L'Inde bousculée par le réchauffement climatique

Entre ses centrales à charbon et le déferlement... (PHOTO ROBERTO SCHMIDT, ARCHIVES AFP)

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Entre ses centrales à charbon et le déferlement de milliers de nouveaux véhicules dans ses rues déjà très encombrées, Delhi est devenue la capitale la plus polluée du monde.

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Trudy HARRIS, Parvaiz Bukhari
Agence France-Presse
NEW DELHI, CACHEMIRE

Ses glaciers himalayens fondent à grande vitesse, ses terres agricoles s'assèchent et les habitants de sa capitale respirent l'air le plus pollué du monde. Pourtant l'Inde est l'une des rares parmi les grandes économies à ne pas s'être engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, à l'approche de la conférence de Paris sur le climat.

Le réchauffement climatique bouleverse déjà le pays dont la population sera d'ici 10 ans la plus importante du monde, dépassant celle de la Chine.

«Personne n'a moins contribué au réchauffement climatique que l'Inde et l'Afrique. Personne n'est plus conscient du changement climatique que les Indiens et les Africains», a dit le premier ministre Narendra Modi lors d'un récent sommet.

Fonte des glaciers

Dans l'Himalaya, au Cachemire, le scientifique Shakil Ahmad Romshoo craint pour l'avenir d'une région qui dépend largement de ses plus de 100 glaciers pour ses besoins en eau.

Au moins deux grands glaciers himalayens ont disparu depuis 50 ans, tandis que d'autres, situés dans un bassin crucial, ont rétréci de 27 % sur la même période, selon les études de Romshoo.

«L'impact du changement climatique est clair et fort. Nous avons relevé une baisse significative des flots provenant des glaciers», souligne le spécialiste des glaciers de l'Université du Cachemire auprès de l'AFP.

Dans les villages situés en aval, moins d'eau se jette dans les rivières et les étendues d'eau, obligeant les agriculteurs à changer de style de vie.

Délaissant les rizières gourmandes en eau, ils se sont tournés vers la culture de pommes, suscitant l'inquiétude quant à une chute de la production rizicole indienne.

La neige fondant plus vite sur les sommets en raison des températures en hausse, les agriculteurs qui maintenaient les cultures traditionnelles se sont retrouvés pris au piège.

«La neige des montagnes est maintenant totalement fondue avant avril, au moment où nous en avons besoin pour l'agriculture», souligne Haji Mohammad Rajab Dar, habitant du village de Chandigam.

«Je tirais autrefois 230 à 260 sacs de riz de mes rizières. Je n'en ai récolté que 90 cette année», dit cet homme de 70 ans dont les terres sont impropres à la culture des pommes.

«Nous sommes ruinés et lentement condamnés à devenir des mendiants».

Des côtes grignotées

Le gouvernement indien reconnaît l'impact du changement climatique sur son territoire, depuis la fonte des glaciers jusqu'à la progression de la sécheresse sur ses terres agricoles au centre du pays en passant par l'érosion de ses côtes sous l'effet de la montée des océans, comme le racontent les pêcheurs.

«Sur la dernière décennie, les prises ont diminué de 40 %», dit Ayub Hajji dont la famille pêche au large du Gujarat (ouest) depuis des générations.

L'Inde renvoie la responsabilité du changement climatique sur les pays développés et juge que demander aux Indiens de réduire leurs émissions est injuste et hypocrite.

Son gouvernement souligne que 300 millions d'habitants, sur ses 1,25 milliard, n'ont toujours pas accès à l'électricité.

Dans son plan d'action en vue de la conférence de Paris, il prévoit de réduire son «intensité carbone» - les émissions de dioxyde de carbone par unité économique produite - de 35 % d'ici 2030, mais ne s'engage pas à réduire ses émissions.

L'Inde, quatrième émetteur mondial de gaz à effet de serre, va accroître sa production de charbon à court terme pour soutenir le rythme de sa croissance, mais a aussi promis de générer 40 % de son électricité à partir du solaire et d'autres énergies renouvelables d'ici 15 ans.

Un air irrespirable 

Mais, entre ses centrales à charbon et le déferlement de milliers de nouvelles voitures dans ses rues déjà très encombrées, Delhi est devenue la capitale la plus polluée du monde, avec des taux très élevés de particules minuscules pm2,5 à l'origine de maladies respiratoires et de cancers, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Dans l'un des principaux hôpitaux de la ville spécialisés dans les maladies pulmonaires, le Dr Manu Madan souligne que son service est rempli de patients souffrant d'asthme et d'autres maladies liées à l'air pollué.

«Nous voyons plus de 600 patients par jour en consultation externe», dit le médecin. «Les enfants souffrent le plus, car leur immunité est moindre», ajoute Madan, qui leur recommande souvent de quitter Delhi.

Champs asséchés

Dans les champs du Maharashtra (ouest), nombre d'agriculteurs sont pris au dépourvu par l'irrégularité des pluies, dues selon les experts au changement climatique.

D'énormes averses suivies par des semaines de sécheresse accélèrent l'érosion des sols arables qui deviennent moins fertiles, souligne Shantaram Sakore, directeur d'une ONG locale de soutien aux agriculteurs.

Sans accès à l'irrigation et très dépendants de la mousson annuelle, les agriculteurs se battent pour les ressources en eau, creusant des puits toujours plus profonds.

«Ils ont collectivement réduit le niveau des eaux souterraines de façon substantielle», dit Sakore, qui plaide pour une meilleure formation au changement climatique.

Narayan Nipurte, riziculteur d'un district situé au nord de Bombay, est peu au fait de la complexité du réchauffement climatique. Mais il voit que la moindre mousson rend ses fins de mois plus difficiles.

«Il va y avoir des saisons sans pluie, alors comment fait-on?», interroge-t-il.

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