Des millions de pèlerins lavent leurs péchés en Inde

Aujourd'hui, de 30 à 40 millions de pèlerins... (Photo : Agence France-Presse)

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Aujourd'hui, de 30 à 40 millions de pèlerins sauteront à l'eau pour absoudre leurs péchés et ceux de leurs vies antérieures.

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Frédérick Lavoie, collaboration spéciale
La Presse

(Allahabad) C'est le plus grand rassemblement d'humains sur cette planète. Aujourd'hui, de 30 à 40 millions de personnes plongeront dans les eaux sacrées du Gange et du Yamuna, dans la ville indienne d'Allahabad, dans le cadre de la Maha Kumbh Mela. À l'issue des 55 jours de cette célébration, quelque 100 millions de pèlerins hindous y auront lavé leurs péchés. Notre collaborateur a passé quelques jours dans l'immense cité temporaire érigée pour ce festival phare du calendrier hindou.

Ça s'est passé il y a quelques millénaires. Les dieux et les démons s'affrontaient dans le ciel pour une cruche contenant le nectar de l'immortalité. Durant la bataille, quatre gouttes ont été renversées sur la Terre. L'une d'elles, au confluent du Gange, du Yamuna et du mystérieux Sarasvatî, fleuve aujourd'hui asséché - s'il a même déjà existé.

En faisant sa baignade rituelle à cet endroit précis il y a une semaine, c'est à ce mythe que songeait Balakrishnan, exportateur de tapis venu de l'autre bout du pays pour participer à la Maha Kumbh Mela, «grande fête de la cruche». Beaucoup plus qu'au niveau de pollution inquiétant des cours d'eau. «Ces fleuves ont des pouvoirs divins. Je ne peux pas attraper de maladie. C'est de l'eau sacrée!», lance le sexagénaire, en s'essuyant la tête.

Tenue tous les 12 ans à Allahabad, dans le nord de l'Inde, cette célébration réunit depuis le 14 janvier des millions de fidèles venus se purifier l'âme et obtenir la bénédiction des sâdhus, les saints hommes de l'hindouisme, gardiens de la tradition et principaux acteurs du festival.

Ville temporaire

Au-delà de l'aspect religieux, la Maha Kumbh Mela constitue surtout un défi logistique majeur pour les autorités indiennes. Durant près de deux mois, Allahabad, qui compte 1,2 million d'habitants, doit nourrir, loger et transporter l'équivalent de dizaines de fois son poids démographique.

Seule solution: construire une ville temporaire dans la ville.

Érigée sur des terres en bonne partie inondées durant la saison des pluies, cette cité hétéroclite de tentes et de chapiteaux s'étend sur 20 km2 le long des deux fleuves. Elle possède notamment sa propre administration, un corps de police de 30 000 agents, 14 hôpitaux, ainsi que des réseaux routiers, sanitaires, électriques et d'eau. Chaque congrégation religieuse, chaque gourou a droit à un lopin de terre pour abriter ses disciples.

Des milliers de petits commerçants s'y sont également installés pour profiter de cet immense bassin de consommateurs, tout comme les plus grandes sociétés de dentifrice, biscuits, télécommunications ou autres qui tiennent des stands sur les lieux. Même les banques et le service postal ont ouvert des bureaux en panneaux de contreplaqué.

Difficile propreté

Maintenir une relative propreté sur cet emplacement poussiéreux est un combat de tous les instants. D'autant plus que la plupart des pèlerins proviennent de la campagne, où à peine 30% des foyers possèdent des installations sanitaires. Le terrain compte bien 35 000 toilettes, mais plusieurs préfèrent faire leurs besoins sur le bord des routes en terre battue ou sur les berges. Les bennes à ordures sont plus nombreuses que dans une ville indienne moyenne, mais l'armée de préposés à l'entretien peine à ramasser les détritus naturellement jetés au sol. Sans compter les offrandes faites aux fleuves sacrés, sous la forme de noix de coco et de bateaux en papier journal remplis de fleurs et d'encens, que les préposés doivent constamment repêcher à l'aide de filets.

À l'hôpital central de la Kumbh Mela, le médecin en chef Shakti Basu se réjouit tout de même du relatif succès de la prévention sur les dangers des eaux du Gange, où les niveaux de toxines dépassent largement ceux admis pour la baignade. Sur les quelque 6000 patients traités chaque jour sur les lieux, un nombre insignifiant se plaint de problèmes gastriques ou dermatologiques, indique-t-il.

Hindou pratiquant, M. Basu croit que l'explication n'est toutefois pas seulement scientifique. «La Kumbh Mela repose sur un pilier: la foi. Certains croient que boire l'eau du fleuve leur apportera le salut. Au-delà de toutes les précautions et de tous les préparatifs, il faut prendre en considération l'aspect surnaturel de la chose. La foi qui anime les pèlerins aide aussi à les garder en santé.»

Tous à l'eau!

Aujourd'hui, de 30 à 40 millions de pèlerins sauteront à l'eau pour absoudre leurs péchés et ceux de leurs vies antérieures. Le privilège de la première baignade est réservé aux 13 clans de naga sâdhus, ces ascètes nus recouverts de cendres, à la longue barbe et aux tresses rastas, armés d'épées ou de tridents. Par le passé, les combats entre les groupes de naga sâdhus pour accéder à l'eau avant leurs rivaux ont souvent été sanglants. Une fois leurs ablutions terminées, les ascètes cèdent la place aux simples fidèles, généralement venus en famille. La Maha Kumbh Mela se poursuit jusqu'au 10 mars.

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