Émile Gaudreault : dialogue avec le public

Le vrai du faux, la nouvelle comédie d'Émile... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le vrai du faux, la nouvelle comédie d'Émile Gaudreault, sort le 9 juillet.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le vrai du faux, la nouvelle comédie d'Émile Gaudreault, sort le 9 juillet. La veille, son réalisateur va disparaître. Littéralement. Ne le cherchez pas à Montréal ou ailleurs au Québec. Émile Gaudreault sera à New York en train d'écumer Broadway et d'assister à une demi-douzaine de spectacles.

Bien qu'il ait réalisé six longs métrages, Émile Gaudreault n'arrive toujours pas à s'habituer à ce moment délicat et fatidique où, après avoir travaillé d'arrache-pied sur un projet et sué sang et eau pour qu'il se matérialise, il se voit dans l'obligation de le laisser aller et de le confier aux bons soins du public.

« C'est un moment pénible où, en tant que créateur, tu es complètement exposé et vulnérable. Dès qu'il se met à faire beau, tu capotes à l'idée que les gens n'iront pas au cinéma. Il m'est arrivé une fois de marcher dans la rue et de me demander pourquoi tous les gens qui marchaient à côté de moi n'étaient pas en train de regarder mon film. Dans ce temps-là, je me dis que la meilleure chose à faire, c'est de partir loin et de ne pas lire les journaux pendant au moins une semaine. »

Nous sommes au lendemain de la première du Vrai du faux. Émile Gaudreault a les traits tirés et le teint un peu gris. En même temps, il affiche le large sourire d'un homme ébahi par l'accueil incroyablement chaleureux que son film a reçu des 1400 invités réunis au Théâtre Maisonneuve lundi dernier.

Je peux en témoigner, j'étais dans la salle. Non seulement les invités ont ri à profusion et versé quelques larmes vers la fin, mais au beau milieu du film, lors d'un numéro d'actrice livré avec une virtuosité olympique par Guylaine Tremblay, ils se sont mis à applaudir à tout rompre. À la fin et sans se faire prier, tous se sont levés spontanément pour offrir une ovation à Gaudreault, à son équipe technique et aux acteurs, notamment Stéphane Rousseau et Mathieu Quesnel dans les rôles principaux.

Or, ce ne sont pas tant les applaudissements qui ont surpris le cinéaste que l'enthousiasme contagieux des gens qui se sont précipités sur lui ce soir-là pour lui dire que c'était le meilleur de tous ses films, notamment parce qu'avec ce sixième film, Gaudreault semble avoir atteint un équilibre parfait entre la comédie, le drame et l'émotion.

« C'est le genre de réaction que tu espères, mais qui te prend toujours de court. D'abord parce qu'elle est parfaitement imprévisible, mais aussi parce que toi, ça fait des mois que tu es enfermé avec ton film dans la salle de montage à croire que c'est un ratage absolu. Pendant sept mois, j'ai cherché mon film. Dans une version, il était trop dramatique ; dans l'autre, trop comique. Ce n'est qu'après trois visionnements-tests avec le public que je l'ai trouvé. Enfin. »

Une rencontre improbable

L'aventure du Vrai du faux commence à l'hiver 2010 dans un théâtre. Un soir de janvier, Émile Gaudreault s'est retrouvé à la Licorne pour voir Au champ de mars, une pièce de Pierre-Michel Tremblay, son ami et ex-camarade du Groupe sanguin. Le cinéaste a immédiatement vu le film à faire avec cette rencontre improbable entre Éric Lebel, un jeune soldat revenu de l'Afghanistan avec un syndrome de stress post-traumatique, et Marco Valois, un réalisateur de films d'action en burnout qui tente de se convaincre qu'il peut faire du cinéma socialement pertinent.

« J'aimais la dynamique entre ces deux personnages. Il y avait un certain cynisme dans la pièce qui m'intéressait moins, mais ce que j'aimais par-dessus tout, c'était la possibilité de faire une comédie avec un sujet lourd. Je l'avais déjà fait avec Surviving My Mother, qui avait plus ou moins réussi. J'avais l'ambition de relever ce genre de défi à nouveau. »

Gaudreault ne pensait pas réaliser le film. Seulement écrire le scénario avec Pierre-Michel Tremblay. Il avait un autre projet qui est tombé à l'eau. Et puis, la maladie l'a rattrapé. Atteint d'un cancer du système lymphatique, il s'est posé mille et une questions sur sa vie et son avenir sans pour autant perdre le goût de faire du cinéma.

« Moi, dans ma vie, j'ai fait mille spectacles sur scène avec le Groupe sanguin. Quand tu as connu la réaction directe du public soir après soir, tu veux faire des films qui auront la même résonance, la même portée. Je sais très bien que c'est mal vu d'aimer un film grand public et que de tout temps, la comédie a toujours eu un rapport difficile avec la critique, mais moi, je viens du monde de l'humour. J'aurais aimé réaliser Sunset Boulevard, qui est mon film idéal, mais en attendant, je fais les films que je peux. »

Un seul échec

Émile Gaudreault a beau faire son possible comme il le dit si bien, tous ses films ont rejoint le grand public. Depuis Nuit de noces, qui a fait 1,2 million de recettes, en passant par Mambo Italiano (3,2 millions), De père en flic (10 millions) et Le sens de l'humour (3,3 millions) Gaudreault n'a connu qu'un seul échec : Surviving My Mother (220 000), un film tourné en anglais avec Caroline Dhavernas qui a disparu des écrans aussi vite qu'il y était apparu.

Depuis ses débuts comme scénariste avec le film Louis 19, roi des ondes, Gaudreault demeure un des rares cinéastes québécois qui ne cherchent pas à réaliser des films intimistes et personnels, mais à raconter des histoires aussi vraies qu'elles sont inventées. Il est aussi un des rares à assumer le fait que ses films sont destinés au grand public et pas nécessairement aux festivals. Les films misérabilistes, très peu pour lui. Gaudreault aime les films réconciliateurs qui finissent bien, quitte à simuler le contraire pour le plaisir du rebondissement.

« Je me souviens encore de la première de De père en flic, raconte-t-il. Denise Filiatrault était en arrière de moi et quand elle a vu le plan du cimetière à la fin, elle a bondi, furieuse en s'écriant : «J'espère qu'il l'a quand même pas tué ! Si oui, c'est une faute de goût !» Si j'avais tué mon personnage principal, elle aurait eu parfaitement raison d'être furieuse. Heureusement, j'avais prévu une autre fin. »

Pas de panique, le cinéma va bien

Depuis la première enthousiaste du Vrai du faux et le premier week-end très prometteur du film La petite reine sur la cycliste déchue Geneviève Jeanson, un vent d'espoir s'est mis à souffler sur le cinéma québécois. Comme si son déclin annoncé, anticipé et analysé ad nauseam avait été freiné. Or, Émile Gaudreault ne croit pas du tout au déclin du cinéma québécois.

« Ce que je crois, c'est que, comme société, on panique vite. Juste parce qu'il y a eu un creux deux ans de suite, on panique et on se dit que c'est fini. On oublie tous les succès passés tant au box-office, dans les festivals qu'aux Oscars. On se remet tout de suite en question et on retombe dans nos vieux complexes en se persuadant que nos succès des 10 dernières années étaient des accidents. Moi, ce que je dis, c'est : pas de panique, le cinéma québécois va bien, merci. »

Parce qu'il aurait été mal avisé de lancer Le vrai du faux la fin de semaine de la Saint-Jean ou de la fête du Canada, le film ne sortira que le 9 juillet. C'est dire qu'Émile Gaudreault devra attendre encore 23 jours avant de lancer son film comme on lance une bouteille à la mer. Il espère évidemment que le public sera au rendez-vous et si le passé est garant de l'avenir, il se pourrait fort bien qu'il soit exaucé.

Filmographie commentée par Émile Gaudreault

> Nuit de noces

« Écrit avec Marc Brunet, auteur de comédie de génie. Le jeu des acteurs et le rythme ont compensé mon vocabulaire cinématographique limité. Très limité ! »

> Mambo Italiano

« Travail avec l'acteur américain Paul Sorvino qui m'a dit une seule chose à notre première rencontre : « I do one take, I'm that good » (Je ne fais qu'une prise, je suis aussi bon que ça). J'ai adoré plonger dans l'univers de Steve Galluccio. »

> Surviving My Mother

« Comédie dramatique qui parle de cancer, de deuil, de dépendance sexuelle, tournée en anglais avec des actrices québécoises qui se sont doublées en français. Le film n'a pas trouvé son public. »

> De père en flic

« Comédie de situation tournée en français avec Michel Côté, Louis-José Houde et Rémy Girard. Le film a trouvé son public. Ce qui m'a fait le plus plaisir, c'est que les jeunes sont allés le voir en salle. »

> Le sens de l'humour

« Idée un peu folle de faire une comédie sur la comédie, avec des scènes de comédie annoncées comme des scènes de comédie. J'améliore mon vocabulaire cinématographique (après quatre films !). Je regrette de n'avoir pas su mettre plus d'émotion dans cette histoire. »

> Le vrai du faux

« L'accouchement n'est pas terminé, donc c'est difficile d'en parler. Mélange constant de comédie et d'émotion qui m'a donné l'impression de participer aux Olympiques de la direction d'acteurs. Heureusement, j'ai travaillé avec des interprètes de haut niveau, des champions de la vérité et du timing comique. »




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