La pêche durable sur les tablettes

La pêche durable est un concept de moins... (Photo: Andreas Solaro, AFP)

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La pêche durable est un concept de moins en moins abstrait pour les consommateurs. Pourtant, éviter d'acheter des poissons dont les stocks sont menacés est toujours un casse-tête. Et les grands détaillants alimentaires doivent modifier leur offre, estime Greenpeace, qui a remis hier aux supermarchés canadiens leur «bulletin» de fin d'année en la matière. Costco a obtenu le prix Citron, avec une note globale de 7%.

Photo: Andreas Solaro, AFP

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La pêche durable est un concept de moins en moins abstrait pour les consommateurs. Pourtant, éviter d'acheter des poissons dont les stocks sont menacés est toujours un casse-tête. Et les grands détaillants alimentaires doivent modifier leur offre, estime Greenpeace, qui a remis hier aux supermarchés canadiens leur «bulletin» de fin d'année en la matière. Costco a obtenu le prix Citron, avec une note globale de 7%.

«Costco est une entreprise passive devant la destruction des océans et donc une entreprise irresponsable», a lancé Beth Hunter, qui s'occupe du dossier Océans à Greenpeace Canada.

C'est elle qui a noté la performance des supermarchés. Pour établir son palmarès annuel, Greenpeace a évalué les mesures que prennent les commerçants afin d'offrir des produits issus de la pêche durable, qu'il s'agisse d'espèces sauvages ou d'élevage.

Greenpeace a aussi scruté les étiquettes du rayon poissonnerie et calculé le nombre d'espèces menacées qui se trouvent toujours sur les tablettes. La liste rouge de Greenpeace compte une quinzaine d'espèces, dont l'espadon, la crevette tropicale, le bar du Chili et la morue de l'Atlantique. «Les océans vont très mal», dit Beth Hunter, qui rappelle que, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 80% des stocks de poisson de la planète sont, au mieux, pêchés à pleine capacité, au pire épuisés.

Les représentants de Greenpeace estiment que la situation est encore réversible, d'autant plus que les détaillants sont de plus en plus nombreux à biffer les espèces menacées de leur carnet de commandes. «Nous n'avons plus 5 ou 10 ans à perdre», estime Patrice Resther, président de la firme de communication-marketing Haussmann, qui travaille notamment avec des importateurs de produits de la pêche durable.

Selon lui, il faut accélérer le mouvement si l'on veut arriver à sauver certaines espèces. «Les chaînes devraient dès maintenant exiger un certificat d'identité pour les produits de la mer de leurs fournisseurs», poursuit-il.

Loblaws en tête

Pour l'instant, c'est Loblaws qui mène le bal au Québec.

La chaîne a lancé une politique de pêche durable l'année dernière. Elle compte aussi faire des campagnes de promotion pour les poissons issus de pratiques durables. Les supermarchés du groupe Loblaws sont les seules à obtenir une note «moyenne» dans le bulletin Greenpeace, avec 43%.

La chaîne québécoise Metro a quant à elle annoncé la semaine dernière son intention de cesser de vendre des produits de la mer dont les stocks sont menacés.

Sobeys n'a toujours pas fait d'annonce en ce sens, mais serait à y travailler. «Les épiceries n'avaient pas le choix de suivre», estime JoAnne Labrecque, professeure de marketing à HEC Montréal. Quand un épicier se lance, les autres doivent aussi montrer qu'ils font des efforts s'ils veulent conserver l'estime de leur clientèle. Mais il y a plus, explique cette spécialiste des dossiers d'alimentation. «On ne peut plus voir le consommateur comme quelqu'un qui regarde simplement la circulaire et choisit le plus bas prix», explique-t-elle. «Le consommateur n'est plus seulement un client, dit-elle. C'est un citoyen engagé qui veut faire sa part.»

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Encore faut-il qu'on lui en donne l'occasion. «Il ne faut pas culpabiliser les gens», estime Patrice Resther, qui croit lui aussi que c'est aux détaillants de modifier leur offre. «Actuellement, dit-il, on se retrouve devant des étalages où la provenance des produits n'est même pas indiquée!» Le consommateur ne l'a pas facile, concède Beth Hunter. «Le concept de pêche durable est extrêmement complexe». Des espèces sont menacées dans certaines parties du globe et pas dans une autre.

C'est le cas du saumon, du thon et des pétoncles, notamment. Mieux vaut se tourner vers les poissons d'élevage, alors? Pas si simple: certains élevages sont faits dans des conditions exécrables qui menacent l'écosystème qu'ils partagent avec des poissons sauvages.

Pour essayer de rendre la vie plus facile au commun des mortels, Greenpeace demande donc aux commerçants de bien étiqueter leurs produits. Patrice Resther croit que les restaurateurs ont aussi leur rôle à jouer. Ils pourraient inscrire sur leur menu la provenance des produits de la mer qu'ils servent. «Ce sont des leaders d'opinion, dit le président de la firme Haussmann. Cela pourrait avoir un effet d'entraînement.»

Grandes chaînes

Greenpeace a d'abord ciblé les grandes chaînes parce qu'elles ont un puissant pouvoir d'achat. Les petites poissonneries n'offrent pas nécessairement des produits plus éthiques, dit Beth Hunter, mais elles devront répondre à la demande d'une clientèle de plus en plus au fait des enjeux de la pêche durable.

Par ailleurs, poursuit JoAnne Labrecque, une campagne comme celle de Greenpeace est nettement plus efficace aujourd'hui avec la multiplication des réseaux sociaux.

Par exemple, au mois de mars, Greenpeace a lancé un mouvement de boycottage contre Nestlé, qui utilisait dans la Kit Kat de l'huile de palme d'un fournisseur dont les pratiques de gestion de la forêt étaient douteuses. La multinationale du chocolat a résilié son contrat avec ce fournisseur le jour même du lancement de la campagne.




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