Luc Besson: maître en femmes à poigne

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Cara Delevingne dans une scène de Valérian et la Cité des mille planètes

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Frankie Taggart
Agence France-Presse
Los Angeles

Bien avant qu'il ne réalise certains des films d'action les plus spectaculaires et extravagants jamais réalisés, Luc Besson était un garçonnet en adoration devant un personnage de bande dessinée.

Il avait dix ans et vivait à une quarantaine de kilomètres de Paris lorsqu'il a rencontré Laureline, incarnée par l'ex-mannequin devenue actrice Cara Delevingne dans son long métrage Valérian et la Cité des mille planètes, qui sort vendredi aux États-Unis et cinq jours plus tard en France.

S'ennuyant ferme, il attendait avec impatience ses visites à la boutique où, en 1969, il a découvert la BD Valérian et Laureline dans la revue pour jeunes Pilote.

«C'était une époque sans internet, avec une seule chaîne de télévision en noir et blanc et mon beau-père n'avait pas de musique à la maison. La vie était assez terne», se souvient le réalisateur français, âgé de 58 ans.

«Il ne se passait pas grand chose, pas beaucoup d'exutoire, et tout d'un coup... Je me souviens des premières pages dans Pilote. (...) Soudain vous avez un couple qui voyage dans l'espace et dans le temps et qui combat des extraterrestres», raconte-t-il à l'AFP, à Los Angeles.

Ce qu'il a remarqué très rapidement, c'est l'indépendance d'esprit de Laureline. Il n'avait jamais vu ça auparavant.

«Elle était libre, elle était combattante, tuait des extraterrestres. La première image de cette femme était très forte et je suis tout de suite tombé amoureux d'elle. Elle était tellement sexy», confie-t-il.

Guerrières

Une image de la féminité bien ancrée en lui, et qui ressort dans de nombreux films où ses personnages féminins ont des caractères bien trempés, des femmes fortes n'ayant pas besoin qu'un homme leur montre comment tenir une arme à feu.

Il a commencé sa carrière dans les années 1980 avec des films d'action en français influencés par le cinéma américain, avant de connaître un succès international avec Le grand bleu (1988), puis Nikita (1990) - une femme assassin - ou encore Léon (1994), où une adolescente (Natalie Portman, âgée alors de 13 ans) devient la protégée d'un tueur à gages.

Depuis, ses nombreuses créations personnelles ont connu des fortunes diverses, mais il a gagné gros avec sa société de production EuropaCorp qui est derrière les séries Le transporteur et Taken.

Si Laureline a été son premier amour, il lui a trouvé des remplaçantes dans la vraie vie. Il s'est marié quatre fois, dont brièvement avec Milla Jovovich, son héroïne du Cinquième élément (1997) qu'il a révélée comme tant d'autres actrices.

«Dans les années 1970 et 1980, les films étaient totalement du point de vue des hommes et ce n'est pas juste... La fille est en arrière-plan en train de pleurer "Quand est-ce que tu reviens?"», a-t-il dit lors d'une conférence de presse, avant son entretien à l'AFP.

«Ce n'est pas ma vision des relations entre hommes et femmes. Peut-être que mon éducation m'a permis par chance de voir que les deux sont très forts», a relevé ce père de cinq enfants.

Considéré au début de sa carrière comme un précurseur du mouvement «Cinéma du look» - où le style prime sur l'histoire -, ce serait néanmoins lui faire peu d'honneur que de dire qu'il ne s'intéresse pas à la substance.

Bien qu'étant un film d'action truffé d'effets spéciaux se déroulant dans l'espace intersidéral, Valérian aborde aussi des préoccupations actuelles comme le changement climatique, la diversité et les difficultés des immigrés.

Le long métrage au budget de 180 millions de dollars a été filmé à Paris l'an dernier, en pleins bouleversements politiques en Europe et aux États-Unis.

Le réalisateur est réticent à parler de politique mais il n'hésite pas à qualifier Valérian d'allégorie du pouvoir démesuré du monde des affaires.

Les méchants, dit-il à l'AFP, pourraient tout à fait être les dirigeants de Volkswagen ayant reconnu en 2015 avoir équipé quelque 11 millions de véhicules de «logiciels truqueurs» permettant de fausser les contrôles anti-pollution.

S'il insuffle des sujets sérieux dans ses films - pour éviter qu'ils ne soient «comme un cheeseburger», c'est-à-dire vite ingéré et oublié -, il ne veut pas en faire trop.

«J'aime parler de toutes ces choses - d'écologie, d'immigration - en gardant le sourire et en divertissant en même temps», explique-t-il.

Le réalisateur Luc Besson... (Photo BERTRAND GUAY, Archives Agence France-Presse) - image 2.0

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Le réalisateur Luc Besson

Photo BERTRAND GUAY, Archives Agence France-Presse

Luc Besson en 5 éléments

Cinq choses à savoir sur Luc Besson, le plus international des réalisateurs français, dont le Valérian, film le plus cher de l'histoire du cinéma hexagonal, sort vendredi aux États-Unis et dans une semaine en France.

L'autodidacte

Ni bachelier, ni passé par la Fémis, la plus prestigieuse école de cinéma française, Luc Besson, 58 ans, a tout du «self made man», formé sur le tas et au culot.

Son imagination, il dit l'avoir puisée dans son enfance solitaire entre la Grèce et l'ex-Yougoslavie avec des parents professeurs de plongée au Club Med. «À 16 ans, j'avais déjà écrit une bonne partie de mes films, dont Le cinquième élément», se plait-il à raconter.

Après avoir enchaîné des stages comme assistant réalisateur, il réalise 1981 son premier court métrage L'avant dernier, dont l'intrigue sera développée pour son premier long, Le dernier combat deux ans plus tard. Il n'a pas 25 ans.

Le mal-aimé

S'il a su conquérir un public international, Besson n'a pas toujours bonne presse auprès de la critique. Présenté en ouverture à Cannes en 1988, Le grand bleu (1988) sera sifflé et démoli par la presse avant de faire 9 millions d'entrées en salles.

Malgré 17 films à son actif et ses 12 nominations aux Césars, le réalisateur n'a jusqu'ici remporté que la statuette du meilleur réalisateur en 1998 pour Le cinquième élément.

Les rapports entre la presse (française) et Besson ne se sont pas améliorées au fil du temps, une partie de la critique jugeant trop marketing les productions de l'écurie Besson, qui, à son tour, n'hésite pas à attaquer en diffamation certains titres.

L'homme d'affaires

Besson «me rappelle un peu George Lucas, qui a lui aussi son complexe de cinéma», soulignait en entrevue l'acteur Robert De Niro, qui a de nouveau revêtu son costume de mafieux dans Malavita du réalisateur français.

En 1999, Besson crée sa société, EuropaCorp. Humour et action sont au rendez-vous des productions maison, des Yamakasi à Banlieue 13 en passant par la franchise des Taxi.

Le catalogue compte également des films plus intimistes comme Quand j'étais chanteur de Xavier Giannoli (2006) ou Saint Laurent de Bertrand Bonello (2014).

Il élargit son champ d'action en créant en 2012 la Cité du cinéma, sorte de «Hollywood sur Seine», au nord de Paris, avec neuf plateaux de tournages et une école de cinéma.

Le financement du projet interroge la justice française sur de possibles «détournements de fonds publics». Une enquête du parquet national financier a été ouverte fin 2013.

Le parrain du cinéma français

Il ne faut «pas toujours compter sur Luc Besson», prévenait la directrice générale d'Unifrance (organisme de promotion du cinéma français à l'étranger), Isabelle Giordano, en annonçant les chiffres à l'export en 2016.

Le réalisateur de Lucy (56 millions d'entrées dans le monde) reste en effet une locomotive grâce à ses productions privilégiant un cinéma de pur divertissement qu'il décline à l'envi (notamment avec les franchises à succès Taken ou Le transporteur).

Cette force de frappe lui permet aussi d'avoir l'oreille des responsables politiques. Comme lorsqu'il a réussi à faire modifier certaines dispositions fiscales pour rendre plus attractif les tournages en France, en premier lieu celui de Valérian, tourné en anglais.

Le citoyen

«Je prends la parole aujourd'hui parce que je me dois de dénoncer la belle arnaque dans laquelle nous nous apprêtons à tomber», a lancé le cinéaste installé à Hollywood pendant la dernière campagne présidentielle. Dans son viseur: le Front national de Marine Le Pen.

Le réalisateur donne aussi une certaine visibilité à la banlieue et aux cultures urbaines à travers ses films et sa Cité du cinéma, installée dans l'un des départements les plus pauvres et les plus jeunes de France, la Seine-Saint-Denis. Il y avait aussi organisé en 2007 un festival de Cannes parallèle.




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