Conflits mondiaux: le retour des mercenaires

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Selon Sean McFate, ancien parachutiste américain aujourd'hui professeur d'université, même si le risque demeure marginal, il se pourrait que des entreprises de sécurité suscitent des guerres pour stimuler leur demande.

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Les armées privées du Moyen Âge font un retour en force, observe Sean McFate - ancien parachutiste américain devenu professeur d'université - dans un nouveau livre. The Modern Mercenary explique comment, du Rwanda à l'Afghanistan, en passant par les Balkans, le Liberia et les mers somaliennes, le désir des États-Unis de réduire leur implication militaire s'est conjugué avec la doctrine d'intervention humanitaire pour favoriser le retour des mercenaires.

Q: Comment vous êtes-vous intéressé aux mercenaires?

R: Après avoir quitté l'armée, j'ai été aux études supérieures à Harvard, mais le coeur n'y était pas. J'ai reçu par hasard une proposition d'une entreprise de sécurité, DynCorp, qui devait évaluer l'armée du Liberia après la chute de Charles Taylor en 2003. Ça devait durer deux semaines, mais j'y ai pris goût. J'ai participé à la reconstruction de l'armée libérienne, à la protection du président du Burundi contre les milices hutues et à un autre projet dans un autre pays d'Afrique. Ensuite, je suis retourné aux études et j'enseigne maintenant à Georgetown et au War College.

Q: On a l'impression aujourd'hui qu'un soldat se tourne naturellement vers l'industrie de la sécurité après avoir quitté l'armée.

R: Maintenant oui, mais pas il y a 10 ans. J'avais vaguement entendu parler de deux entreprises de sécurité dans les Balkans, MPRI et Vanill, et d'Executive Outcome, une entreprise sud-africaine. Maintenant, les possibilités sont beaucoup plus nombreuses, en raison des nombreux contrats donnés par l'armée américaine en Irak et en Afghanistan pour diminuer le nombre de soldats nécessaires. L'armée américaine se limite maintenant aux opérations de combat proprement dites, pas aux étapes préliminaire et finale de prévention de conflits et de pacification dont elle se chargeait auparavant.

Q: Justement, vous écrivez qu'Executive Outcome a proposé à l'ONU en 1994 d'intervenir pour stopper le génocide rwandais.

R: C'est Peter Singer, de la Brookings Institution, qui a dévoilé ça dans un livre il y a 10 ans. C'est assez connu dans le milieu. Ça montre bien le paradoxe de l'ONU qui, d'un côté, ne veut pas utiliser des mercenaires pour intervenir rapidement pendant l'organisation d'une mission de casques bleus pour ne pas «privatiser la paix», selon les mots de Kofi Annan, et qui, d'un autre côté, affirme son droit d'ingérence dans les affaires internes des États qui, normalement, ont toute souveraineté et le monopole de la force sur leur territoire. Et pourtant, l'ONU pourrait rendre plus éthique toute l'industrie des mercenaires avec son pouvoir d'achat.

Q: Vous parlez d'une transition vers le «néomédiévalisme».

R: La notion que les États ont le monopole de la force découle des traités de Westphalie en 1648. Avant, des armées privées étaient engagées par les souverains, des Templiers aux condottieri italiens et suisses. Le système westphalien était peut-être, finalement, sinon une aberration, du moins une règle loin d'être absolue. Prenez la Somalie, la Libye, la Syrie, l'Irak: ce sont des pays où différents groupes contrôlent différentes sections, avec parfois des superpositions. Le Kenya utilise des milices privées pour contrôler la zone située près de la Somalie. Le néomédiévalisme ne signifie pas l'anarchie, simplement la fin du monopole de la force par les États.

Q: N'y a-t-il pas un risque à confier la guerre à l'entreprise privée?

R: Oui, il se pourrait que des entreprises suscitent des guerres pour stimuler la demande. Mais je crois que ça demeurera marginal parce que les armées privées restent beaucoup moins fortes que les armées nationales, même celles des puissances de deuxième ou troisième rang. Cela dit, il y a un problème de transparence. L'industrie a tenté de s'autoréglementer sous l'égide de l'ONU avec le document de Montreux en 2008, et le département de la Défense des États-Unis a publié des lignes directrices sur l'utilisation de mercenaires. Mais rien n'a vraiment remplacé la cour martiale ou l'autorité judiciaire étatique. Le département d'État des États-Unis n'utilise même pas le document du département de la Défense. On a vu des bavures qui ont été très dommageables pour les États-Unis et l'industrie en Irak et en Afghanistan.

Q: Quel est votre prochain projet?

R: J'écris un roman pour parler de tout ce que je dois taire dans mes travaux universitaires. Je travaille aussi sur les cybermercenaires, engagés par les entreprises occidentales qui ne peuvent riposter quand elles sont victimes de pirates informatiques à cause des lois interdisant ce genre d'activités en Occident.

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