Ego Trip: comment rire avec Haïti?

Le scénariste François Avard, la productrice Denise Robert... (PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE)

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Le scénariste François Avard, la productrice Denise Robert et le cinéaste Benoit Pelletier.

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Le prolifique auteur François Avard s'est inspiré de sa propre expérience en Haïti, dans un moment sombre de sa vie, pour écrire Ego Trip. Une première réalisation pour le scénariste et metteur en scène Benoît Pelletier, très impliqué dans l'implantation de la première École nationale de l'humour haïtienne, qui ouvrira ses portes cet automne à Port-au-Prince. On dirait bien que le rire est une richesse commune partagée entre Québécois et Haïtiens!

Haïti, dont on souligne chaque fois qu'il en est question qu'il s'agit du «pays le plus pauvre des Amériques», reçoit constamment la visite de Blancs remplis de bonnes intentions sans voir sa situation s'améliorer rapidement. Ce n'est pas pour rien que, dans ce pays, on entretient une relation très ambiguë envers l'aide humanitaire.

Dans Ego Trip, Marc Morin (Patrick Huard), un animateur de télé terriblement narcissique, n'a même pas quelque chose de bon dans ses intentions lorsqu'il débarque dans la «Perle des Antilles» ! Il n'est là que pour se faire de la publicité positive, parce que sa carrière bat de l'aile. Et il recevra la leçon de sa vie.

Les vedettes et l'humanitaire, c'est un couple obligé de nos jours. François Avard a connu cela, lui qui a visité le Darfour et le Congo. Après le séisme de 2010 en Haïti, il a mis sur pied le spectacle Ha! Ha! Haïti pour amasser des dons. C'est lors d'une visite en Haïti qu'est né le scénario de Ego Trip, alors qu'il était au bord de l'effondrement lui-même.

«J'ai fait un burnout deux ou trois semaines après, raconte-t-il. Je suis arrivé là-bas et je prenais des notes en me disant que je devais faire une comédie cynique avec ça. Le film raconte, en exagérant, l'espèce de nombrilisme dans lequel j'étais plongé, ma morosité, mon côté blasé, et ça exagère les traits des gens qui m'accompagnaient. Après trois ou quatre mois à ne rien faire du tout dans mon sous-sol, la première chose que j'ai écrite, c'est Ego Trip. J'avais envie de raconter cette histoire-là. Bizarrement, quand les nuages gris se sont tassés, je voulais un film qui finit bien, que les gens découvrent une histoire, un pays, une population, le fonctionnement de tout cela, mais qu'ils n'en sortent pas déprimés.»

Comme beaucoup de gens qui ont visité Haïti, Avard a été touché par la dignité et la force du peuple haïtien, malgré ses difficultés. Dans le film, Marc Morin avoue être «en sevrage de bullshit»...

«En Haïti, ils prennent toujours le bon coté des choses, croit Avard. Je trouve ça magnifique, magique. Quand tu es un Québécois, tu te poses des questions sur ton chauffe-eau, tu t'inquiètes pour des niaiseries. Quand tu vois ça, tu prends ton gaz égal.  Malheureusement, de retour de voyage, ça s'estompe et on ré-embarque dans la roue...»

Même son de cloche chez Benoît Pelletier, qui a eu tout un baptême de réalisation avec ce premier film, en tournant en un temps record à Montréal, en République dominicaine et en Haïti. Il souligne que Ego Trip n'est pas un film sur Haïti, mais «sur un Occidental bête et méchant, lui-même une ruine quand il débarque en Haïti, et qui s'aperçoit que les gens là-bas sont plus heureux que lui», résume-t-il.

«Il voit la force, la résilience et lui n'a rien de ça, c'est un bébé gâté. C'est à la fois un cliché et une grande vérité. Je ne connais personne qui est allé en Haïti qui est revenu inchangé. Le personnage arrive avec ses préjugés, il ne voit que les affaires négatives, mais il ne voit pas le monde. C'est au contact des gens qu'il commence à changer. Il se rend compte de sa bêtise profonde et qu'il ne peut plus continuer comme ça.»

Tourner ou pas en Haïti

François Avard est heureux d'avoir confié son scénario à Benoit Pelletier - qui a collaboré aux scénarios de De père en flic et Le sens de l'humour - sachant qu'il avait déjà une sensibilité pour le pays, puisqu'il le visite depuis quelques années afin d'établir une École nationale de l'humour, qui ouvrira ses portes en novembre prochain.

Mais le réalisateur et le scénariste ont un regret: celui de ne pas avoir pu tourner vraiment Ego Trip en Haïti. Une équipe réduite, menée par le populaire humoriste haïtien Kako, a filmé des images de Port-au-Prince et de Jacmel, mais le tournage avec les comédiens s'est fait à Santo Domingo, en République dominicaine, avec un casting haïtien. Pourquoi? Parce que les infrastructures manquent, parce que les assurances refusaient le tournage en sol haïtien, parce que l'ambassade du Canada déconseillait la production en raison de manifestations.

Le problème est que le film sort dans un étrange «timing», alors que la République dominicaine, qui partage le territoire avec Haïti, dans un plan de régularisation de ses «étrangers», menace d'expulser de son territoire des milliers d'Haïtiens, dont beaucoup sont pourtant nés en République. «Si Ego Trip ramène Haïti au goût du jour, tant mieux, dit Avard. Tant mieux si les gens profitent du film pour faire connaître cette situation-là, d'une communauté qui sera privée de ses droits, qui sera apatride. Parlez-en!»

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