Tensions au Bangladesh après la pendaison du chef du parti islamiste

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Un homme lance une chaussure (insulte dans le monde arabo-musulman) sur une affiche dépeignant Motiur Rahman Nizami la corde au cou, pour célébrer la pendaison du chef islamiste, devant la prison centrale de Dacca où eu lieu l'exécution, le 11 mai.

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Agence France-Presse
DACCA

Des partisans du principal parti islamiste du Bangladesh ont affronté la police mercredi après la pendaison du chef de ce parti, avivant un peu plus les tensions dans un pays déjà ébranlé par une série de meurtres d'intellectuels.

Le président du Jamaat-e-Islam, Motiur Rahman Nizami, a été pendu dans la prison centrale de Dacca dans la nuit de mardi à mercredi quelques jours après la confirmation de sa condamnation à mort pour crimes de guerre lors de la guerre d'indépendance de 1971 avec le Pakistan.

La police a eu recours à des tirs de balles en caoutchouc pour contrer des centaines de sympathisants de Nizami qui jetaient des pierres dans la ville de Rajshahi (nord-ouest) où un professeur a été assassiné le mois dernier, probablement par des islamistes.

«Quelque 500 partisans du Jamaat protestaient contre l'exécution. Nous avons répliqué avec des balles en caoutchouc quand ils sont devenus violents», a dit le responsable de la police de la ville, Selim Badsha, à l'AFP, précisant que 20 d'entre eux ont été arrêtés.

Des heurts ont opposé partisans du Jamaat et du parti au pouvoir à Chittagong, où 2500 islamistes participaient à une cérémonie en hommage au leader exécuté, a dit un responsable de la police de la ville, Masudul Hasan, à l'AFP.

Nizami, âgé de 73 ans et qui fut ministre, est le cinquième dirigeant de l'opposition, et le plus connu, à avoir été exécuté depuis la création en 2010 du très controversé tribunal international des crimes du Bangladesh (ICT).

La police a mis en place des postes de contrôle sur les principales artères de Dacca pour empêcher toute éruption de violences et déployé des milliers de policiers en renfort.

La surveillance était également très étroite dans le district de Pabna dans le nord-ouest du pays, d'où est originaire Nizami et où sa dépouille a été emmenée sous escorte armée vers le cimetière familial.

«Au moins 16 militants du Jamaat ont été arrêtés mardi dans la nuit dans le cadre d'une opération de sécurité», a dit le responsable de la police de Pabna, Ahsanul Haq, à l'AFP.

Le Jamaat a lancé un appel à la grève générale pour jeudi afin de protester contre la pendaison de son chef, jugeant fausses les accusations qui le visaient.



Le président du Jamaat-e-Islam, Motiur Rahman Nizami, assis... (PHOTO ARCHIVES AFP/STRINGER) - image 3.0

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Le président du Jamaat-e-Islam, Motiur Rahman Nizami, assis dans un fourgon de la police, à Chittagong, le 30 janvier 2014.

PHOTO ARCHIVES AFP/STRINGER

Le Jamaat «décimé»

Les exécutions de trois dirigeants du Jamaat avaient déclenché des heurts violents en 2013 entre les sympathisants islamistes et la police, aboutissant à la mort de 500 personnes.

Une nouvelle vague de violences est en revanche peu probable cette fois, le Jamaat ayant été affaibli par une vague d'arrestations ordonnées par la première ministre Sheikh Hasina. Des dizaines de milliers de partisans du parti islamiste sont sous les verrous.

Pour Mubashar Hasan, professeur à la University of Liberal Arts, la pendaison de Nizami risque de mettre définitivement le parti à genoux.

«Avec l'exécution de Nizami, la direction du Jamaat qui avait relancé le parti depuis l'après-guerre de 1971 est maintenant complètement décimée», a-t-il dit.

Cette exécution survient au moment où le Bangladesh traverse une période de troubles après la vague d'assassinats à coups de hache par des islamistes présumés de blogueurs laïques, d'intellectuels et de membres de religions minoritaires.

L'organisation État islamique (EI) et une branche d'Al-Qaïda ont revendiqué ces meurtres, mais le gouvernement nie leur présence au Bangladesh et impute ces crimes à des groupes islamistes locaux.

Quant à Nizami, il était devenu président du Jamaat en 2000 et avait joué un rôle-clé dans la victoire d'une coalition soutenue par les islamistes lors des législatives de 2001.

Il a été accusé lors de son procès d'avoir joué un rôle de premier plan dans la création de la milice islamiste propakistanaise Al-Badr qui a tué intellectuels, médecins et journalistes lors de la guerre de 1971.

Cette guerre, l'une des plus sanglantes du XXe siècle, a débouché sur la naissance du Bangladesh, qui était depuis 1947 une province du Pakistan.

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