La ruée vers la Birmanie inquiète Amnistie internationale

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Selon Amnistie internationale, le gouvernement birman a procédé, dans le cadre du développement du projet, à l'expulsion forcée de «milliers» de villageois, qui n'ont reçu «aucune compensation».

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L'afflux d'investissements étrangers qui découle de la levée des sanctions contre la Birmanie inquiète Amnistie internationale, qui craint d'assister à d'importantes dérives susceptibles de pénaliser la population locale.

L'organisation, dans un rapport rendu public aujourd'hui, évoque pour illustrer ses préoccupations le cas d'un important projet minier dans lequel une firme canadienne a longtemps joué un rôle de premier plan. L'entreprise en question écarte cependant toute malversation et parle du projet en question comme d'un «modèle» à suivre.

«Nous abordons le sujet maintenant parce que nous croyons que la Birmanie est à un point critique. Ses importantes réserves de pétrole et de gaz, de minerais et de pierres précieuses suscitent beaucoup de convoitise de la part d'entreprises qui veulent se précipiter pour en profiter alors que d'importants problèmes perdurent en matière de droits de la personne et de gouvernance», a souligné en entrevue le secrétaire général d'Amnistie internationale Canada, Alex Neve.

Bien que la Birmanie ait entrepris des réformes démocratiques remarquées, les militaires demeurent très influents et contrôlent des pans importants de l'économie, ce qui favorise la mise en oeuvre de projets qui servent leurs intérêts plutôt que ceux de la population dans son ensemble, note-t-il.

«Nous abordons le sujet maintenant parce que nous croyons que la Birmanie est à un point critique.»

Alex Neve
secrétaire général d'Amnistie internationale Canada

Dans son rapport, Amnistie internationale évoque le projet de Monywa, qui a été marqué, selon elle, par «de sérieux abus» et un «manque de transparence flagrant».

Les enquêteurs de l'organisation soulignent que cette unité de production de cuivre, aujourd'hui concentrée sur deux sites principaux, a été lancée à la fin des années 70 par une firme gouvernementale birmane. Une filiale de la société canadienne Ivanhoe Mines s'y est associée au milieu des années 90.

Selon Amnistie internationale, le gouvernement birman a procédé, dans le cadre du développement du projet, à l'expulsion forcée de «milliers» de villageois, qui n'ont reçu «aucune compensation».

La firme canadienne, renommée Turquoise Hill Resources en 2012, a profité d'une partie de ces évictions et n'avait prévu aucune mesure pour «baliser» l'exercice de manière à éviter les abus, affirme M. Neve.

Amnistie internationale accuse par ailleurs l'entreprise d'avoir négligé ses responsabilités environnementales et d'avoir cherché à vendre une partie importante du cuivre à des membres du régime birman, au risque de contourner les sanctions limitant toute «assistance» à leur endroit.

L'organisation cite à cet effet deux documents internes datant de 2003 et 2004 obtenus dans le cadre de son enquête, qui énumèrent les clients de l'entreprise et constituent, au dire d'Alex Neve, une sorte de «who's who» des forces sécuritaires birmanes.

Le rapport d'Amnistie internationale reproche par ailleurs à la firme canadienne d'avoir créé en 2007 une fondation «opaque» en vue de se défaire de ses parts dans le projet minier sans avoir à rendre compte des détails de l'opération.

Une coentreprise regroupant une société militaire birmane et une firme chinoise est aujourd'hui propriétaire de l'infrastructure minière. Elle a été montrée du doigt en 2012 en raison de la répression musclée d'une importante manifestation.

«Exercice sensationnaliste»

Dans une réponse envoyée à Amnistie internationale depuis Singapour en prévision de sa publication, l'ancien PDG d'Ivanhoe Mines, Robert Friedland, écarte le nouveau rapport comme un «exercice sensationnaliste» et rejette toute critique des activités de l'entreprise. Il n'a pas été possible de le joindre hier.

La firme, soutient M. Friedland, a vendu sa part dans le projet minier en respectant scrupuleusement les sanctions en place qui interdisaient toute vente à des intérêts birmans et n'a gardé aucun contrôle sur le processus une fois la fondation créée.

L'ancien administrateur, qui a quitté l'entreprise en 2012, maintient que le rapport publié aujourd'hui ressemble à une «partie de pêche» basée sur des «insinuations» et des «racontars» sans fondement.

Selon M. Neve, Turquoise Hill Resources n'a pas voulu commenter le rapport en prévision de sa sortie. L'entreprise n'a pas répondu hier aux messages de La Presse.

Dans un document datant de 2011 et consultable en ligne, la firme défend les activités d'Ivanhoe Mines en Birmanie comme une «immense réussite» qui a permis d'améliorer la situation sociale et économique de milliers de citoyens du pays.

«Les emplois, l'investissement, la démocratie et les droits de l'homme - incluant le droit de travailler - peuvent aller de pair pour donner aux gens l'occasion et les moyens de poursuivre leurs ambitions avec dignité dans un environnement sécuritaire et sain», relevait l'entreprise.

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