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Des réacteurs nucléaires avec lesquels «l'accident de Fukushima n'aurait pas eu lieu»

Novovoronej est une ville de 30 000 habitants née... (PHOTO WIKIPÉDIA)

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Novovoronej est une ville de 30 000 habitants née autour sa centrale, avec stade, colonie de vacances et cinéma flambants neufs.

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Germain MOYON, Tatiana KALINOVSKAÏA
Agence France-Presse
NOVOVORONEJ et MINSK

Plus que des watts supplémentaires pour le réseau électrique russe, le nouveau réacteur 6 de la centrale de Novovoronej symbolise les ambitions nucléaires de la Russie dans un monde aux exigences de sécurité sans cesse renforcées.

Il y a 30 ans, la catastrophe de Tchernobyl, en Ukraine soviétique, jetait l'opprobre sur l'industrie nucléaire de l'URSS. Il y a cinq ans, l'accident de Fukushima semait le doute quant à la capacité de l'homme à contenir les risques considérables liés à cette forme d'énergie.

En dépit de ces chocs, en Russie, l'atome, bien que toujours minoritaire (18 % de la production électrique, très loin de la contribution gazière), n'avait jamais généré autant d'électricité qu'en 2015, pourtant année de crise économique. Le conglomérat public Rosatom construit actuellement huit réacteurs sur son sol et 34 à l'étranger.

Deux d'entre eux sont déjà sortis de terre à Novovoronej, à 500 kilomètres au sud de Moscou. Le premier, le réacteur 6, fonctionne à régime minimum depuis le 20 mai et est testé en vue de pouvoir alimenter les clients d'ici à la fin de l'année.

«Nous avons reçu le premier neutron», se félicite, casque sur la tête, Vladimir Zaroubaïev, l'un des responsables du chantier, devant des journalistes. «Les lignes sont sous tension».

En lançant ce réacteur de troisième génération, la Russie signe une première mondiale et coiffe au poteau ses concurrents, comme l'EPR du français Areva qui accumule retards et surcoûts.

L'américain Westinghouse teste son AP1000 en Chine, mais à un stade moins avancé tandis que Pékin construit son propre modèle, Hualong.

Séisme ou écrasement

Rosatom présente son nouveau réacteur, le VVER-1200, comme le plus puissant en service actuellement dans le monde, avec une capacité de 1200 mégawatts et une durée de vie de 60 ans. Il prévoit des mécanismes de sécurité innovants, entrant en marche aussi bien sur commande du personnel que sans action humaine, notamment grâce à des systèmes de refroidissement fonctionnant sans alimentation électrique.

«Avec ces réacteurs, l'accident de Fukushima n'aurait pas eu lieu», jure Vladimir Lobanov, directeur du centre de formation de la centrale de Novovoronej où le personnel répète les scénarios de crise.

Le directeur de la centrale, Vladimir Povarov, insiste sur le fait que le VVER-1200 peut résister à un séisme de magnitude 9 sur l'échelle de Richter ou à un écrasement d'avion. Quant à son coût, «il est inférieur à nos concurrents», promet-il.

Si Rosatom insiste sur ce point, c'est que Novovoronej doit servir d'argument commercial. Le groupe a invité début juin des dizaines de journalistes étrangers pour vanter ses technologies et le nouveau souffle que constitue la relance du nucléaire pour cette ville de 30 000 habitants née pour sa centrale, avec stade, colonie de vacances et cinéma flambants neufs.

Les deux premiers réacteurs, qui dataient de 1964 et 1969, ont été mis à la retraite et le troisième (1971) va bientôt suivre. Mais les avancées techniques ont permis de mettre à niveau et de prolonger la durée de vie des quatrième et cinquième, et les deux VVER-1200 vont doper sa production.

Inquiétudes en Lituanie

À l'échelle mondiale, plus de la moitié des réacteurs en construction le sont par Rosatom, notamment en Chine, en Finlande ou au Viêt Nam. Et la Russie espère bien profiter de la croissance attendue par le secteur: selon la World Nuclear Association, 173 réacteurs sont planifiés d'ici 2030 en plus des 65 actuellement en chantier, essentiellement dans les pays émergents.

Les contrats signés par Rosatom pour les dix prochaines années représentent ainsi plus de 100 milliards de dollars.

«Entre 20 % et 25 % des centrales nucléaires en construction dans le monde seront toujours des centrales russes», a assuré à la télévision le numéro deux de Rosatom Kirill Komarov, en marge de la conférence AtomExpo qui a rassemblé fin mai à Moscou des participants de presque 50 pays.

L'expansion de Rosatom est critiquée par l'ONG Greenpeace, qui dans un rapport de 2014 dénonçait des «violations aux règles de sécurité», «l'absence de contrôles de qualité adéquats», mais aussi «la corruption (qui) met sérieusement en doute la capacité du gouvernement à éviter des violations grossières».

En Biélorussie aussi, deux réacteurs VVER-1200 sont en construction avec un crédit russe de dix milliards de dollars. Minsk devrait ainsi se retrouver à partir de 2020 avec un excédent d'électricité qu'elle veut vendre à son voisin lituanien. Mais Vilnius, qui intègre actuellement son réseau à celui de l'Union européenne, a déjà prévenu qu'il n'en voudrait pas.

«L'énergie nucléaire n'est ni écologique ni sûre», a déclaré le député écologique lituanien Linas Balsys lors d'une visite du chantier en avril. «Je ne perds pas espoir que ce projet soit arrêté (...) et que notre capitale Vilnius ne soit ainsi pas menacée d'évacuation».

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