Grands festivals internationaux de la rentrée: les frères ennemis

Même s'ils s'arrachent les mêmes productions attendues, les grands festivals... (Photo tirée du site officiel de la Mostra)

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Même s'ils s'arrachent les mêmes productions attendues, les grands festivals internationaux de cinéma de la rentrée ont chacun leur spécificité. La Presse brosse aujourd'hui le portrait de la Mostra de Venise, ainsi que des trois festivals d'envergure qui s'enchaînent au cours du prochain mois en Amérique du Nord: Telluride, Toronto et New York.

Mostra de Venise

Année de fondation: 1932

Du 30 août au 9 septembrePosition stratégique

Au cours de la dernière décennie, le plus vieux festival international du cinéma du monde a repris beaucoup de vigueur, grâce notamment à la présence de productions américaines de prestige. Le premier grand festival compétitif de la rentrée sert en effet de rampe de lancement pour des longs métrages susceptibles de briller au cours de la prochaine saison des récompenses. L'an dernier, le film d'ouverture de la Mostra n'était nul autre que La La Land (Damien Chazelle), présenté au Lido en primeur mondiale. Arrival (Denis Villeneuve) et Hacksaw Ridge (Mel Gibson), deux longs métrages aussi cités aux Oscars dans la catégorie du meilleur film, ont aussi été montrés en primeur à Venise. Cette année, Downsizing, le nouveau film d'Alexander Payne (Sideways, Nebraska), ouvrira la 74e Mostra internazionale d'arte cinematografica di Venezia. Matt Damon et Kristen Wiig en sont les têtes d'affiche.

Un volet compétitif?

La compétition vénitienne est l'une des plus relevées du circuit. Cette année, 21 longs métrages se disputeront le très convoité Lion d'or, parmi lesquels, outre Downsizing, Mother! (Darren Aronofsky), The Shape of Water (Guillermo del Toro), Suburbicon (George Clooney), Mektoub My Love (Abdellatif Kechiche), La villa (Robert Guédiguian) et Human Flow (Ai Weiwei). Le jury, qui sera présidé cette année par Annette Bening, a souvent tendance à récompenser les oeuvres plus pointues (The Woman Who Left de Lav Diaz l'an dernier). Le dernier film québécois à avoir concouru pour le Lion d'or, Tom à la ferme (Xavier Dolan), avait été écarté du palmarès officiel, mais avait obtenu le prix de la critique internationale.

Les primeurs

À quelques exceptions près, la plupart des films sélectionnés à Venise sont présentés en primeur mondiale. À cet égard, la Mostra peut profiter de sa position avantageuse dans le calendrier. En plus de la section compétitive et hors concours, le festival compte une autre section officielle (Horizons est un peu l'équivalent d'Un certain regard à Cannes), à laquelle viennent se greffer aussi deux sections parallèles, Venice Days et La semaine internationale de la critique. C'est dans le cadre de Venice Days que Denis Villeneuve a lancé Incendies en 2010. Il en fut de même pour Jean-Marc Vallée, et deux fois plutôt qu'une (C.R.A.Z.Y. en 2005 et Café de Flore en 2011).

Les vedettes

La présence des têtes d'affiche des films sélectionnés à la Mostra est incontournable (et pratiquement requise comme à Cannes). Elles ne se font pas prier, remarquez. L'endroit est l'un des plus spectaculaires de la planète et les photos des stars arrivant au Lido dans des yachts de luxe font rapidement le tour du monde. Cette année, Julianne Moore, Jennifer Lawrence, Matt Damon, George Clooney, Javier Bardem et bien d'autres sont attendus. Rappelons que Kim Nguyen sera le seul représentant québécois à Venise cette année. Eye on Juliet, un film qu'il a tourné en anglais, met en vedette Lina El Arabi et Joe Cole.

L'histoire

Organisé sous le chapeau de la Biennale de Venise, le festival de cinéma a vu le jour en 1932. Deux ans plus tard, on y attribuait la Coupe Mussolini. Le Palais du cinéma, auguste édifice dans lequel ont lieu les projections les plus prestigieuses, a été érigé en 1937. Ce n'est toutefois qu'en 1948 que le Prix du Lion de San Marco a été attribué pour la première fois. Après les années tumultueuses de la décennie 70, pendant laquelle le volet compétitif a été supprimé, la Mostra a pu se repositionner au cours des années 80 et 90, même si le Festival de Cannes détient incontestablement le titre du festival le plus prestigieux du monde. Sous la gouverne d'Alberto Barbera depuis 2012, la Mostra de Venise peut assurément revendiquer son statut de membre du carré d'as des grands festivals (avec Cannes, Berlin et Toronto). En 2017, la Mostra propose sa 74e édition.

Même s'ils s'arrachent les mêmes productions... (Photo fournie par le festival) - image 2.0

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Photo fournie par le festival

Festival de Telluride

Année de fondation: 1974

Du 1er au 4 septembrePosition stratégique

On classe le plus secret des grands festivals de cinéma (le plus court aussi) dans une catégorie à part. Sa programmation, constituée d'une trentaine de longs métrages triés sur le volet, n'est annoncée que la veille de la soirée d'ouverture. Une sélection dans ce festival niché dans les montagnes du Colorado assure une visibilité immédiate auprès des grands médias américains spécialisés. D'où son importance stratégique, car un accueil favorable à cet événement entraîne une forte rumeur ensuite à Toronto et à New York. Tous les intervenants importants du cinéma mondial s'y rassemblent dans une atmosphère conviviale, à l'abri du regard des journalistes, très peu présents. Tenant à préserver son caractère sélectif, le festival oblige en effet les membres de la presse désirant obtenir une accréditation à acheter un laissez-passer Festival, moyennant la somme de 780 $US.

Un volet compétitif?

Il n'y a aucun volet compétitif à Telluride. Cependant, une sélection dans le Main Program constitue déjà une forme de consécration. La majorité des longs métrages retenus par les sélectionneurs ont de fortes chances d'être ceux dont on parlera au cours de la prochaine saison des récompenses. Il est à noter qu'environ le tiers de la sélection est consacré à des productions internationales, tournées dans d'autres langues que l'anglais. En 2010, Denis Villeneuve, venu directement de Venise, avait assisté à Telluride à la première nord-américaine d'Incendies pour ensuite se diriger vers Toronto. Prisoners (2013) et Arrival (2016) ont aussi été présentés là-bas. Il y a trois ans, Xavier Dolan était revenu enchanté de son expérience après y avoir présenté Mommy. La même année, Jean-Marc Vallée a lancé Wild.

Les primeurs

On compte habituellement quelques primeurs mondiales dans la sélection de Telluride, mais surtout des premières nord-américaines. On retient notamment quelques titres déjà primés plus tôt cette année à Berlin ou à Cannes, et l'on n'hésite pas à mettre aussi en valeur des longs métrages lancés quelques jours plus tôt à la Mostra de Venise. Un film digne de la tournée Venise-Telluride-Toronto risque de véritablement faire partie des oeuvres marquantes de l'année. Ce fut le cas l'an dernier pour La La Land (Damien Chazelle), Arrival (Denis Villeneuve) et Frantz (François Ozon). Moonlight, lauréat de l'Oscar du meilleur film cette année, a été présenté à Telluride en primeur mondiale.

Les vedettes

Même s'il accueille la crème du cinéma international, le festival de Telluride joue la carte de la discrétion. Plutôt que de miser sur le faste des tapis rouges, on préfère ici rendre hommage à différentes personnalités. Par exemple, l'actrice Amy Adams a fait l'objet d'un coup de chapeau l'an dernier, à la faveur de la présentation du film de Denis Villeneuve, Arrival. Il en a été de même pour le cinéaste chilien Pablo Larraín et son Neruda, ainsi que pour Casey Affleck. La performance de l'acteur dans Manchester by the Sea, lancé au festival de Sundance huit mois plus tôt, a alors été véritablement mise en piste pour la prochaine course aux Oscars. À qui le festival rendra-t-il hommage cette année? Nous l'apprendrons dans quelques jours...

L'histoire

Fondé en 1974, le Telluride Film Festival a toujours misé sur son caractère plus intime afin de favoriser les échanges informels entre les différents intervenants du milieu du cinéma. Depuis une dizaine d'années, ce festival a gagné en prestige et en importance sur le plan stratégique. Ses annonces tardives et sa propension à attirer vers lui les primeurs les plus attendues de la rentrée ont soulevé l'ire des bonzes du festival de Toronto, qui ont parfois dû modifier le statut d'une «primeur mondiale» d'abord annoncée chez eux. Cet affrontement direct - et très public - entre les deux festivals semble être maintenant atténué. Le festival de Telluride en sera à sa 44e édition cette année.

L'actrice Holly Hunter au Festival de Toronto en 2016.... (Photo archives Reuters) - image 3.0

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L'actrice Holly Hunter au Festival de Toronto en 2016.

Photo archives Reuters

Festival du film de Toronto (TIFF)

Année de fondation: 1976

Du 7 au 17 septembrePosition stratégique

Depuis maintenant une vingtaine d'années, tous les intervenants du cinéma mondial convergent vers la Ville Reine pour ce rendez-vous incontournable. Au menu gargantuesque des films s'ajoute aussi un important marché, pendant lequel sont souvent conclues des transactions amorcées quelques mois plus tôt à Cannes. La nature non compétitive de l'événement est aussi très attirante pour les grands studios hollywoodiens, qui viennent ici lancer des productions susceptibles d'être remarquées pour la prochaine saison des récompenses. Cet immense programme - dont font aussi partie les oeuvres internationales les plus attendues - comporte toutefois un revers. Pour les productions plus modestes, il devient très difficile de se faire valoir au milieu de la masse.

Un volet compétitif?

En 2015, le TIFF a instauré Platform, une section compétitive qui, contrairement aux autres festivals, ne constitue pas l'épine dorsale de la programmation. L'an dernier, le jury a attribué le prix Platform à Jackie (Pablo Larraín). Fait à noter, Moonlight (Barry Jenkins), lauréat de l'Oscar du meilleur film quelques mois plus tard, était aussi admissible à ce prix. Douze longs métrages ont été sélectionnés cette année, mais on ne trouve aucun film canadien en lice. Les deux prix les plus prestigieux du TIFF restent le prix du public (attribué à La La Land l'an dernier) et le prix du meilleur long métrage canadien (décerné en 2016 à Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau, coréalisé par Mathieu Denis et Simon Lavoie).

Les primeurs

La chasse aux primeurs mondiales fut un temps une obsession pour les sélectionneurs. À tel point que la direction a déjà menacé les producteurs et artisans de reléguer la présentation de leurs films dans les derniers jours du festival s'ils se laissaient tenter par Venise et, surtout, Telluride. Si le public remplit les salles pendant toute la durée du TIFF, il n'en est pas du tout de même de la vaste majorité des professionnels. Sentant bien le possible effet de ressac qu'a provoqué cette ligne dure, le TIFF se montre aujourd'hui beaucoup plus conciliant. Après tout, la notion de primeur mondiale est-elle si importante?

Les vedettes

Chaque année, la liste des vedettes attendues au TIFF donne le vertige. On l'explique par le très grand nombre de films sélectionnés, mais aussi par le fait que les grands studios et les distributeurs profitent de l'occasion pour organiser des rencontres entre les artisans des films et les membres de la presse nord-américaine, tous déjà sur place. Plusieurs de ces artisans viendront de Venise et de Telluride; d'autres s'envoleront directement vers la Ville Reine. Shia LaBeouf, vedette du film d'ouverture Borg/McEnroe (Janus Metz), Angelina Jolie, Emma Stone, Jennifer Lawrence, Armie Hammer, Benedict Cumberbatch, George Clooney et Matt Damon ne sont que quelques-unes des stars qui fouleront les tapis rouges du TIFF dans deux semaines.

L'histoire

Fondé en 1976, soit un an avant le Festival des films du monde de Montréal, le Festival of Festivals avait à sa naissance le mandat de présenter aux cinéphiles torontois les meilleurs films de l'année, principalement du côté anglophone. Ce festival a pris son véritable envol le jour où les grands studios américains ont fait du TIFF leur rampe de lancement pour leurs productions de prestige, entraînant dans leur sillage tout le gratin international. Depuis les années 90, le festival de Toronto donne le ton de la rentrée cinématographique en Amérique du Nord. Son succès ne se dément pas auprès du public torontois ni auprès des professionnels. Il en sera à sa 42e édition cette année.

Vin Diesel au Festival du film de New York... (Photo archives AP) - image 4.0

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Vin Diesel au Festival du film de New York l'an dernier.

Photo archives AP

Festival du film de New York (NYFF)

Année de fondation: 1963 

Du 28 septembre au 15 octobrePosition stratégique

Dans les faits, le festival du film de New York n'a pas l'importance stratégique des trois autres grands festivals de la rentrée, mais il parvient néanmoins à tirer son épingle du jeu en présentant en primeur des films attendus et inédits, même si sa soirée d'ouverture a lieu près de deux semaines après la fin du TIFF. La catégorie principale du NYFF est Main Slate, une sélection dans laquelle on retrouve les grands titres internationaux déjà primés ailleurs (entre autres The Square de Ruben Östlund, Palme d'or à Cannes). Plusieurs autres catégories (documentaires, films expérimentaux, rétrospectives) viennent compléter une sélection destinée principalement à de fervents cinéphiles.

Un volet compétitif?

Comme dans la plupart des festivals de cinéma nord-américains, il n'y a pas de volet compétitif à New York. On mise plutôt là-bas sur l'encadrement des films qu'on propose aux festivaliers. Ainsi, la plupart des équipes se déplacent au Lincoln Center pour participer aux différents événements organisés par le NYFF, notamment des panels, des discussions, des échanges avec les cinéphiles. Si les films de quelques cinéastes québécois ont eu l'honneur de faire l'objet de présentations spéciales hors festival au Lincoln Center (notamment Mommy de Xavier Dolan en 2014), aucun film d'ici, sauf erreur, n'a encore eu l'honneur d'être sélectionné au NYFF.

Les primeurs

La direction du NYFF n'a jamais vraiment été obsédée par les primeurs, mais le fait est que, bon an, mal an, elle attire quelques productions américaines de prestige qui ont sans doute été aussi dans la ligne de mire des autres grands festivals. Cette année, le film d'ouverture est Last Flag Flying, la nouvelle offrande de Richard Linklater (Boyhood, Everybody Wants Some!!). Les têtes d'affiche de cette comédie dramatique sont Bryan Cranston, Steve Carell et Laurence Fishburne. La soirée de clôture sera marquée par la présentation du plus récent film de Woody Allen, Wonder Wheel. Kate Winslet, Justin Timberlake, James Belushi et Juno Temple sont les têtes d'affiche de ce film produit par Amazon Studio.

Les vedettes

Hé! C'est New York! Les stars font pratiquement partie du tissu urbain et n'ont nul besoin de parader indéfiniment sur les tapis rouges pour briller. On préférera ici les recevoir dans un contexte de discussion et les entendre parler de leur art. Cette année, on attendra bien entendu les équipes de Last Flag Flying (Richard Linklater) et Wonder Wheel (Woody Allen), de même que celles de plusieurs films déjà présentés à Cannes.

L'histoire

Fondé en 1963 sous les auspices de l'organisation Film Society of Lincoln Center, le New York Film Festival est dirigé depuis 2013 par Kent Jones, qui préside un comité formé de cinq sélectionneurs. Destiné avant tout aux cinéphiles new-yorkais, le NYFF n'a jamais eu l'ambition de s'imposer parmi les plus grands festivals de cinéma du monde, mais sa position dans le calendrier fait en sorte que des titres encore inédits peuvent s'insérer dans une saison où la prochaine course aux récompenses est en train de se dessiner. Cette année, le NYFF célèbre son 55e anniversaire.




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