Rudy Barichello: Beckett derrière son oeuvre

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À l'image du personnage principal de son film, Rudy Barichello aurait bien aimé rencontrer Samuel Beckett dans un café parisien et échanger, voire faire la fête avec lui.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

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Rudy Barichello s'excuse du bruit ambiant lorsque La Presse le joint sur son téléphone cellulaire pour parler du long métrage Meetings With A Young Poet. «Je suis dans un café», lance-t-il en guise d'explication.

«Dans un café. Comme Beckett», faisons-nous observer, ce qui fait bien rire le cinéaste.

À l'image de Paul Susser (Vincent Hoss-Desmarais), personnage principal de son film, Barichello aurait bien aimé rencontrer Samuel Beckett dans un café parisien et échanger, voire faire la fête avec lui.

«Je l'ai raté de quelques décennies, lance-t-il avec bonne humeur. Je pense que lorsqu'on aime la littérature, on aime les cafés, un lieu de création. Dans mon cas, ils font partie de mon imaginaire littéraire.»

Expérience du Cirque du Soleil

Auteur d'un autre long métrage, Dans l'oeil du chat, le Montréalais Rudy Barichello est avant tout connu pour avoir écrit le spectacle Alegria du Cirque du Soleil. Il n'en sera nullement question au cours de l'entretien tellement Samuel Beckett l'habite complètement. Parler du célèbre écrivain irlandais avec lui constitue un moment passionnant. Son film, véritable plongée dans la création, l'est tout autant.

Le scénario nous met en présence de Paul Susser, jeune écrivain qui se noue d'amitié avec Beckett (Stephen McHattie). Ce dernier en fera son exécuteur artistique. Plus tard, le chemin de Susser croise celui de Lucia (Maria de Medeiros), une actrice qui rêve d'interpréter le personnage de Krapp (un homme) dans la pièce La dernière bande.

«L'idée de mon film était de faire découvrir l'homme derrière son oeuvre, souligne Rudy Barichello. Oui, la lecture de Beckett nous fait voir un monde fait d'absurdités et de désespoir, mais Beckett nous disait toujours que malgré cette noirceur, bien que nous soyons voués à disparaître, nous devons nous lever chaque matin et faire ce que nous avons à faire. Le simple fait de vivre est un accomplissement.»

Beckett appliquait littéralement ce qu'il nous disait dans ses écrits, assure Barichello. «Il faisait la fête avec des peintres comme Riopelle, des musiciens, des écrivains. C'était un bon vivant qui aimait boire et chanter à tue-tête dans les rues de Paris.»

Rencontres

Barichello dit que le scénario du film a été nourri de ses lectures de Beckett, mais aussi de celles de gens qui l'ont connu et ont écrit sur lui après sa mort, le 22 décembre 1989.

«Jamais les gens n'auraient osé écrire sur lui de son vivant, dit le réalisateur en riant. Mais on a compris chez eux que Beckett faisait souvent ses rencontres dans des cafés, rarement chez lui. Ces rencontres pouvaient être très rares, mais elles laissaient toujours une impression très forte.»

Et qu'en est-il de sa propre «rencontre» avec l'auteur de Oh les beaux jours?

«Je l'ai lu beaucoup trop jeune, alors que j'étais à l'école secondaire, se souvient M. Barichello. Je ne comprenais pas grand-chose, mais j'étais frappé par ce qu'il essayait de nous dire. Je sentais chez lui une grande humanité, cette envie de transcender le désespoir.»

Même s'il ne l'a jamais rencontré, Barichello considère Beckett comme un ami. Il sent sa présence en lui. «J'ai souvent rencontré des gens tels que lui, un peu brutaux dans leur approche, mais constamment animés par un désir de création.»

Meetings With A Young Poet est le premier film tourné en anglais par Item 7 (Café de Flore, Rebelle).

À la direction photo, on retrouve Michel La Veaux qui a remporté dimanche dernier un Jutra pour son travail dans Le démantèlement de Sébastien Pilote. Le scénariste Marcel Beaulieu a coécrit le film avec Barichello. Tout a été tourné à Montréal.

Découvrir Beckett

Après avoir vu son film, que faire pour en savoir plus sur Samuel Beckett?

«Je suggère aux gens d'aller le voir une fois en scène, répond le cinéaste. C'est sur scène, dans son théâtre vivant, que j'ai commencé à comprendre Beckett. On y ressent l'humour, l'absurdité, l'humanité qu'il cherche à nous transmettre.»

M. Barichello se souvient avec joie de la pièce En attendant Godot qu'André Brassard avait montée au TNM en 1992. Rémy Girard, Normand Chouinard, Jean-Louis Millette et Alexis Martin formaient la distribution. «Il y avait dans cette pièce le parfait équilibre entre humour et sérieux», se rappelle le cinéaste.

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Meetings With A Young Poet (avec sous-titres en français) prend l'affiche le 4 avril.




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