Prison à vie pour l'ex-chef tout-puissant de la sécurité chinoise

Aujourd'hui âgé de 72 ans, Zhou Yongkang, avait... (PHOTO JASON LEE, ARCHIVES REUTERS)

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Aujourd'hui âgé de 72 ans, Zhou Yongkang, avait commencé sa carrière dans l'industrie pétrolière, dominée par les grands groupes d'État, avant de devenir pendant dix ans un homme clef du régime.

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Agence France-Presse
PÉKIN

L'ancien chef de la sécurité chinoise Zhou Yongkang a été condamné jeudi à la prison à vie, devenant le plus haut dirigeant chinois emprisonné depuis des décennies, a annoncé l'agence Chine nouvelle.

«Zhou Yongkang a été condamné à la prison à vie pour avoir accepté des pots-de-vin, abusé de son pouvoir et divulgué de façon délibérée des secrets d'État», a indiqué l'agence officielle, précisant que le procès au secret de l'ex-membre du comité permanent du bureau politique du PC chinois s'était déroulé à Tianjin, une métropole à l'est de Pékin.

Le dirigeant déchu a admis sa culpabilité et ne fera pas appel du verdict, selon Chine nouvelle.

Zhou Yongkang a connu une ascension fulgurante du secteur pétrolier à la tête de l'omnipotente sécurité intérieure, avant de subir une disgrâce à caractère très politique.

Après avoir vu ses puissants réseaux s'effriter inexorablement depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping il y a deux ans, Zhou était détenu au secret depuis l'automne 2013.

Aujourd'hui âgé de 72 ans, Zhou Yongkang, avait commencé sa carrière dans l'industrie pétrolière, dominée par les grands groupes d'État, avant de devenir pendant dix ans un homme clef du régime.

D'abord technicien au bureau de la prospection d'une compagnie publique dans le Liaoning (nord-est), il avait gravi tous les échelons, jusqu'à prendre en 1996 la direction du géant pétrolier national, CNPC.

Nommé ensuite à la tête de la province du Sichuan (sud-ouest), il y défend une ligne dure, notamment lors de la répression du mouvement spirituel Falungong.

«Faction du pétrole»

Il devient dans le même temps une figure centrale de la «faction du pétrole», réseau de hauts dirigeants communistes venus de l'industrie de l'or noir, où ils se sont bâtis des fortunes et acquis de solides relations politiques.

Les promotions de Zhou Yongkang au sein du Parti communiste chinois (PCC) sont dès lors fulgurantes : en 2002, il atteint les sommets en décrochant l'un des 25 sièges du Bureau politique, et devient ministre de la Sécurité publique, responsable de la police.

Cinq ans plus tard, il entre dans le Saint des Saints du régime, le Comité permanent du Bureau politique, et renforce encore des pouvoirs déjà très étendus en s'emparant de la Commission des affaires politiques et judiciaires du PCC, qui a la haute main sur la police et la justice du pays.

C'est à ce titre qu'il réprimera violemment les vagues d'émeutes qui secouent le Tibet en 2008, puis le Xinjiang en 2009, deux régions peuplées de minorités rétives à la tutelle de Pékin.

Signe de son influence, le budget géré par cette Commission au titre de la sécurité intérieure a dépassé ces dernières années le budget de la Défense chinois.

«Le maintien de la stabilité, c'est vraiment très vague, ce qui laisse beaucoup de place pour la corruption», soulignait l'an dernier Joseph Cheng, professeur de sciences politiques à la City University de Hong Kong.

Prendre la tête de la sécurité intérieure, «c'est donc s'offrir des ressources considérables pour se créer un réseau de relations, et c'est comme cela que Zhou est devenu si puissant», estimait-il.

Un pouvoir qui dérange

Mais cet excès de puissance et d'argent est peut-être précisément le cocktail qui a fini par mener Zhou à sa perte.

«Il a dirigé une machine sécuritaire en pleine expansion, au point que son pouvoir était jugé trop dérangeant pour les dirigeants à la tête du Parti, et pour Xi Jinping en particulier», selon M. Cheng.

En 2012, Zhou Yongkang prend officiellement sa retraite à l'occasion du renouvellement décennal des dirigeants, mais à l'instar d'autres hauts politiciens chinois, il conserve dans l'ombre une large influence au sein du Parti.

Pour certains experts, sa proximité avec Bo Xilai - ancienne étoile montante du Parti condamnée en 2013 également à la prison à vie pour corruption - aurait scellé son sort.

«Aux yeux de Xi Jinping et d'autres dirigeants, le grand crime de Zhou, c'est d'avoir soutenu Bo Xilai», explique Willy Lam, de l'Université chinoise de Hong Kong.

D'autres analyses suggèrent que la chute de Zhou pourrait s'inscrire dans une purge plus large visant les alliés de l'ancien président Jiang Zemin, qui conserve son influence sur une aile entière du PCC.

À la faveur de la vaste campagne anticorruption lancée par le président Xi, une quinzaine de hauts cadres réputés proches de Zhou sont tombés, à mesure que l'étau se resserrait sur lui.

Mais un premier signe avant-coureur avait suggéré dès 2012 que les pouvoirs de Zhou Yongkang étaient jugés extravagants, voire dangereux, par la nouvelle équipe de dirigeants : après le retrait de Zhou de la vie publique, le Comité permanent du bureau politique était passé de neuf à sept membres. Et le nouveau chef de la sécurité intérieure n'y avait plus sa place.

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