Moins de pesticides grâce aux mouches roses

Jocelyn Leclair, des Fermes Leclair, a remplacé l'épandage... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Jocelyn Leclair, des Fermes Leclair, a remplacé l'épandage de pesticides dans ses champs d'oignons verts et de radis par l'utilisation de mouches stériles.

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Des mouches roses envahissent les champs de la Montérégie - et nul besoin de fumer quoi que ce soit pour les voir. Près de 40 millions de mouches stérilisées, puis colorées en rose, seront relâchées cet été par Prisme Consortium, pour diminuer l'usage de pesticides dans les fermes d'oignons et de radis.

«Ce sont des mâles qui vont s'accoupler avec des femelles sauvages, pour faire baisser les populations de cet insecte ravageur», a expliqué vendredi sous un soleil de plomb Franck Bosquain, directeur adjoint à la recherche chez Prisme, au ministre de l'Agriculture, François Gendron, en tournée en Montérégie.

Jocelyn Leclair, un producteur maraîcher de Sherrington, perdait de 5% à 6% de ses oignons verts à cause des mouches, quand il tentait de s'en débarrasser à coups d'insecticide. «Aujourd'hui, 100% du contrôle se fait avec les mouches stériles, a-t-il témoigné. Et on n'a plus de pertes.» Gros hic: les mouches coûtent deux fois plus cher, à l'hectare, que les pesticides. Et l'aide financière que peut donner Québec semble limitée.

Véritable jardin du Québec, la Montérégie-Ouest produit 60% des légumes frais de la province. Conséquence: la concentration de 15 pesticides dans un ruisseau du bassin de la rivière Châteauguay est si élevée qu'elle dépasse pour chacun d'eux les critères de qualité de l'eau, mettant en danger la vie aquatique.

Cette statistique alarmante, tirée d'un rapport du ministère de l'Environnement, a donné un électrochoc aux agriculteurs, qui ont fondé en octobre le Pôle d'excellence en lutte intégrée. Son rôle: réduire la dépendance aux pesticides.

Production de certains légumes menacée

«La nouvelle génération de producteurs est drôlement consciente de la gestion des pesticides et cherche des solutions, a affirmé Luc Brodeur, directeur général de Prisme. Leurs grands-pères et pères n'y étaient pas du tout sensibles.»

«Pour chaque dollar dépensé en pesticides - incluant le produit et l'application sur nos fermes -, il incombe entre 0,80$ et 2$ à la société en coûts de santé et environnementaux», a reconnu Marian Vinet, propriétaire des Jardins Vinet à Saint-Rémi, citant une étude de Forest Lavoie.

Or, les étés plus longs font vivre davantage de générations d'insectes, le réchauffement climatique en attire de nouveaux, et le Québec s'apprête à revoir son Code de gestion des pesticides. S'il n'y a pas bientôt de nouveaux outils écologiques pour lutter contre les ravageurs, «la production de certains légumes pourrait être menacée», a fait valoir M. Vinet.

Des snipers aux champs

Les idées originales ne manquent pas. Anatis Bioprotection élève des insectes parasitoïdes (qui détruisent les oeufs des insectes nuisibles) et prédateurs (qui les mangent). Vos champs de maïs sont menacés par la pyrale? Il suffit d'y relâcher des guêpes microscopiques. «On les appelle nos snipers, elles sont très, très efficaces», a assuré Jean-Bernard Gélinas, directeur du marketing d'Anatis.

Vos cours d'eau sont pollués? Un marais filtrant peuplé de quenouilles a permis de diminuer la concentration de deux pesticides de 65% et 100%, l'été dernier, chez le maraîcher A. Barbeau et fils. Des fleurs colorées plantées au bord de l'eau ont, quant à elles, permis d'attirer deux fois plus d'insectes prédateurs. Sans toutefois diminuer le taux d'insectes ravageurs.

Toutes ces initiatives, «c'était requis, c'était nécessaire, a commenté le ministre Gendron, après avoir pris connaissance du travail du Pôle. C'est comme ça qu'il faut travailler». Même si l'État québécois «est cassé, a-t-il fait valoir, on va essayer de faire un effort [financier] additionnel».

Cela risque de ne pas être suffisant pour l'élevage de mouches roses. «On n'est pas capables de trouver de capital de risque pour continuer, ça ne rapporte pas assez, a souligné M. Brodeur. Comme ce n'est pas assez rentable, on va continuer d'importer des pesticides. La situation est frustrante.»

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