Souvenirs de Cannes: les huîtres qui rendent malade de Bela Tarr

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Le réalisateur hongrois Bela Tarr et l'actrice Tilda Swinton lors de la présentation du film The Man from London en compétition officielle à Cannes en 2007.

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Agence France-Presse
Paris

Pour la 70e édition du Festival de Cannes, l'AFP a recueilli, à travers le monde, les témoignages exclusifs de 70 personnalités du cinéma qui racontent leur premier Festival et/ou leur meilleur souvenir. Voici notre septième et dernière série de témoignages.

Le réalisateur hongrois Bela Tarr

«Je suis allé présenter mon film Les harmonies Werckmeister en 2000. Le premier soir, j'ai dîné avec mon producteur et j'ai eu la mauvaise idée de prendre des huîtres. Quelques heures plus tard, j'étais malade comme un chien, j'ai passé une nuit d'enfer dans la salle de bains de l'hôtel. J'ai dû perdre au moins cinq kilos en quelques heures.

Le lendemain, je n'étais que l'ombre de moi-même et c'était la projection de presse, un moment horrible avec tous ces gens qui ont fait la fête jusqu'à deux ou trois heures du matin et arrivent avec leur café et leur petit-déjeuner. Pour la projection publique, je n'ai même pas pu aller saluer devant l'écran tellement j'étais faible. C'est tout ce dont je me souviens de cette première fois».

Le réalisateur bosniaque Danis Tanovic

«Il y a eu un effet magique du Festival de Cannes. Je me souviens que le matin, avant la projection de No man's land (en 2001), nous avons fait des recherches sur internet sur le film, et il y avait une trentaine ou une cinquantaine de pages qui le mentionnaient. Le lendemain, on en trouvait 350 000».

«Le moment frappant, pour moi, c'était les applaudissements après la projection du film qui n'en finissaient pas. Toute la salle était debout. (...) À un moment, je me suis tourné dans la direction de mes parents et j'ai vu qu'ils pleuraient. C'était peut-être le plus beau moment de ma vie. Quelque part nous avions survécu à la guerre et à tout ce qu'elle nous réservait, puis arrive ce moment sincère de joie».

Le délégué général de la Semaine de la critique Charles Tesson

«Il y a des souvenirs qui restent, par exemple pour Pale Rider de Clint Eastwood en 1985. J'avais fait l'entretien avec lui pour Les Cahiers du cinéma avec Olivier Assayas. Clint Eastwood avait un petit bateau, et il avait invité quelques journalistes, trois ou quatre, à prendre un verre de Chablis et discuter avec lui de façon extrêmement amicale et informelle, pendant trois heures au moins. Ça reste un souvenir assez fabuleux».

La chanteuse malienne Rokia Traoré

«En étant membre du jury (en 2015), j'ai eu une réelle émotion de voir que derrière l'écran de marché du luxe qu'est le Festival de Cannes, il y a un tas de choses qui se passent».

«Ce qui m'a déplu, c'est par exemple le fait qu'il n'y ait pas du tout de film africain dans la compétition, et la représentativité quasi nulle de l'Afrique».

Le réalisateur argentin Pablo Trapero

«La première fois que je suis allé à Cannes avec un film, c'était avec El Bonaerense (2002). On y est allé avec notre fils Mateo, qui à ce moment-là avait une quarantaine de jours, et qui est devenu l'accrédité le plus jeune de l'histoire du festival. Au fil des années, j'y suis retourné plusieurs fois accompagné de mon fils».

Deux des membres du jury, le réalisateur mexicain... (Photo archives AFP) - image 2.0

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Deux des membres du jury, le réalisateur mexicain Guillermo del Toro et le réalisateur québécois Xavier Dolan, prennent la pose lors de leur arrivée à la cérémonie d'ouverture du 68e Festival de Cannes en 2015.

Photo archives AFP

Le cinéaste mexicain Guillermo del Toro

«Mon premier Festival, c'était avec Cronos en 1993, à la Semaine de la critique. Nous sommes arrivés sans le sou et nous vivions sans le sou. Nous étions sept dans un appartement de deux chambres et on mangeait des kebabs bon marché. 0n buvait des bières au Petit Majestic (un bar à bières derrière le palace éponyme, NDLR) quand on pouvait».

«Gagner le Prix de la Semaine de la critique (pour Cronos) a changé ma vie. Sans ça, je ne sais pas où j'en serais. Le prix a été pour moi une bouée de sauvetage dans un moment difficile».

L'acteur nigérian OC Ukeje, étoile montante de Nollywood

«Un sentiment à la fois d'excitation et de doutes m'a envahi alors que je faisais la queue pour récupérer mon accréditation» l'an dernier.

«À la soirée d'ouverture, je regardais l'équipe du film Café Society (de Woody Allen) depuis le bas des marches, tout derrière la foule, et un nouveau sentiment m'a envahi: d'un coup, j'en voulais encore plus! Et j'en ai eu plus. J'ai eu la chance de croiser un collègue ghanéen, Frederick Nuamah, qui m'a refilé des billets gratuits pour aller voir quelques films. (...) Ce que j'ai préféré par-dessus tout, ce sont les ovations, les applaudissements donnés aux films».

L'actrice norvégienne Liv Ullmann

«Ma meilleure expérience, c'est quand j'ai été présidente du jury en 2001. J'ai adoré ça. Le travail consistait à voir des films toute la journée. Je n'était pas toujours populaire auprès des autres membres du jury parce que je voulais faire des réunions tous les deux jours».

«Cannes a fait vraiment partie de ma jeunesse (...) Je pense que le festival a beaucoup changé. Maintenant, ça tourne beaucoup autour du tapis rouge, des tenues, etc. Ce n'était pas comme ça avant. Quand j'étais jeune, Cannes, c'était avant tout le plaisir de rencontrer des gens et des journalistes, d'avoir le temps de parler de la vie et des films...».

Le réalisateur belge Jaco Van Dormael

«Je garde des images très marquantes des premières projections à Cannes de Toto le héros (en 1991), de l'attroupement énorme devant le Palais des Festivals. Quand tout le monde a eu fini de s'y engouffrer, j'ai même retrouvé une chaussure abandonnée sur les marches. C'est une image très "eisensteinienne"» (en référence au Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein, NDLR).

«Mon meilleur souvenir, ce sont les réactions de Pascal (Duquenne, acteur trisomique du Huitième jour en 1996). Pascal, qui s'intéressait surtout aux glaces et à la plage, et qui s'endormait pendant les interviews, a déclaré "Je suis le meilleur comédien, mais Daniel n'est pas mal non plus". C'était complètement inattendu. Ça a mis en lumière un film qui mettait lui-même en valeur des acteurs que l'on dit différents, mais qui sont simplement formidables».

L'acteur français Lambert Wilson

«Mon premier Festival de Cannes, c'était dans l'ancien Palais. J'avais acheté un smoking vraiment pas cher dans un grand magasin. Je n'avais pas d'argent. C'était minable. J'avais fait Julia de Fred Zinnemann (son premier film en 1977, NDLR), qui n'était pas encore sorti. Les gens m'arrêtaient dans la rue, il y avait un petit attroupement et après je les entendais qui disaient "mais c'est qui lui?"».

«Mon meilleur souvenir, je pense que c'était la projection de Des Hommes et des dieux. C'était fort, parce que les gens ne sortaient plus de la salle. Ils n'arrêtaient pas d'applaudir».




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