Sundance dévoile Boyhood, ode au temps qui passe

Lorelei Linklater, Ethan Hawke et Ellar Coltrane, vedettes... (Photo: AP)

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Lorelei Linklater, Ethan Hawke et Ellar Coltrane, vedettes du film Boyhood.

Photo: AP

Romain Raynaldy
Agence France-Presse
Park City, Utah

Expérience unique dans le cinéma de fiction, Boyhood de Richard Linklater, dévoilé au Festival de Sundance, retrace avec une simplicité et un naturalisme bouleversants douze années de la vie d'une famille américaine aux accents universels.

Boyhood, tourné en 39 jours sur une période de douze ans avec les mêmes acteurs, a été présenté en première mondiale, hors compétition, au festival du cinéma indépendant, dont le 30e édition se tient jusqu'à dimanche à Park City, dans les montagnes de l'Utah.

Le cinéaste américain Richard Linklater, 53 ans, a toujours aimé jouer avec le temps, comme en témoignait déjà sa trilogie Before Sunrise (1994), Before Sunset (2004) et Before Midnight (2013), qui suivait l'évolution d'un couple - interprété par Julie Delpy et Ethan Hawke - sur une période de vingt ans.

Mais avec Boyhood, il a franchi un nouveau pas, en filmant année après année la jeunesse et l'entrée dans l'âge adulte d'un jeune garçon, Mason (Ellar Coltrane), et de sa soeur Samantha (Lorelei Linklater, la fille du cinéaste) dans une démarche superbement romanesque, teintée de documentaire.

L'écriture du scénario a été «très collaborative», a expliqué lundi le cinéaste dans une séance de questions-réponses avec le public juste après la projection du film. «Il y avait une structure de base, mais chaque année on développait les scènes».

Le processus était parfois «très rapide car c'était très intense: on tournait par périodes de trois ou quatre jours à chaque fois, avec une année entre chaque. Et comme les enfants grandissaient, il est venu un moment où Ellar a commencé à écrire avec moi».

D'une durée de près de trois heures, le film se joue de la structure classique - exposition-développement-dénouement - et fait du temps qui passe le seul moteur dramaturgique de l'action. Un moteur aussi efficace qu'émouvant, alimenté par la transformation physique des enfants, forcément fascinante.

«Parfois, je me dis que Richard a une bonne étoile ou qu'il a vendu son âme au diable, car (ce projet) n'aurait pas pu fonctionner sans Lorelei et Ellar. Et on ne pouvait pas vraiment savoir s'ils pourraient contribuer (au film) comme ils l'ont fait», a déclaré Ethan Hawke, qui joue le père des enfants.

«Mais l'une des façons qu'a Richard d'écrire un film est d'inviter ses acteurs à participer à sa fabrication. Et ce qui se passait dans la vie de Lorelei pouvait inspirer ce qui se passait dans la vie de Samantha, et c'était la même chose pour nous tous», dit-il.

Volontiers naturaliste, le film présente, souvent avec humour, des petites tranches de vie sans continuité - les séparations, les déménagements, les amis qu'on perd, les nouveau beaux-pères, le premier flirt, l'entrée à l'université - mais formant un tout puissamment cohérent, grâce au personnage de Mason.

«C'était fascinant de voir Ellar se transformer en acteur», observe Ethan Hawke. «Quand il était un petit garçon, c'était plus un jeu avec un enfant pour tenter de capturer des moments. Mais ensuite, le film a adopté un ton différent car Ellar était en train de devenir un jeune homme». Fils d'artistes expérimentaux, Ellar Coltrane était le candidat idéal pour le projet, même s'il était «parfois plus mature que le personnage de Mason au même âge» et qu'il a fallu le rajeunir, a raconté Patricia Arquette, qui joue la mère de famille.

Le jeune homme, qui avait 7 ans quand il a commencé à tourner Boyhood, a déclaré n'avoir que des souvenirs épars du tournage et des moments de sa jeunesse volés par le film. «Il y a des choses anciennes que je vois et dont je me souviens parfaitement. Mais il y en a d'autres que j'ai complètement oubliées», dit-il.

Quant à Lorelei Linklater, elle reconnaît avoir connu quelques moments de lassitude: «Après la quatrième année (de tournage) j'ai demandé à mon père s'il ne pouvait pas, par exemple, faire mourir mon personnage. Mais il trouvé que ce serait trop dramatique...»




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