Barack Obama à Hiroshima, 71 ans après le feu nucléaire

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Le président américain Barack Obama aux côtés du premier ministre japonais Shinzo Abe

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Jérôme CARTILLIER
Agence France-Presse
HIROSHIMA

Une visite pour l'Histoire sur un lieu de mémoire douloureux: Barack Obama se rend vendredi à Hiroshima, ville japonaise anéantie par une bombe atomique américaine en 1945.

Lorsqu'il foulera, en fin d'après-midi, la vaste esplanade du Parc du mémorial de la paix, le président américain rendra hommage aux plus de 210 000 victimes japonaises du feu nucléaire, mais aussi, plus largement, à «tous les morts» de la Seconde Guerre mondiale.

Né 16 ans après le recours à cette «bombe cruelle» selon les termes de l'empereur Hirohito, Barack Obama devrait aussi évoquer sa vision, déclinée dès sa première année au pouvoir, d'un monde sans armes nucléaires.

«Reposez en paix, nous ne répéterons pas cette tragédie»: cette phrase, inscrite sur le cénotaphe qui contient des dizaines de volumes où sont consignés les noms des victimes de la fournaise nucléaire, pourrait servir de trame à ses remarques.

Le 6 août 1945, l'armée américaine larguait sur Hiroshima la première bombe atomique de l'histoire, suivie, trois jours plus tard, par celle de Nagasaki. L'utilisation de cette arme, fruit du Projet Manhattan mené dans le plus grand secret pendant des années, allait sonner la capitulation du Japon et la fin de la Seconde Guerre mondiale.

M. Obama est le premier président américain en exercice à visiter le parc de la Paix: Richard Nixon s'est rendu sur place en 1964, avant son élection, Jimmy Carter en 1984, longtemps après avoir quitté la Maison-Blanche.

«Responsabilité morale»

Le 44e président des États-Unis l'a clairement annoncé: il ne se rend pas sur place pour porter un jugement sur la décision prise par son lointain prédécesseur Harry Truman ou présenter des excuses sous une forme ou une autre.

«C'est le rôle des historiens de poser des questions (...) mais je sais, étant moi-même président depuis sept ans et demi, que tout dirigeant prend des décisions très difficiles, en particulier en temps de guerre», a-t-il expliqué lors d'un entretien accordé à la chaîne publique japonaise NHK.

Truman a expliqué n'avoir pas eu «le moindre regret». Tous ceux qui lui ont succédé se sont gardés, lorsqu'ils étaient au pouvoir, de mettre en doute son choix (Dwight Eisenhower a, lui, fait part de ses réserves dans ses mémoires, des années plus tard).

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama avait fait de la dénucléarisation l'une de ses priorités.

«Les États-Unis, seul pays à avoir jamais utilisé une arme nucléaire, ont la responsabilité morale d'agir», avait-il lancé lors d'un discours prononcé en avril 2009 à Prague, dénonçant l'idée selon laquelle il faudrait se résigner à un monde où «de plus en plus de pays possèdent l'outil de destruction ultime».

S'il peut mettre à son actif l'accord sur le programme nucléaire iranien conclu à l'été 2015, les discussions sur le désarmement nucléaire avec la Russie de Vladimir Poutine sont, elles, au point mort.

Cette visite sans précédent doit permettre, espère-t-il, au monde entier à ne pas perdre «le sens de l'urgence» à mesure que l'on s'éloigne du traumatisme de Hiroshima et Nagasaki.

«Genbaku domu»

Au-delà des mots, les gestes, les émotions, les réactions du président américain seront scrutés à la loupe sur l'archipel lorsqu'il se rendra dans ce lieu de mémoire avec, en toile de fond, le squelette du «Dôme de la bombe atomique» (Genbaku domu), seul bâtiment resté debout dans ce périmètre malgré la puissance dévastatrice de la bombe A.

Ce déplacement à forte dimension symbolique, dans cette ville portuaire située à quelque 700 km au sud-ouest de Tokyo, a été bien accueilli, des deux côtés du Pacifique.

«Cette visite donnera un élan puissant vers l'objectif d'un monde débarrassé des armes nucléaires», a souligné le premier ministre japonais Shinzo Abe, qui sera présent au côté de M. Obama.

Aux États-Unis, si certaines voix s'étaient initialement élevées contre ce qu'elles avaient par avance décrit comme «une tournée des excuses», les élus ont, dans leur ensemble, salué l'initiative, inimaginable pendant des décennies.

Quels que soient les mots exacts que prononcera Barack Obama vendredi après-midi dans ce lieu bouleversant où se rendent chaque année plus d'un million de personnes, la présence sur ce site d'un président américain n'est-elle pas, en elle-même, une manière d'exprimer des regrets, s'interrogent d'aucuns.

«Si certains l'interprètent de cette façon, ce sera une interprétation erronée», a tranché par avance Josh Earnest, porte-parole de l'exécutif américain.

Soucieux d'envoyer un message à l'armée américaine au moment où il effectue cette visite qui ravive le souvenir d'une guerre féroce et impitoyable de quatre ans, M. Obama effectuera, en début d'après-midi, un arrêt sur la base militaire d'Iwakuni.

En vertu du traité de sécurité américano-japonais de 1951, quelque 50 000 soldats américains sont stationnés sur l'archipel.

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