Kim Jong-Nam tué par un agent neurotoxique très puissant

Kim Jong-Nam a été attaqué par deux femmes à... (Photo Shizuo Kambayashi, archives AP)

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Kim Jong-Nam a été attaqué par deux femmes à l'aéroport international de Kuala Lumpur le 13 février. Il a succombé pendant son transfert à l'hôpital.

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Frederick ATTEWILL
Agence France-Presse
KUALA LUMPUR

Le demi-frère du dirigeant de la Corée du Nord a été assassiné avec un agent neurotoxique très puissant utilisé comme arme chimique, a annoncé vendredi la police malaisienne, qui enquête sur la spectaculaire attaque le 13 février contre Kim Jong-Nam.

Le poison utilisé par les assaillants était du VX -- une version plus mortelle du gaz sarin -- indolore, inodore et hautement toxique, a précisé la police en présentant les résultats d'une analyse toxicologique préliminaire.

Des traces de VX, classé comme une arme de destruction massive par les Nations unies, ont été retrouvées dans des échantillons prélevés sur le visage et les yeux de Kim Jong-Nam.

«Je suis outré que les criminels aient utilisé un composant chimique aussi dangereux dans un lieu public», a déclaré le ministre de l'Environnement Wan Junaidi Tuanku Jaafar, «cela aurait pu entraîner un grand nombre de blessés ou même de morts».

Selon la police, l'une des deux femmes arrêtées après l'attaque est tombée malade durant sa détention, avec des vomissements.

Des images de vidéosurveillance de l'attaque perpétrée à l'aéroport de Kuala Lumpur montrent que Kim Jong-Nam avait été approché par deux femmes qui lui ont apparemment projeté quelque chose au visage. Cet homme corpulent âgé de 45 ans avait succombé pendant son transfert à l'hôpital.

Le VX s'attaque au système nerveux et musculaire et peut provoquer la mort en quelques minutes.

«Nous allons chercher comment il est entré dans le pays. Le produit chimique est illégal. C'est une arme chimique», a déclaré le chef de la police nationale, Khalid Abu Bakar.

Le VX aurait pu être dissimulé dans une valise diplomatique, qui n'est pas soumise aux contrôles habituels à la douane, a déclaré un expert en sécurité dans la région, Rohan Gunaratna.

«Contrebande»

La Corée du Nord a utilisé par le passé des valises diplomatiques «pour faire passer en contrebande des matières qui seraient soumises à des contrôles si elles transitaient par les canaux habituels», a ajouté M. Gunaratna, directeur du Centre international de recherche sur le terrorisme et les violences politiques.

Et la Corée du Nord a fabriqué par le passé du VX, a-t-il ajouté.

Selon Lee Il-Woo, analyste sud-coréen en défense, «la Corée du Nord disposerait d'un important stock de VX qui peut être facilement fabriqué à bas prix». Des experts sud-coréens ont estimé vendredi que Pyongyang détenait jusqu'à 5000 tonnes d'armes chimiques, dont du VX.

Le chef de la police avait indiqué mercredi que les deux femmes qui ont attrapé Kim savaient pertinemment qu'elles se rendaient coupables d'une attaque au poison.

«La dame s'éloignait vers les toilettes avec les mains en avant. Elle était parfaitement au courant que c'était toxique et qu'elle devait se laver les mains» après, selon le chef de la police.

À La Haye, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), dont la Malaisie et la Corée du Sud sont membres, a jugé extrêmement «inquiétante» l'utilisation d'un agent neurotoxique et s'est déclarée prête à «fournir son expertise et son assistance technique» à l'enquête.

Depuis le début de cette affaire digne d'un roman d'espionnage, la Corée du Sud pointe du doigt son voisin du Nord, citant un «ordre permanent» du dirigeant Kim Jong-Un pour éliminer son demi-frère Kim Jong-Nam, un critique du régime le plus fermé au monde.

Déclarer et détruire

Selon la Convention internationale sur l'interdiction des armes chimiques, les pays doivent déclarer leurs stocks de VX et sont obligés de les détruire progressivement.

Dans un communiqué publié vendredi, Khalid Abu Bakar ajoute que des équipes médico-légales continuent d'analyser «d'autres échantillons» de l'autopsie.

Trois suspects sont en détention provisoire: les deux femmes, une Vietnamienne et une Indonésienne, ainsi qu'un Nord-Coréen. La police soupçonne également quatre Nord-Coréens ayant fui la Malaisie le jour du crime pour regagner Pyongyang, et elle souhaite en interroger trois autres, parmi lesquels un diplomate à Kuala Lumpur.

La police a reconnu qu'elle ne pourrait pas interroger le diplomate s'il ne se présentait pas de lui-même, en raison de son immunité diplomatique.

Jeudi, la Corée du Nord a rompu le silence depuis l'assassinat en tirant à boulets rouges sur la Malaisie. L'agence de presse officielle KCNA a accusé Kuala Lumpur d'être responsable du décès et de comploter avec la Corée du Sud, ennemi juré du Nord.




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