Le premier et ancien chef du gouvernement de Singapour, Lee Kuan Yew, principal artisan de la transformation de la cité État en une des économies les plus florissantes d'Asie qu'il a dirigée d'une main de fer, est décédé lundi à l'âge de 91 ans.

Hospitalisé depuis le 5 février pour une pneumonie aigüe, «M. Lee est mort sans souffrance à l'hôpital général de Singapour à 3 h 18» (15 h 18, dimanche, à Montréal), a annoncé le premier ministre, Lee Hsien Loong, son fils, qui a décrété sept jours de deuil national.

Les messages de condoléances ont afflué du monde entier pour saluer la mémoire de Lee Kuan Yew, qui a dominé la vie politique du petit archipel pendant un demi-siècle et est resté jusqu'à la fin de sa vie une personnalité politique très influente à Singapour et en Asie.

«Il fut un vrai géant de l'histoire qui restera pour les générations à venir comme le père du Singapour moderne et comme l'un des grands stratèges des affaires asiatiques», a déclaré le président américain Barack Obama.

La Chine a elle aussi loué «un stratège ayant à la fois des valeurs orientales et une vision internationale».

De son côté, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a estimé que Lee Kuan Yew était un «homme d'État exceptionnel» qui a «façonné l'histoire de son pays depuis son indépendance en 1965».

«Alors que Singapour et la France marquent cette année le cinquantenaire de l'établissement de leurs relations diplomatiques, je salue la mémoire d'un dirigeant visionnaire et d'un ami de la France», a souligné M. Fabius.

Né le 16 septembre 1923 dans une famille d'origine chinoise, Lee Kuan Yew était «une figure légendaire en Asie, largement respecté pour son leadership fort et sa stature d'homme d'État», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon.

Premier chef du gouvernement de Singapour en 1959, année où la cité-État s'est affranchie de la tutelle britannique, Lee Kuan Yew, qui avait alors 35 ans, a connu une longévité exceptionnelle à ce poste qu'il a occupé jusqu'en 1990.

«Il s'est battu pour notre indépendance, a construit une nation qui n'existait pas et nous a rendus fiers d'être Singapouriens», a déclaré son fils, l'actuel premier ministre, dans un discours télévisé prononcé avec émotion.

Profil international disproportionné

Au cours des trois décennies de pouvoir de Lee Kuan Yew, Singapour a connu un spectaculaire développement économique pour devenir l'un des «tigres asiatiques». L'archipel d'un peu plus de cinq millions d'habitants est devenu un centre régional, financier et touristique, connu pour ses hautes technologies, en particulier dans le domaine de la santé.

«Lee Kuan Yew a donné à Singapour un profil international complètement disproportionné par rapport à la taille du pays», dont la superficie est un peu inférieure à celle de la ville de Berlin, a déclaré l'analyste singapourien Derek da Cunha.

Mais des défenseurs des droits de l'homme ont critiqué Lee Kuan Yew, un avocat de formation qui a fait ses études en Grande-Bretagne, pour avoir géré le pays d'une main de fer, un règne pendant lequel des opposants politiques ont été emprisonnés ou empêchés d'agir.

Alors que la liberté d'expression et de rassemblement sont toujours étroitement contrôlées dans l'archipel, il serait peut-être temps maintenant d'ouvrir un «dialogue» national en vue d'une plus grande libéralisation politique, a estimé Phil Roberston, directeur adjoint de Human Rights Watch (HRW) en Asie.

Père de l'actuel premier ministre Lee Hsien Loong, Lee Kuan Yew avait démissionné en 1990 pour laisser la place à son bras droit, Goh Chok Tong. Celui-ci a à son tour cédé le pouvoir à Lee Hsien Loong en 2004.

Le Parti d'action populaire (PAP), cofondé par Lee Kuan Yew, a été reconduit au pouvoir à chaque élection depuis 1959, et détient actuellement 80 des 87 sièges au Parlement.

Dans un livre publié en 2013, Lee Kuan Yew, marqué par le décès de son épouse trois ans plus tôt, avec laquelle il a eu trois enfants, avait confié se sentir de plus en faible et souhaiter une mort rapide.

Une cérémonie de funérailles nationales est prévue dimanche.