De la file à la Caméra d'or

Anahita Ghazvinizadeh est la réalisatrice d'un premier long... (Photo Regis Duvignau, Reuters)

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Anahita Ghazvinizadeh est la réalisatrice d'un premier long métrage en lice pour la Caméra d'or.

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(Cannes) Je l'ai rencontrée par hasard à Cannes, il y a six ans. Elle faisait la queue avec des amis pour un film de Nanni Moretti. J'étais en retard. Elle a accepté gentiment de me servir de coupe-file et je me suis fondu naturellement, comme si de rien n'était (!), parmi un groupe d'étudiants de cinéma d'Abbas Kiarostami à Téhéran.

J'ai compris qu'elle avait été invitée au Festival de manière quasi clandestine, sous un nom d'emprunt, et qu'elle était accompagnée de l'épouse du cinéaste iranien Jafar Panahi, qui venait d'être assigné à résidence dans son pays. «Il ne faut pas ébruiter sa présence, m'avait-elle précisé. Personne ou presque ne sait qu'elle est ici.» Elle m'a parlé de Xavier Dolan, dont elle enviait l'audace, et de Patrick Watson, son chanteur préféré. J'en ai tiré une chronique, en promettant de ne pas dévoiler son nom.

L'étudiante iranienne m'a donné le DVD d'un court métrage qu'elle avait réalisé. Nous avons échangé des courriels pour nous assurer que je n'avais rien écrit qui puisse la compromettre. Elle m'a dit qu'elle partait étudier le cinéma à Chicago et je n'ai plus eu de nouvelles d'elle... Jusqu'à ce que je remarque, en examinant la sélection officielle du Festival de Cannes la semaine dernière, le nom d'Anahita Ghazvinizadeh, réalisatrice d'un premier long métrage en lice pour la Caméra d'or. Un nom qui ne m'était pas étranger.

Je lui ai écrit, elle m'a répondu et nous nous sommes retrouvés sur la terrasse du Petit Paris, au centre de Cannes. Depuis notre rencontre en 2011, elle n'a jamais remis les pieds en Iran. Elle a fait une résidence d'artiste au Texas et est retournée il y a deux ans s'installer à Chicago.

C'est là qu'elle a tourné They, joli film mélancolique et atmosphérique, qui raconte avec finesse un week-end dans la vie de J, un adolescent de 14 ans s'interrogeant sur son identité sexuelle. Un jour, il se sent fille; un jour, il se sent garçon.

Hier, Anahita assistait à la présentation du film-hommage à son regretté professeur Abbas Kiarostami, 24 Frames, réalisé à partir de ses propres photos par le créateur du Goût de la cerise (Palme d'or 1997). La veille, elle était sur le tapis rouge réunissant tous les candidats à la Caméra d'or (remportée par Jafar Panahi pour Le ballon blanc en 1995). Lorsque je l'ai rencontrée, elle sortait tout juste d'un dîner avec les invités de marque du Festival - où j'ai moi-même croisé Uma Thurman, posant pour les paparazzis.

They raconte un week-end dans la vie de J,... (Photo fournie par le Festival de Cannes) - image 2.0

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They raconte un week-end dans la vie de J, un adolescent de 14 ans qui s'interroge sur son identité sexuelle.

Photo fournie par le Festival de Cannes

Elle vit pleinement sa première sélection officielle au Festival. 

«Au dîner, il y avait des stars françaises, Louis Garrel, Bérénice Bejo je crois, mais je ne connaissais personne. J'étais sans doute la personne la moins connue de la salle!»

Son nom n'est pas parfaitement inconnu à Cannes. Elle a remporté ici, en 2013, le premier prix de la Cinéfondation, pour son court métrage Needle. «Jane Campion était la présidente du jury et elle m'a beaucoup aidée pour faire mon long métrage», dit la cinéaste de 27 ans, qui avait revu l'unique réalisatrice lauréate d'une Palme d'or la veille.

Et la réception des festivaliers lors de la projection officielle? «Beaucoup de gens m'ont dit qu'ils avaient aimé le film. Mais il y a aussi des Iraniens, vivant en Iran, qui m'ont servi en farsi une expression iranienne que l'on utilise lorsqu'on est embêté de livrer le fond de sa pensée. Ça se traduit littéralement par "J'espère que tu n'es pas fatiguée"!»

Le lauréat de la Caméra d'or - Houda Benyamina l'a remportée pour Divines l'an dernier - sera connu dimanche. Anahita n'y croit pas. On osera y croire pour elle.

Qu'en pensera Will Smith?

À mi-parcours du Festival, aucun favori ne se dégage vraiment de la compétition chez les festivaliers. Tous les goûts sont dans la nature... sauf pour Rodin, film complètement raté de Jacques Doillon, qui ne devrait logiquement plaire à personne (je vous en reparlerai demain). Hier, la Japonaise Naomi Kawase a proposé un très beau film, sensible et poétique, Hikari (Vers la lumière). L'histoire d'une audiodescriptrice - elle décrit et dicte des descriptions de films pour les non-voyants - qui s'éprend d'un célèbre photographe sur le point de perdre la vue. Elle trouve la lumière, il la perd. Je me demande ce que le jury, et notamment Will Smith, pensera de cette «vue»-là (toudoum-tchi)...




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