sur la facture publique très élevée du Mondial (11 milliards $) et la préparation chaotique de l'événement, marquée par des manifestations et des retards dans la construction des stades et des infrastructures de transport.

Soixante-quatre ans après le «Maracanazo», le drame national qu'avait été cette défaite 2-1 face à l'Uruguay en 1950, au Maracana, synonyme de perte d'un titre mondial promis, le Brésil a vécu son «Mineiraozo» mardi soir à Belo Horizonte.

La «famille» de Luiz Felipe Scolari, qui voulait décrocher sa sixième étoile de champion du monde dans son «Mondial», dimanche, a été réduite en poudre. Le pays du «futebol» roi a vécu ce que O Globo, géant des médias brésiliens, a qualifié de «massacre allemand pour la pire honte de l'équipe nationale».

Et voilà tout un peuple qui pleure la destruction de son joyau, la Seleçao et ses cinq titres de champion de monde, écrasée par la machine à gagner de l'Allemagne. Klose, le vétéran allemand, s'est même offert le luxe de devenir le nouveau recordman des buts inscrits en Coupe du monde, avec 16 réalisations, devant Ronaldo «O Fenomeno», présent dans les tribunes de ce match entré dans l'histoire comme la plus lourde défaite dans une demi-finale de Coupe du monde.

 Le Brésil n'est plus que larmes

Mais le record de Ronaldo n'a pas été le seul à tomber. Avec 32,57 millions de téléspectateurs en moyenne, cette demi-finale Allemagne-Brésil a battu des records d'audience à la télévision allemande. Et les 25 millions de tweets générés lors du 48e Super Bowl le 2 février ont été balayés par les 35,6 millions de messages émis pendant la correction infligée à la Seleçao, soit un nouveau record sur le réseau social, tous sports confondus.

Le Brésil n'était plus que larmes mardi soir. Ces larmes qui ont commencé à couler sur les joues des fans dans les tribunes au match, puis sur celles des autres devant leur télévision. Puis c'est David Luiz, capitaine de cette équipe meurtrie, qui a éclaté en sanglots à l'issue du match avant de demander pardon au peuple brésilien.

Et le deuil national n'est pas loin désormais, alors que l'équipe de Scolari est la risée des réseaux sociaux. «Quelqu'un peut m'expliquer comment un coup de genou à Neymar fait 11 paraplégiques?», se moquait ainsi @MonteiroLovato sur Twitter, en évoquant la blessure qui a privé de demi-finale l'attaquant vedette de la Seleçao.

Photo Eddie Keogh, Reuters

Le capitaine de l'équipe brésilienne David Luiz a éclaté en sanglots à l'issue du match.

Douce euphorie allemande

En Allemagne par contre, c'est une douce euphorie qui régnait mercredi. «7-1: pas de mots!», titrait ainsi en une le quotidien populaire Bild, avec une photo de Toni Kroos (double buteur mardi) porté à bout de bras par Sami Khedira. Et le journal de consacrer quasiment une page par but, photo à l'appui, pour faire encore durer ce rêve allemand.

Le Brésil et Neymar partis, il reste encore des matchs et des joueurs. Et l'Argentin Lionel Messi, quadruple ballon d'or, qui dispute sa troisième Coupe du monde. En cas de victoire face aux Pays-Bas mercredi soir à Sao Paulo, il retrouvera l'Allemagne, sa bête noire, en finale du Mondial dimanche au Maracana.

La Mannschaft, bien avant la correction infligée au Brésil, était déjà le cauchemar du quadruple Ballon d'Or...

Flashback. En 2006 à Berlin, «Leo», qui venait d'avoir 19 ans, assiste, effondré, depuis le banc des remplaçants de l'Albiceleste, à la séance de tirs au but fatale à sa sélection en quarts de finale face à l'Allemagne, pays organisateur (1-1 a.p.; 4 t.a.b à 2).

Quatre ans plus tard, à la Coupe du monde en Afrique du Sud, c'est un Messi devenu pièce centrale de l'équipe, à 23 ans, couvé par l'entraîneur de l'époque, Maradona, qui retrouve l'Allemagne, à nouveau en quarts de finale. L'humiliation est plus grande encore au Cap. La Mannschaft dévore la formation argentine (4-0). Et c'est un Messi en pleurs, inconsolable, qui quitte la pelouse.

Cette fois «La Pulga» a enfin franchi le seuil des quarts et n'est plus qu'à une marche de la finale de ses rêves dimanche au Maracana, enceinte de légende.

Dans quatre ans, par contre, ce sera à nouveau le Brésil, assurait dès mardi soir le «roi» Pelé, qui voit déjà la Seleçao décrocher sa sixième étoile en Russie au Mondial 2018.

Photo John McDougall, AFP

Les Unes des journaux allemands au lendemain de la victoire de leur équipe.