Pakistan: pas de pardon pour l'auteur d'un crime d'honneur

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Le frère d'une jeune femme de 26 ans connue comme la «Kim Kardashian» pakistanaise ne pourra échapper à la justice après avoir étranglé sa soeur en prétextant protéger l'honneur de la famille.

Le gouvernement de l'État du Pendjab a écarté la possibilité que Waseem Azeem soit tiré d'affaire par un pardon de ses parents pour la mort de sa soeur, Qandeel Baloch, alors que le droit islamique permet traditionnellement un tel scénario.

Sajoop Ijaz, de Human Rights Watch, note que l'intervention est inusitée, puisqu'un «crime d'honneur» est normalement considéré d'abord comme une attaque contre la famille plutôt que contre l'État.

Comme la victime et son meurtrier sont souvent issus de la même famille, et que les parents ont parfois joué un rôle dans l'organisation du crime, le pardon devient souvent une porte de sortie qui empêche que justice soit faite, note M. Ijaz.

Il dit espérer que le Parlement pakistanais va s'inspirer de l'initiative du gouvernement du Pendjab et voter une loi qui rendra obligatoires les poursuites judiciaires pour ce type de meurtre sans égard à la volonté des familles concernées.

Waseem Azeem a tué sa sœur en prétextant... (Photo Asim Tanveer, Associated Press) - image 2.0

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Waseem Azeem a tué sa sœur en prétextant protéger l’honneur de sa famille.

Photo Asim Tanveer, Associated Press

L'intervention du gouvernement pendjabi témoigne de l'écho donné à la mort de Qandeel Baloch - de son vrai nom Fauzia Azeem -, qui a assuré sa notoriété en multipliant les vidéos et les photos osées sur les réseaux sociaux.

Ses sorties publiques heurtaient de plein fouet les convictions conservatrices d'une partie de la société pakistanaise et lui valaient nombre de menaces, dont elle faisait officiellement peu de cas.

Dans un message publié la veille de sa mort sur sa page Facebook, qui était suivie par près de 800 000 personnes, elle disait vouloir aider à s'émanciper les femmes pakistanaises qui sont «maltraitées» et «dominées» par la société.

«Je continuerai à cumuler les réussites, et je sais que tu continueras de me détester. Dommage, mais on s'en fout», relevait-elle du même coup à l'intention de ses détracteurs.

Qandeel Baloch avait d'abord tenté de se faire connaître en participant à l'émission Pakistan Idol, mais son passage s'était mal terminé. Et elle avait été filmée en pleurs dans les coulisses du studio.

Ses interventions sur les réseaux sociaux lui ont cependant permis d'acquérir rapidement un public à grande échelle.

La jeune femme, divorcée après un bref mariage arrangé qui a mal tourné, gagnait de l'argent comme mannequin et faisait vivre sa famille, incluant le frère qui l'a tuée.

Pas de remords

Waseem Azeem a indiqué à la police qu'il n'éprouvait pas de remords. «L'argent est important, mais l'honneur de la famille l'est plus encore», a-t-il déclaré.

Qandeel Baloch avait récemment diffusé sur son compte Instagram des photos la montrant en compagnie d'un religieux influent qui s'est offusqué de l'initiative. La mère de la jeune femme affirme qu'il aurait encouragé son fils à passer à l'acte pour obtenir vengeance, ce que nie le principal intéressé.

Des internautes ont salué le meurtre en ligne, arguant qu'elle avait eu « ce qu'elle méritait ». Des centaines de personnes se sont parallèlement portées à sa défense, arguant qu'elle était une inspiration dans un pays où la misogynie et la violence contre les femmes demeurent un problème d'envergure.

Selon une récente étude de l'Aurat Foundation, une organisation pakistanaise, plus de 10 000 cas de violence contre les femmes  - enlèvement, viol, meurtre, etc. - ont été recensés en 2014, et la tendance est à la hausse.

Dans les pages d'opinion du New York Times, l'actrice pakistanaise Mira Sethi a souligné hier qu'elle admirait la jeune femme, même si elle était «tout sauf prudente».

«Comme actrice au Pakistan, je sais que les femmes vivant sous l'oeil du public se voient demander de cultiver une image "respectable". Nous devons naviguer entre ce qui est tolérable et ce qui est tabou - entre l'approbation et l'ostracisme, le vedettariat et le rejet, et parfois entre la vie et la mort. Qandeel a brisé le moule et ça lui a coûté sa vie», conclut-elle.




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