Le dissident chinois et prix Nobel Liu Xiaobo est mort

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Liu Xiaobo est le premier prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky, décédé en 1938 dans un hôpital alors qu'il était détenu par les nazis.

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Becky Davis
Agence France-Presse
Shenyang

Le dissident Liu Xiaobo, premier prix Nobel de la paix chinois, est mort jeudi d'un cancer sans que le régime communiste ne le laisse finir ses jours en liberté à l'étranger, ce qui vaut à Pékin une pluie de critiques.

Le comité Nobel de la paix a accusé la Chine de porter «une lourde responsabilité» dans la mort «prématurée» de l'opposant en le privant de soins médicaux adaptés.

Liu Xiaobo est le premier prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky qui, détenu par les nazis, s'était éteint en 1938 dans un hôpital.

Le président américain Donald Trump «a été profondément attristé d'apprendre le décès du lauréat du prix Nobel de la paix et célèbre prisonnier politique chinois Liu Xiaobo», a indiqué la Maison-Blanche. Il «a consacré sa vie à la poursuite de la démocratie et de la liberté», a déclaré la présidence.

Le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a exhorté Pékin à «libérer» son épouse «Liu Xia de (sa) résidence surveillée et à la laisser quitter la Chine selon son souhait».

La chancelière allemande Angela Merkel a salué en Liu Xiaobo «un courageux combattant» des droits civiques.

«Hommage à Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix, grand combattant de la liberté. Pensées et soutien à ses proches et son épouse Liu Xia», a tweeté le président français Emmanuel Macron.

«Liu Xiaobo aurait dû être autorisé à choisir son propre traitement médical à l'étranger, ce que les autorités chinoises l'ont empêché de faire à plusieurs reprises», a critiqué le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson.

Le président du Conseil européen Donald Tusk et celui de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ont appelé Pékin à «la libération de tous les prisonniers de conscience».

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a souhaité en particulier que «les autorités chinoises assurent la liberté de mouvement» de l'épouse du dissident, «de sa famille et de ses proches».

Le Haut Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein, a qualifié Liu Xiaobo de «vraie incarnation» des valeurs démocratiques.

Âgé de 61 ans, Liu Xiaobo, symbole de la lutte pour la démocratie dans le pays le plus peuplé du monde, avait été admis à l'Hôpital universitaire N°1 de Shenyang (nord-est de la Chine) après plus de huit années passées en détention.

«Jusqu'à la mort»

Ancienne figure de proue du mouvement démocratique de Tiananmen en 1989, l'écrivain et professeur de littérature avait bénéficié d'une mise en liberté conditionnelle après le diagnostic en mai d'un cancer du foie en phase terminale.

Il est mort au côté de sa femme Liu Xia, à qui il a souhaité de «bien vivre» désormais sans lui, a déclaré jeudi soir l'un de ses médecins, Mme Teng Yue'e, lors d'une conférence de presse.

Le dissident avait fait savoir qu'il souhaitait suivre un traitement à l'étranger, un appel relayé par la communauté internationale, mais rejeté par la Chine qui y voyait une ingérence dans ses affaires intérieures.

Après la dégradation de l'état de santé de Liu Xiaobo ces derniers jours, «le danger aurait été extrêmement grand» de le déplacer, a déclaré jeudi soir Liu Yunpeng, chef du service de médecine interne de l'hôpital où il était soigné.

Ye Du, un dissident proche de la famille de Liu Xiaobo, avait estimé que Pékin voulait en fait détenir l'opposant politique «jusqu'à la mort». Hors de Chine, il «aurait pu s'exprimer politiquement en tant que lauréat du prix Nobel, ce qui aurait eu un impact négatif sur le parti et sur le pays», avait-il déclaré à l'AFP.

Et Chen Guangcheng, célèbre dissident chinois réfugié aux États-Unis, a déclaré que Liu Xiaobo avait été «tué par le Parti communiste chinois, délibérément tué par eux». «Il ne faut pas voir cette mort comme une mort naturelle, normale», a dit à l'AFP ce dissident, pour qui la soudaineté du décès «crée une énorme suspicion».

À Hong Kong, territoire autonome du sud de la Chine, des militants et citoyens se sont réunis jeudi soir devant le bureau de représentation du gouvernement central, afin de rendre hommage au dissident et d'exprimer leur colère envers Pékin.

«Un géant»

Liu Xiaobo avait été arrêté en décembre 2008 puis condamné un an plus tard pour subversion à 11 ans de prison. Le régime lui reprochait d'avoir corédigé un manifeste, la Charte 08, prônant des élections libres. De sa cellule, l'opposant avait appris qu'il avait obtenu le prix Nobel de la paix en 2010.

«Aujourd'hui, nous pleurons la perte d'un géant des droits de l'homme. Liu Xiaobo était un homme d'une intelligence acérée, pétri de principes, d'esprit et avant tout d'humanité», a réagi Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International.

«Il est clair aujourd'hui que le gouvernement chinois a perdu. Les idées et les rêves de Liu lui survivront, se diffuseront et se concrétiseront», a estimé son avocat aux États-Unis, Jared Genser.

Depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping fin 2012, la répression politique s'est encore accrue: après s'être attaqué aux défenseurs des droits de l'homme, Pékin s'en est pris à leurs avocats, les interpellant par dizaines.

Le nom du prix Nobel est tabou dans la presse officielle, hormis dans les médias de langue anglaise, qui le qualifient de «criminel condamné». Liu Xiaobo reste généralement inconnu du grand public dans son pays.




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