Aimer, boire et chanter: le temps des grands dérèglements

Un médecin (Hyppolyte Girardot) brise le secret professionnel... (Photo fournie par A-Z Films)

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Un médecin (Hyppolyte Girardot) brise le secret professionnel en dévoilant à sa femme (Sabine Azéma) qu'un de ses patients est attein d'un cancer incurable.

Photo fournie par A-Z Films

Lancé à la Berlinale en février dernier, Aimer, boire et chanter aura été le dernier long métrage de la carrière du cinéaste français Alain Resnais, mort à Paris le 1er mars. L'oeuvre sera projetée lundi soir, en clôture du FFM, avant de prendre l'affiche le 5 septembre. Le comédien Hippolyte Girardot, qui fait partie de la distribution, revient sur cette comédie empreinte de grands dérèglements conjugaux.

Si Colin, médecin sans histoire, se fiait uniquement aux aiguilles des horloges de sa demeure pour avoir l'heure juste, il manquerait le train. Comme il est sur le point de manquer celui de sa vie conjugale.

On peut en dire autant de Jack et Siméon, deux autres hommes dont les épouses prennent depuis quelque temps leurs distances, à l'image d'un wagon de queue s'éloignant à l'horizon, constate-t-on dans Aimer, boire et chanter, dernier film tourné par le cinéaste français Alain Resnais avant sa mort.

«Colin a l'obsession des heures, dit Hippolyte Girardot, interprète du personnage joint au téléphone à Paris. Le temps est la chose la plus précise du monde. Mais ici, ça se barre en couilles. Comme la relation avec sa femme; Colin la croit impeccable, mais ça se barre en couilles!»

Girardot sera de passage (pour la première fois) à Montréal en fin de semaine à l'occasion de la présentation, lundi soir, du film de Resnais en clôture du Festival des films du monde. Le comédien est un peu étonné et nous taquine un brin lorsqu'on lui fait part de notre ignorance face à son expression typiquement hexagonale. Mais bon, il veut bien en remettre un peu à propos de son cher Colin.

«Chez lui, les horloges qui sont le symbole même de la précision absolue, ralentissent, accélèrent, ne sonnent jamais à l'heure, etc. Il a beau faire pour tout se tienne, rien ne tient! Les horloges et sa femme, c'est la même histoire!»

Le scénario du film est campé dans la campagne anglaise près de York où Colin apprend que George Riley, un de ses patients, souffre d'un cancer incurable et voit s'approcher la Grande Faucheuse.

Incapable de conserver le secret professionnel, Colin se confie à sa femme Kathryn (Sabine Azéma) qui passe la nouvelle à Jack (Michel Vuillermoz) qui déblatère à sa femme Tamara (Caroline Silhol). En même temps, George téléphone à son ex-femme Monica (Sandrine Kiberlain) pour partager sa peine, de quoi énerver Siméon (André Dussollier), nouveau conjoint de cette dernière.

Les trois femmes, qu'on devine avoir eu une relation de grande proximité avec George dans le passé, volent à son secours. La flamme amoureuse, visiblement, se ravive. D'autant plus que George, qui demeure aussi invisible aux spectateurs que la face cachée de la Lune, propose à chacune d'entre elles de l'accompagner en voyage à Tenerife.

«Le titre n'a pas grand-chose à voir avec le film, dit M. Girardot. Il donne une image plus tonitruante, dynamique, affirmative au film qui n'est pas comme ça! Celui-ci parle de gens un peu perdus jusqu'à la fin. Ils ne savent pas exactement où ils sont, comment ils sont. Cela dit, le titre est très beau. Je trouve ça très bien comme idée.

Avec de l'étoffe

Aimer, boire et chanter est une adaptation de la pièce de théâtre Life of Riley d'Alan Ayckbourn. Le film de Resnais nous en rappelle l'origine à chaque instant avec ses dialogues campés dans des décors minimalistes où de grands rideaux verticaux servent d'entrées et de sorties. Ailleurs, quelques segments filmés sur des routes rurales ou encore de gentilles esquisses en fondue servent de raccords pour signifier les changements de lieux.

Hippolyte Girardot nous met en garde contre une interprétation simpliste de la direction artistique. On est bien ici au cinéma et non dans une captation de théâtre.

«Star Wars de Lucas est très théâtral, lance-t-il. Mis à part les bagarres, les poursuites et tout ce qui fait le sel cinématographique, le reste est extrêmement théâtral. Dans le sens archaïque du terme avec deux personnes, debout, qui se parlent.»

D'ailleurs, cette façon de faire donne beaucoup d'étoffe au personnage de Colin, croit-il. «Le travail que m'a demandé Alain Resnais est plus conséquent que la plupart des rôles qu'on m'a suggérés, dit Girardot. La plupart des personnages de cinéma ne sont pas souvent écrits avec autant de détails, d'intelligence. On ne s'embarrasse pas beaucoup au cinéma de subtilités théâtrales qui consistent à ce que le personnage se raconte, dise des choses sur lui, etc.»




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