Des abeilles solitaires volent au secours des vergers français

«Ces abeilles, appelées osmies, étaient déjà utilisées artisanalement... (Photo Georges Gobet, Agence France-Presse)

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«Ces abeilles, appelées osmies, étaient déjà utilisées artisanalement par certains agriculteurs en Europe, mais nous sommes pionniers pour notre capacité à les élever en quantité et à les apporter sur une parcelle au moment voulu», assure Franck Mariambourg, cofondateur et président d'Osmia.

Photo Georges Gobet, Agence France-Presse

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Laurent BANGUET
Agence France-Presse
ESTILLAC

Elles ne vivent pas en ruche, ne produisent pas de miel, mais elles sont championnes de la pollinisation des cultures: le printemps venu, quelques milliers d'abeilles solitaires élevées par une start-up du Lot-et-Garonne sont envoyées en mission pour doper les rendements des vergers.

Comme les abeilles qui font notre miel (Apis mellifera), ces solitaires (Osmia cornuta et Osmia rufa) fertilisent les plantes en butinant, transportant ainsi le pollen d'une fleur à une autre, mais mieux et plus vite.

«Ces abeilles, appelées osmies, étaient déjà utilisées artisanalement par certains agriculteurs en Europe, mais nous sommes pionniers pour notre capacité à les élever en quantité et à les apporter sur une parcelle au moment voulu», assure Franck Mariambourg, cofondateur et président d'Osmia.

Créée en 2014, la PME de l'agropole d'Estillac, près d'Agen, emploie sept personnes et loue aux arboriculteurs les services de ses abeilles, sous forme de boîtes (une de mâles, une autre de femelles) disposées dans des abris adaptés. Cette année, elle intervient sur environ 600 hectares, en Rhône-Alpes et dans le Sud-Ouest, mais aussi pour la première fois dans les pommiers à cidre de Normandie.

À peine arrivées, les abeilles se reproduisent. «Elles restent notre propriété et on récupère les cocons sur les parcelles en été, à la fin de la floraison. Ces cocons sont triés puis conservés en chambre froide jusqu'au printemps suivant», détaille Béatrice Tournier, responsable administrative de la jeune pousse.

Le froid fige le développement des cocons, qui se réactivent à la chaleur. En jouant sur la température, Osmia est capable de programmer le réveil de ses abeilles avec une précision d'une demi-journée.

«Tous les arbres fruitiers ne fleurissent pas à la même période, donc il faut pouvoir échelonner le réveil des osmies», explique-t-elle.

Responsable technique d'Osmia pour le Sud-Ouest, Nicolas Denis a longtemps été arboriculteur, avant de faire faillite. «Je n'ai jamais mis une abeille de ma vie dans mes vergers ! Je me disais: "pourquoi payer pour quelque chose que la nature nous offre"», confie-t-il.

Une erreur selon lui: «on arrive à améliorer les rendements de 10 à 15 %. Par rapport aux engrais ce n'est vraiment pas cher», de 250 à 350 euros par hectare.

Mellifère volage

Car l'abeille solitaire est bien plus performante que celle à miel.

Pour rapporter le pollen à la ruche, les abeilles mellifères «mouillent le pollen pour en faire des boules qu'elles collent sur leurs pattes arrière, ce qui le dégrade», explique M. Denis.

Les osmies, elles, se couvrent mécaniquement de pollen en entrant dans la fleur grâce à leurs poils fournis qui forment comme une «brosse» sur le ventre. Résultat, un taux de pollinisation exceptionnel: plus de 90 % pour l'osmie à chaque visite de fleur, trois fois plus que la mellifère.

Surtout, l'abeille domestique est volage ! Avec un rayon d'action pouvant dépasser trois kilomètres, elle a une fâcheuse tendance à délaisser le verger qu'on lui a assigné pour aller butiner ce si attrayant champ de colza voisin...

Ce fut vraisemblablement le cas dans cette parcelle de cerisiers de Brax, près d'Agen, où Nicolas Denis est venu installer ses boîtes d'osmies. Malgré les ruches, la production plafonnait. Au printemps 2017, l'exploitant s'est tourné vers Osmia et ses pensionnaires. Résultat: une récolte passée de 5 à 10 tonnes par hectare.

Les osmies s'éloignent peu de leur abri, 50 à 100 m au plus, «ce qui permet de cibler les cultures», décrypte M. Denis. Surtout, elles sont spécialisées dans le pollen des rosacées (amandiers, abricotiers, pruniers, pommiers, etc.) qu'elles récoltent afin de constituer une réserve de nourriture hivernale pour leurs larves.

Elles butinent très rapidement (jusqu'à 17 fleurs par minute) et «ne repassent jamais deux fois sur la même fleur, car elles les marquent», souligne Nicolas Denis.

Dernier atout, elles ne piquent quasiment jamais, une chance pour Nicolas Denis qui les manipule toute la journée: «j'y suis allergique !»




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