Roy Dupuis, la passion et l'infini

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À 52 ans, Roy Dupuis ne carbure qu'à ce qui l'allume. Un bon scénario, peu importe le budget, comme celui de Là où Attila passe..., deuxième film du jeune réalisateur Onur Karaman. L'Inde. Le Népal. L'alpinisme. Et tout ce qui touche la physique des particules depuis la découverte du boson de Higgs... Bref, Roy Dupuis ne se laisse pas dévorer par son métier, mais par la curiosité.

C'est un Roy Dupuis en forme et enthousiaste que nous avons rencontré dans les bureaux chaleureux de son agence située dans le Plateau. Animé par un tas de trucs, et pas seulement le cinéma, pour lequel il conserve un grand respect.

Il se fait poser souvent la question: pourquoi un acteur de son statut accepte-t-il régulièrement des rôles dans des films plutôt modestes, alors qu'il pourrait tenir le haut de l'affiche des plus importantes productions? 

«Ces derniers temps, je ne cours pas après la job, admet-il. Je ne m'ennuie pas de jouer. Il faut que le scénario me plaise, et ça adonne que ce sont ces petits films-là qui viennent me chercher. Je trouve qu'il y a beaucoup de trucs "efficaces", tant dans l'écriture que dans la façon de tourner. Dans leurs premiers films, peut-être que les jeunes réalisateurs s'investissent plus, émotivement. Ils ne sont pas encore dans la machine, il y a plus ce côté "danger". J'ai juste plus le choix et moins le goût de m'éparpiller.»

Dans Là où Atilla passe..., Roy Dupuis joue un père effacé, mais présent à sa façon, qui observe son fils adoptif (Émile Schneider), qui se cherche. Lui et sa femme (Julie Deslauriers) ont adopté cet enfant d'origine turque, maintenant partagé entre la curiosité de ses racines et son identité québécoise. 

«Il y a quelque chose qui le menace là-dedans, de voir son enfant chercher à trouver qui il est, même à exister à travers une autre culture malgré tout ce qu'il lui a donné, note le comédien. Il y a quelque chose de menaçant et de bouleversant, et en même temps, quelque chose que je trouve essentiel, positif, qui vient enrichir notre propre culture.»

«La seule personne que j'avais en tête pour le rôle du père, c'est Roy Dupuis, nous confie le réalisateur Onur Karaman. Je voulais quelqu'un de calme, à la limite un peu froid, mais qu'on apprend à aimer au fur et à mesure qu'on découvre son intérieur. J'ai envoyé mon scénario et j'ai eu un appel le lendemain, me disant que Roy Dupuis l'avait aimé et qu'il voulait me rencontrer. Je me suis dit: "Cool, je vais rencontrer Les filles de Caleb !"»

Garder la flamme

Le rôle d'Ovila Pronovost, 25 ans plus tard, colle toujours à la peau de Roy Dupuis, qui a fait la paix avec cet épisode intense de sa carrière l'ayant transformé instantanément en vedette au Québec. D'ailleurs, le 25 janvier, il sera à l'émission de Marina Orsini, son ancienne partenaire de jeu, pour une émission spéciale en hommage aux Filles de Caleb. Aujourd'hui, quand il en parle, il en rit, mais, on s'en souvient, il a mal vécu le vedettariat au début, qu'il a toujours fui comme la peste par la suite. Il est l'un des rares acteurs québécois à avoir véritablement vécu le phénomène des groupies en délire. 

«Ç'a changé ma vie en une journée, se souvient-il. Quand je travaillais un personnage, j'aimais m'installer sur une terrasse et regarder le monde, aller puiser l'information dans la réalité, la normalité, mais là, je ne pouvais plus. C'est le monde qui me regardait, et plus personne n'était normal. Il y en a qui dealent mieux avec la célébrité que d'autres, et c'est correct. Moi, ça ne m'intéresse pas. Ça me fatigue encore de me faire regarder dans la rue.»

Émile Schneider et Roy Dupuis dans le film... (Photo fournie par K-Films Amérique) - image 2.0

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Émile Schneider et Roy Dupuis dans le film Là où Attila passe…

Photo fournie par K-Films Amérique

La célébrité heurtait aussi ses convictions d'acteur. Depuis toujours, Roy Dupuis parle avec une grande affection de ses études à l'École nationale de théâtre, l'un des plus beaux souvenirs de sa vie.

«Tu n'es jamais plus difficile que lorsque tu sors de l'École. Tu as travaillé avec les meilleurs textes et les meilleurs metteurs en scène, tu ne te prends pas pour un 7 Up!» 

Mais il estime que c'est ce «bon fond» qui lui a permis d'avancer comme il le fait. Parce qu'il croit encore à ça, «l'art». «L'École t'apprend la rigueur, elle t'apprend à élargir ton horizon. Aujourd'hui, l'art... Il y a des trophées Artis maintenant pour les animateurs de radio ou les annonceurs de télé? Un artiste, ce n'est pas ça. Un artiste, ça arrive avec de nouvelles idées, au moins un nouveau point de vue sur la vie et sur l'humain».

Lui, de son côté, estime qu'il est au service de la vision d'un cinéaste. Et aux réalisateurs débutants qui pourraient être intimidés par lui, il rappelle d'avoir du plaisir. «Souvent, quand je les vois rusher, je leur dis: "Heille, amuse-toi, tu n'en tourneras peut-être pas d'autres. Profites-en!"»

Roy Dupuis demeure le comédien curieux et passionné de ses débuts. C'est pourquoi il dit toujours oui à André Forcier, sans doute le cinéaste le plus original de la cinématographie québécoise. On verra l'acteur dans son prochain film, Embrasse-moi comme tu m'aimes. «Lui, il réussit tout le temps à venir me chercher, lance Roy, admiratif. C'est le plus petit rôle que j'ai joué pour lui, mais... tabarnak! c'est l'un des meilleurs scénarios que j'ai lus! C'est le seul auteur pour lequel je ne change pas un mot. Tu n'oses pas toucher au texte, comme un auteur de théâtre. C'est rare, ça.»

Voyages et cosmos

Si, en ce moment, il ne «court pas après la job», comme il dit, en revanche, il voyage. Qu'en est-il de ce fameux tour du monde en bateau qu'il rêvait de faire il y a quelques années? «Ah, c'est encore là, mais bon... Moi et Céline [Bonnier], on s'est séparés. C'est plus compliqué. Je n'ai pas envie de faire ça tout seul. Mais c'est encore possible. Depuis que c'est sur la glace, je me suis mis à voyager, parce qu'avant, je m'occupais du bateau.» Ainsi, il est allé trois fois en Inde, a fait l'ascension d'un sommet de l'Himalaya pour ses 50 ans et est tombé amoureux du Népal, trouvant de plus en plus difficile, de retour au Québec, notre obsession de la sécurité et du confort.

On comprend que Roy Dupuis, sollicité par tous les cinéastes, a plus souvent dit non que oui dans sa carrière. Mais lorsqu'on lui demande s'il a des regrets, sa réponse ne concerne en rien son métier. «Des fois, je regrette de ne pas avoir continué en sciences. Je m'ennuie de la science et de la physique. Je suis beaucoup là-dedans, ces temps-ci, je me tiens au courant d'où ils sont rendus. Une des phrases les plus extraordinaires que j'ai entendues récemment, c'est quand le physicien Nima Arkani-Hamed a dit: "Space-time is doomed." La théorie de l'espace-temps, la fameuse loi d'Einstein, elle ne marche plus. C'est extraordinaire! Ça fait deux semaines que j'essaie de comprendre pourquoi...»

Et voilà Roy Dupuis parti pour 30 minutes de discussion fiévreuse sur la physique des particules, le Grand collisionneur de hadrons, le boson de Higgs (la fameuse «particule de Dieu»), les multivers, des choses qu'il trouve bien plus intéressantes que les revues à potins, disons. Il préférerait que ce soit cela, et non sa personne, qui fasse la une des journaux. «C'est un peu pour ça que j'ai de la misère avec les entrevues...»

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Là où Atilla passe... prend l'affiche le 29 janvier.

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