Nigeria: l'industrie du cinéma stimulée par The Wedding Party

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L'institut PEFTI forme des centaines de jeunes aux métiers du 7e art à Lagos, l'avant-gardiste mégalopole du sud du Nigeria.

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Célia Lebur
Agence France-Presse
Lagos

Dynamisé par le succès historique de The Wedding Party, le cinéma nigérian au sommet de son art peut désormais se permettre de produire des films à gros budget en direction du public africain, malgré la morosité économique qui plombe le géant anglophone.

Le Nigeria a beau être en récession et l'inflation frôler les 20%, Nollywood, deuxième industrie cinématographique au monde après Bollywood avec quelque 2000 films par an et un public estimé à 150 millions de spectateurs, ne s'est jamais aussi bien portée.

En tête du box-office, The Wedding Party, une comédie aussi loufoque que glamour, raconte le mariage de Dunny et Dozie en dépit des réticences et des rivalités ethniques qui opposent leurs familles, l'une igbo et l'autre yoruba.

«C'est une chose de réussir, mais c'en est une autre de casser la baraque. On a cassé la baraque et ce que je sais, c'est que c'est un gros succès et que je n'y étais pas prête», raconte à l'AFP la jeune réalisatrice Kemi Adetiba.

Deux mois après sa sortie, le film, toujours à l'affiche, a généré 400 millions de nairas (1,6 million $) de recettes, deux fois plus que le précédent record, détenu jusque-là par A Trip to Jamaica, sorti lui aussi en 2016 et qui avait récolté 178,5 millions de nairas.

C'est la première fois qu'un film nigérian fait plus d'entrées à domicile que les blockbusters hollywoodiens.

«C'est ce que nous sommes!»

Dans la salle, les cris des spectateurs fusent lorsque déboulent à l'écran devant des centaines de convives médusés les familles de chaque marié, bien décidées à surenchérir pour faire sensation, sur des danses traditionnelles endiablées.

C'est la scène préférée de Betty, une entrepreneuse lagosienne de 27 ans, qui a déjà vu le film trois fois, et rit encore «du début à la fin». «C'est vraiment comme ça que ça se passe dans les mariages nigérians: nos mariages sont colorés, il y a beaucoup de rires, de danses, de drames, c'est ce que nous sommes!», explique-t-elle, un large sourire aux lèvres.

Pour Joy, une autre spectatrice, le film, en se moquant de l'intolérance et de la méfiance qui existent parfois entre ethnies, cherche aussi à faire passer un message. «Ce film, c'est comme deux côtés du Nigeria: les igbos et les yorubas (...) Et il nous fait comprendre pourquoi nous devons être ensemble, peu importe les clans», estime-t-elle.

«Film superbe», «casting parfait»: la critique est tout aussi unanime que les spectateurs croisés à la sortie des cinémas, et les blogueurs nigérians célèbrent 2016 comme une année «exceptionnelle» pour Nollywood.

Selon la société Filmone Distributions, le top 50 des films nigérians a assuré à lui seul l'an dernier près d'un tiers des recettes des 28 cinémas du pays, soit un milliard de nairas (4 millions $) sur un total de 3,5 milliards (14,5 millions $).

«Nigerian touch»

«Nous sommes à un moment crucial de l'industrie nigériane, de plus en plus professionnelle, avec de nouvelles sociétés de production, des agences de publicité, des salles de cinéma...», estime Abiola Adenuga, directrice de l'institut PEFTI, qui forme des centaines de jeunes aux métiers du 7e art à Lagos, l'avant-gardiste mégalopole du sud du Nigeria.

«Le Nigeria a un public exigeant, ouvert et voyageur. Nous savons ce qui se fait partout ailleurs et nous n'en attendons pas moins chez nous», explique-t-elle.

Depuis l'essor de Nollywood dans les années 80, les réalisateurs nigérians tournaient généralement des films en quelques semaines avec moins de 20 000 dollars. La plupart des films ne passaient jamais sur grand écran, mais étaient transformés directement en DVD et piratés, puis vendus aux feux rouges, aux carrefours ou sur les étals des marchés.

Grâce à la qualité croissante des productions locales et à l'explosion des chaînes satellites panafricaines, le cinéma nigérian s'exporte désormais dans les pays anglophones comme le Ghana ou l'Afrique du sud, et même hors du continent.

Il a rencontré en 2016 hors du continent africain un écho inédit: le Festival international du film de Toronto a ainsi mis Nollywood à l'honneur avec huit films nigérians présentés en septembre, et Paris consacre chaque année depuis 2013 une «Nollywood week» pour mieux faire connaître ce cinéma en France.

Avec un budget de plus d'un million de dollars, le thriller The CEO, présenté à Londres en octobre 2016, est un exemple de superproduction très éloignée des films à micro-budget qui caractérisaient autrefois l'industrie nigériane.

Mais selon la réalisatrice de The Wedding Party, au-delà de la professionnalisation du secteur, c'est bien «la nigerian touch» du film, l'exubérance de ses personnages et de ses gags qui a fait le succès du film.

«La chose la plus importante pour nous était de raconter une histoire nigériane. L'histoire d'amour est universelle, mais nous n'avons pas essayé de jouer comme dans un film de Hollywood», explique Kemi Adetiba.

«Nous voulions que les gens puissent se dire: "Tiens, on dirait ma mère, on dirait ma tante" Et c'est ce qui s'est passé!»




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