Le «Big Three» enfin réuni

Serge Savard, Guy Lapointe et Larry Robinson en... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

Agrandir

Serge Savard, Guy Lapointe et Larry Robinson en juin dernier, à l'occasion de l'annonce du retrait du chandail du dernier membre du «Big Three».

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il y a sûrement plusieurs policiers qui, plus jeunes, rêvaient de jouer pour le Canadien. Un joueur du Canadien qui rêvait d'être policier, c'est plus rare!

«J'entendais les sirènes, je les voyais sortir... J'étais attiré par ça, ça m'a toujours intéressé, confie l'ex-défenseur Guy Lapointe.

«À l'école, je disais toujours que c'est ce que je voulais devenir plus tard.»

N'ayant commencé à jouer au hockey organisé qu'à l'âge de 12 ans, une carrière professionnelle ne lui avait jamais effleuré l'esprit. «Quand j'avais 15 ou 16 ans, jamais je n'aurais cru la personne qui m'aurait dit qu'un jour mon numéro serait retiré par le Canadien», précise l'homme de 66 ans.

Pointu, comme le surnommaient ses coéquipiers, devient le septième représentant de la dynastie des années 70 à voir son chandail immortalisé. Il rejoint les Guy Lafleur, Yvan Cournoyer, Serge Savard, Larry Robinson, Ken Dryden et Bob Gainey.

L'ancien arrière, qui a récolté 166 buts et 572 points en 777 matchs dans l'uniforme du Canadien - au deuxième rang des défenseurs de l'équipe derrière Robinson - lève les yeux au ciel. Il peine à croire qu'il s'en va les rejoindre.

«Ce sont de grands joueurs de hockey, ils sont tous là, dit Lapointe, un peu gêné. Je suis juste content d'être parmi eux. Que veux-tu, je suis de même... Mais ça veut dire que mes petits-enfants vont pouvoir voir ça et que je serai encore sur la mappe.»

Un honneur à partager

Si les amateurs ont célébré ses 28 buts en 1974-1975 (un record qui tient toujours parmi les défenseurs de l'équipe), Guy Lapointe n'a jamais été la grande vedette de l'équipe.

«Flower était le plus applaudi, convient-il. Certains soirs où j'avais besoin d'être motivé davantage, je m'arrangeais pour sauter sur la glace juste après lui. Comme ça, quand j'entendais Guy! Guy! Guy! , je me disais que c'était pour moi!»

Il était membre du «Big Three», mais il aura attendu quelques années de plus avant d'avoir sa propre bannière. Même au Temple de la renommée, il a dû s'y prendre par trois fois avant que sa candidature ne soit retenue.

Lapointe l'admet d'emblée: eût-il fait carrière avec les Golden Seals de la Californie ou une autre équipe d'expansion, sa chance n'aurait pas été la même. C'est la raison pour laquelle il insiste pour partager cet honneur avec ses coéquipiers.

Et la même modestie transparaît lorsqu'il est question de la Série du siècle. Lapointe n'avait joué que deux saisons dans la LNH avant de se joindre aux meilleurs pour affronter les Soviétiques. Et pourtant...

«Bien humblement, je n'aurais pas été là si Jean-Claude Tremblay n'était pas parti dans l'Association mondiale et si Bobby Orr et Jacques Laperrière n'avaient pas été blessés. J'ai été ajouté à la gang et une fois rendu là-bas, Serge [Savard] m'a aidé à ajuster mon jeu.»

Gagner, toujours gagner

Ce n'est pas d'hier que Guy Lapointe partage les succès. S'il est une chose qu'il a apprise au sein de l'organisation du Canadien, c'est que tout se faisait en équipe.

«L'esprit d'équipe et la camaraderie, je l'ai senti tout de suite. Être capable de faire des farces, de s'aider et d'être un bon coéquipier... Il n'y avait aucune jalousie.»

Mais il fallait d'abord prouver qu'on avait sa place.

Lapointe n'avait joué que six matchs avec le CH lors des deux saisons précédentes lorsqu'il s'est présenté au camp d'entraînement de 1970 avec la ferme intention de ravir le poste de Ted Harris ou de Terry Harper. Ça se frappait et on ne faisait pas de quartiers.

Mais une fois dans le club, a-t-il ensuite constaté, la solidarité allait être à toute épreuve. Les joueurs se serreraient les coudes, ils s'amuseraient ensemble, et les plus vieux - à commencer par Jean Béliveau et Henri Richard - se chargeraient d'inculquer l'obligation de victoire aux plus jeunes.

«Gagner, toujours gagner, martèle-t-il. En ayant la fierté de porter l'uniforme et de bien représenter l'équipe. Quand j'ai commencé, c'était comme un salon mortuaire dans le vestiaire après une défaite.»

Autour d'une bière, après les matchs, il n'était question que de hockey. De ce que chacun pouvait faire de mieux. Dans le vestiaire comme à la table, les plus jeunes avaient droit de parole et personne n'avait à prendre son trou.

Sauf que tout le monde était imputable.

«Dans les tempêtes, c'est sûr que ça brassait. Un gars pouvait me dire: «Guy, faut que tu en donnes plus. Tu étais le premier à dire avant le match qu'il fallait en jouer une grosse? Ben enwèye!»»

«Ils ne savent pas ce qu'ils manquent»

Lapointe a remporté six Coupes Stanley avec le Tricolore et a été nommé quatre fois au sein d'équipes d'étoiles. Mais à ses trois dernières saisons à Montréal, les blessures l'ont ralenti et ont fini par précipiter son départ.

«J'ai rasé de perdre un oeil et me suis brisé deux fois la mâchoire dans la même année. En plus de ça, j'ai vécu un divorce. On a beau être fort mentalement, quand des choses en dehors de la glace se mélangent au hockey, ce sont des moments difficiles.

«Mais quand je suis parti, c'était le temps. Ça n'a pas été facile, mais la vie continue. Serge aussi a fini par partir...»

Une fois chez les Blues de St.Louis, où il a disputé quelques matchs aux côtés d'un jeune du nom d'Alain Vigneault, on lui posait des questions, on tentait d'infuser ce savoir victorieux acquis dans un environnement rarissime.

Après avoir terminé sa carrière avec les Bruins de Boston, la passion du hockey a dirigé Lapointe vers le coaching (Québec, Calgary) puis le recrutement amateur (Minnesota).

Mais en termes de hockey, rien n'égale Montréal.

«Je trouve ça malheureux de voir que de jeunes francophones refusent l'opportunité de venir ici. Je ne sais pas pourquoi ils prennent cette décision-là. Ils ne savent pas ce qu'ils manquent.

«À leur place, si la porte s'ouvrait, je viendrais en courant.»

Une carrière remarquable

Guy Lapointe vient au 2e rang des pointeurs chez les défenseurs du CH, avec 166 buts et 572 points. Seul Larry Robinson le devance dans ces deux catégories.

Guy Lapointe a été choisi quatre fois dans l'équipe d'étoiles dans les années 70. En 1972-1973, il a été choisi dans la première équipe aux côtés de Bobby Orr, et a terminé 2e au scrutin pour le trophée Norris (meilleur défenseur), derrière Orr.

Il a été intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1993.

Guy Lapointe a fait partie d'équipe Canada contre l'URSS lors de la fameuse Série du siècle. Orr blessé, il a assumé un rôle de premier plan à la défense.

Costaud et fort, il a livré 31 combats en carrière et a obtenu un sommet personnel de 117 minutes de pénalité en 1972-1973.

Guy Lapointe détient toujours deux records d'équipe pour un défenseur: 15 buts pour une recrue et 28 buts dans une saison.

Par André Rivest

Un honneur mérité

«Au début et jusqu'au milieu des années 70, Lapointe était le deuxième meilleur défenseur de la LNH, tout de suite après Bobby Orr.»

«Pointu joue au hockey avec la joie sans retenue d'un garçon qui patine sur la rivière, simplifiant le jeu pour nous tous par la même occasion.»

- Ken Dryden, dans Le match, son autobiographie

«À mon avis, il était temps qu'on retire le chandail de Guy Lapointe. Le "Big Three", c'était trois joueurs. Différents, mais tous aussi bons les uns que les autres. Lapointe avait le don de nous rendre meilleurs. Il me disait: «Fonce au net, Reg. Je vais te trouver.» Et la rondelle aboutissait sur la palette.»

- Réjean Houle, ancien coéquipier

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires : Sports

Tous les plus populaires de la section Sports
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer