Le nez de Kim Nguyen: mémoire de nos désirs

Le cinéaste Kim Nguyen, connu pour ses films... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Le cinéaste Kim Nguyen, connu pour ses films de fiction, consacre son premier documentaire à l'odorat.

Photo: Alain Roberge, La Presse

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Trois ans après la sortie de son long métrage Rebelle, qui l'a conduit jusqu'à la cérémonie des Oscars, le cinéaste Kim Nguyen nous revient avec son premier documentaire, Le nez, qui ouvre ce soir les 17es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

S'il existe un lien entre tous les personnages du film Le nez de Kim Nguyen, c'est la mémoire. On l'oublie trop souvent, le nez nous relie directement à nos souvenirs les plus intimes et les plus lointains.

«Ce qui m'a le plus attiré en faisant ce film, c'est le lien entre l'odorat, le désir et la mémoire, dit le cinéaste en entrevue. Lorsque tu fais cette affirmation à quelqu'un, il sait tout de suite de quoi tu parles. Ainsi, nous avons tous une odeur qui nous rappelle notre enfance. Le côté scientifique de l'odorat a quelque chose de très poétique. Il y a un lien direct, sans interface, entre l'odorat et la mémoire physique. C'est un sens viscéral, animal.»

À la table du café où nous nous rencontrons, on retrouve le Kim Nguyen souriant, affable et furieusement passionné par son travail que nous avons connu durant le tournage, la sortie et la marche vers la cérémonie des Oscars (en nomination pour le meilleur film en langue étrangère) de Rebelle. Du documentaire, son tout premier, inspiré de l'ouvrage Papilles et molécules du sommelier François Chartier, Kim Nguyen évoque un parcours fait de grands bonheurs et de quelques écueils.

En moins de 90 minutes bien tassées, son oeuvre met nos pas dans ceux de chasseurs de truffes, de chefs, de sommeliers (dont Chartier), de créateurs de parfums et autres travailleurs du nez. Tous décortiquent (littéralement!) leurs relations quasi charnelles avec les odeurs.

Mais le film va aussi à l'autre bout du spectre et nous propose une rencontre hors de l'ordinaire avec une jeune femme qui a abruptement perdu l'odorat. Ce passage ébranle le spectateur.

Joe Bini

Cette femme, Molly, raconte les circonstances d'un accident au terme duquel elle a perdu l'odorat. Lorsque son premier amour est revenu vers elle pour l'aider, elle ne détectait plus l'odeur de cet homme, si particulière pour elle.

Molly fait partie des quelques personnages forts qui composent le documentaire. À ce chapitre, Kim Nguyen raconte, plus amusé qu'embêté, comment il a reçu l'aide d'un monteur d'Hollywood pour orienter son travail.

«J'étais à Los Angeles et j'ai téléphoné à Joe Bini, monteur des films du documentariste Werner Herzog (Into The Abyss, Grizzly Man), dit-il. Je lui ai parlé de mon film et il m'a tout de suite dit que j'avais un problème important: je n'avais pas de personnage principal. Il m'a dit que l'odeur n'en était pas un. Que je devais avoir un personnage central. Molly en est un et elle possède un grand magnétisme à la caméra.»

Cette combinaison de personnages forts et de références constantes à la mémoire était la bonne formule pour «filmer l'odeur», un pari qui n'était pas gagné d'avance. «Je me suis vite rendu compte que si je ne faisais que filmer des trucs qui sentent bon ou rencontrer des chefs dont les mets sentent bon, ça deviendrait vite mièvre et inintéressant», lance le cinéaste, qui se qualifie d'«hédoniste».

Nguyen croit que son rapport à l'odorat a changé en cours de tournage. «Nous avons un rapport très profond au sens de l'odorat qu'on a tendance à tenir pour acquis. La majorité des gens diraient spontanément que s'ils avaient à perdre un sens, ce serait l'odorat. Or, certaines personnes qui ont perdu ce sens sont devenues à ce point déprimées qu'elles ont commis des tentatives de suicide.»

À l'écouter, on constate que Kim Nguyen est plus conscient des pouvoirs de l'odorat. Comme on dit, ça se sent...

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Le nez, film d'ouverture des RIDM, ce soir à 19h, au Théâtre Hall (local H-110) de l'Université Concordia.

Tournage dans l'Arctique

Sous la gouverne du producteur Max Films, Kim Nguyen tournera son prochain film, Two Lovers and a Bear, au début de mars 2015 dans l'Arctique et au nord de Montréal. «Le scénario est inspiré d'une nouvelle qu'avait écrite Louis Grenier, fondateur de Kanuk, il y a une dizaine d'années, dit M. Nguyen. C'est une histoire d'amour campée dans cet univers quasi "kubrickien" qu'est le Grand Nord au XXIe siècle.» Vendredi, M. Nguyen s'envolera pour Iqaluit et Kuujjuaq pour du repérage. Le réalisateur travaille également à la préparation d'une autre fiction, Origin of the World, qu'il tournera avec Item 7, sa maison de production pour le film Rebelle.

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