La Tunisie prolonge l'état d'urgence et mobilise ses voisins pour la Libye

Le chef de l'État tunisien Béji Caïd Essebsi.... (Photo Fethi Belaid, Agence France-Presse)

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Le chef de l'État tunisien Béji Caïd Essebsi.

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Guillaume KLEIN
Agence France-Presse
Tunis

La Tunisie a prolongé mardi de trois mois l'état d'urgence instauré après la série d'attentats de 2015, tout en tentant de mobiliser les autres pays voisins de la Libye, où le chaos constitue une «source d'inquiétude extrême» selon Tunis.

Le chef de l'Etat Béji Caïd Essebsi «a décidé, après consultations, (...) de prolonger l'état d'urgence pour une période de trois mois à compter du 23 mars», a indiqué la présidence de la République.

Il s'agit de la troisième prolongation depuis que la mesure a été réinstaurée le 24 novembre, au soir de l'attentat perpétré en plein Tunis contre un bus de la sécurité présidentielle (12 agents tués).

Critiquée par des organisations de défense des droits de l'Homme, la mesure donne la possibilité d'interdire les grèves et réunions «de nature à provoquer ou entretenir le désordre», de fermer provisoirement «salles de spectacle et débits de boissons» ou encore de «prendre toute mesure pour assurer le contrôle de la presse et des publications».

Si cette décision n'est pas une surprise, la dernière prolongation, le 22 février, ne prévoyait qu'une période d'un mois. Depuis, la Tunisie, à la fois pionnière et unique rescapée des Printemps arabes de 2011, a été frappée --le 7 mars-- par des attaques sans précédent de dizaines de jihadistes lourdement armés contre des installations sécuritaires de Ben Guerdane, une ville proche de la Libye.

Treize membres des forces de l'ordre et sept civils sont morts, tandis que 49 extrémistes ont été tués. Ces attaques n'ont pas été revendiquées, mais les autorités ont affirmé qu'elles visaient à instaurer un «émirat» du groupe Etat islamique (EI) dans le pays.

Des opérations de ratissage ont encore lieu dans la région, où trois «terroristes» ont été abattus ce week-end. Le ministère de l'Intérieur a aussi indiqué qu'une «cellule» avait été démantelée lundi à Tunis. Certains de ses 12 membres «avaient aidé des terroristes arrêtés ou abattus récemment à Ben Guerdane à se rendre auparavant en Libye».

La ville de Ben Guerdane (60.000 habitants) est toujours sous couvre-feu nocturne. Les postes-frontières avec la Libye, fermés depuis le 7 mars, ont eux rouvert mardi et le flux de voyageurs a repris progressivement. L'ouverture de ces points de passage est cruciale pour l'économie du sud-est tunisien.

«Inquiétude extrême»

Confrontée à un essor de la mouvance djihadiste depuis sa révolution de 2011, la Tunisie compte plusieurs milliers de ressortissants dans les rangs d'organisations comme l'EI, en Syrie, en Irak, mais aussi en Libye voisine.

La situation s'est sensiblement dégradée l'an dernier avec trois attentats d'ampleur (au musée du Bardo, à Sousse et dans le centre de Tunis), tous revendiqués par l'EI, qui ont fait 72 morts au total, dont 59 touristes étrangers, fragilisant encore davantage l'économie du pays.

Plusieurs des auteurs présumés s'étaient entraînés au maniement des armes en Libye, selon les autorités tunisiennes, qui expriment régulièrement leur inquiétude s'agissant de ce pays, où le chaos a permis à l'EI de prospérer.

Ces derniers mois, elles ont érigé un «système d'obstacles» sur près de la moitié des 500 km de frontière commune.

À leur initiative, les pays voisins de la Libye se sont réunis mardi à Tunis, en présence de responsables de l'ONU, de l'Union européenne (UE) et de l'Union africaine (UA).

Selon le communiqué final, les représentants des six pays (Tunisie, Algérie, Égypte, Soudan, Niger et Tchad) ont dit leur soutien au «gouvernement d'entente nationale» et souligné «la nécessité d'accélérer son départ pour Tripoli».

Issu du laborieux processus politique parrainé par l'ONU, ce gouvernement n'a toujours pas pu prendre ses fonctions en raison de l'opposition des autorités rivales libyennes actuelles. Plusieurs de ses membres, dont le premier ministre désigné Fayez Al-Sarraj, se trouvent hors de Libye.

«La situation sécuritaire, humanitaire et économique difficile en Libye nous impose à tous davantage de coordination», a également relevé le chef de la diplomatie tunisienne, Khemaïes Jhinaoui.

«La multiplication (...) des groupes terroristes et leur contrôle de certaines régions libyennes est une source d'inquiétude extrême», notamment pour «la stabilité des pays voisins», a-t-il souligné.

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