Miraculum: une fresque de nous

Miraculum porte sur les consé­quences dramatiques de l'écrasement... (Photo fournie par Séville)

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Miraculum porte sur les consé­quences dramatiques de l'écrasement d'un avion sur la vie de trois couples en crise, dont celui de l'infirmière Julie (Marilyn Castonguay).

Photo fournie par Séville

On ne commettra pas un crime de lèse-majesté en dévoilant qu'un tragique accident d'avion survient dans le long métrage Miraculum. Parce que l'essence de l'histoire se trouve ailleurs.

L'histoire de Miraculum, film choral dont le scénario est signé par Gabriel Sabourin et la réalisation par Podz, est centrée sur les vies de Martin, Julie, Étienne, Évelyne, Raymond, Simon et Louise. Sept personnages (7 comme le chiffre fétiche du hasard) pour lesquels le banal et le tragique s'entremêlent de façon sidérante. Sept personnages engagés dans une quête pour modifier la trajectoire de leur vie ou qui s'accrochent à ce qu'ils croient être leur destin.

Il y a Martin (Robin Aubert) et Évelyne (Anne Dorval), couple de quadragénaires sans enfant baignant dans l'alcool, le jeu et les dettes. Il y a Julie (Marilyn Castonguay) et Étienne (Xaxier Dolan), témoins de Jéhovah tiraillés par leurs convictions religieuses leur interdisant de donner ou de recevoir du sang. Il y a Raymond (Julien Poulin) et Louise (Louise Turcot), amants se donnant à nouveau droit au bonheur même s'ils entrent dans le dernier virage de leur vie. Et il y a Simon (Gabriel Sabourin), homme prêt à commettre un acte criminel très grave pour racheter une faute morale tout aussi répréhensible.

«À la base, ce qui me plaisait dans ce film, c'est que ce sont des histoires simples qui, une fois regroupées, forment une fresque de la vie, de ce que nous sommes aujourd'hui, dit Podz (L'affaire Dumont, 19-2) en entrevue. Je pense qu'on est composé, pour la plupart d'entre nous, de facettes de tous ces personnages.»

À la lecture du scénario de Gabriel Sabourin, Podz s'est instantanément lancé dans le projet. Il parle des personnages avec grande affection. «Ils font tous face à des moments de leur vie où il faut qu'ils choisissent et se transforment, dit le cinéaste. Ils doivent devenir autre chose, délaisser une partie d'eux-mêmes pour survivre. C'est toujours quelque chose de très intéressant dramatiquement. Mais c'est aussi très dur à faire dans la vraie vie. Il y a bien des gens qui se construisent une vie et y restent sans jamais changer.»

Podz retrouve aussi des éléments qui l'ont toujours fasciné et sont récurrents dans son oeuvre. «Plusieurs questions philosophiques contenues dans cette histoire me préoccupent: la mort, la vie, l'alcool, l'amour. Pourquoi a-t-on besoin de toutes ces choses comme on a besoin de Dieu? se demande le réalisateur. Pourquoi les gens commettent-ils autant d'actes destructeurs ou bizarres au nom de ces choses-là?»

Dans le même avion...

On connaît davantage Gabriel Sabourin pour son travail d'acteur que pour celui d'auteur. Pourtant, il consacre depuis toujours une part de son temps à l'écriture. «J'ai tellement baigné là-dedans en voyant mon père [Marcel Sabourin] écrire et jouer! dit-il. Il m'arrive souvent, au théâtre, d'écrire pendant une heure ou deux après les représentations. Je suis dans un élan.»

Miraculum est son premier scénario de film en solo. «Les idées que j'explore ici proviennent de fragments qui se trouvent dans d'autres histoires que j'écrivais, dit-il. Lorsque je les ai mis ensemble, le canevas du film est venu assez brusquement. Comme un écrasement d'avion.»

Pour lui, le film choral constituait la forme idéale afin d'explorer la thématique du destin qu'il affectionne. «Vous savez, ce destin qui plane au-dessus de nos têtes à tous, glisse-t-il en souriant. Nous sommes tous dans le même bateau, le même avion. Dans le film, l'avion fait écho à ces questions. L'avion, c'est aller vers le ciel, vers un paradis qui est ailleurs.»

Et le film, ajoute M. Sabourin, pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. «Parce que c'est ça, notre expérience de vivre sur Terre, ajoute le scénariste: ne pas tout comprendre ce qui nous arrive, mais être capable d'y faire face.»

Miraculum prend l'affiche le 28 février.

Xavier Dolan: «Étienne est une sorte de héros»

Témoin de Jéhovah atteint d'une leucémie, mais qui se laisse mourir parce que sa religion lui proscrit de recevoir le sang d'un autre, le personnage d'Étienne est aux antipodes de Xavier Dolan, qui l'incarne dans Miraculum.

Comme la grande majorité des acteurs, Dolan est enchanté de jouer un individu aussi éloigné de ses propres valeurs. Mais il ne le condamne pas pour autant. Bien au contraire...

«Étienne se définit entièrement par la foi, dit le comédien. Il a un dilemme important, soit de vivre en trahissant sa foi ou de mourir en l'honorant, les témoins de Jéhovah n'ayant pas le droit d'avoir une transfusion sanguine. Forcément, ça rend le personnage très touchant, mais aussi très sévère, très moral. Étienne a une foi aveugle, à la fois frustrante et admirable. À aucun moment je ne l'ai méprisé pendant que je l'incarnais. Au contraire, je l'ai toujours vu comme une sorte de héros dans sa vie, son entourage, son milieu.»

Même s'il a passé plusieurs moments de son enfance près d'une salle du Royaume construite près de la maison d'été d'une grand-tante à lui, Dolan n'a jamais connu de témoin de Jéhovah. Il n'a pas non plus cherché, comme d'autres acteurs en amont du tournage, à aller à leur rencontre.

«Ça ne me tentait pas, dit-il. J'avais envie d'être libre dans ce que je pensais. Je me suis basé sur la spiritualité que ma tante (qui n'était pas Témoin de Jéhovah) m'inspirait quand j'étais petit.»

Cinéaste, acteur... étudiant

Lorsqu'on lui dit qu'il est toujours en mouvement, enfilant les projets les uns après les autres, Xavier Dolan répond par l'affirmative. Mais le jeune cinéaste, scénariste et acteur annonce une pause prochaine.

«Je retourne aux études, en histoire de l'art, annonce-t-il. Je suis attiré par l'époque contemporaine. Sculpture, peinture, architecture, je m'intéresse à tout. Je m'en vais en histoire de l'art (il insiste sur le dernier mot), pas en histoire de la peinture, etc. Je me dirige davantage vers une formation généraliste.»

Il espère pouvoir s'inscrire à l'Université McGill. «J'ai besoin de briser ce mouvement constant dont vous parlez, ajoute-t-il. J'ai besoin d'être entouré de gens de mon âge, d'être sur un campus universitaire: refaire des initiations, sortir dans les bars, partir en voyage. Je veux aller voir des films comme La Grande Bellezza, Gravity que je n'ai pas vu - ça n'a aucun sens - ou 12 Years a Slave. J'ai besoin d'avoir du temps!»

Un travail colossal à la direction artistique

Il est trop tôt pour dire ce qu'on retiendra de Miraculum sauf peut-être du côté de la direction artistique. Car avec des scènes de casino, d'hôpital, d'aéroport et surtout d'un écrasement d'avion, le tournage du film constituait un défi d'organisation à l'intérieur de balises financières serrées.

«C'était un immense défi de direction artistique qu'a relevé Emmanuel Fréchette, le même directeur artistique qui avait fait Rebelle avec nous, dit le producteur Pierre Even (Item 7). Nous avons dû travailler à plusieurs endroits. Les salles d'hôpital se trouvaient dans l'ancien Centre hospitalier de Lachine; les scènes d'aéroport ont été filmées à l'aéroport Jean-Lesage de Québec, qui demandait beaucoup moins d'argent que Mirabel. Quant au casino, il est totalement impossible de filmer au Casino de Montréal. Nous en avons recréé un au Caf'Conc du Château Marriott.»

De plus, dit Marie-Claude Poulin, productrice chez Item 7, il a fallu faire venir les machines à sous des États-Unis pour qu'elles ne soient pas identiques aux appareils québécois, tous propriétés de Loto-Québec.

Pas un vrai écrasement

La scène du crash aérien a été tournée sur une portion fermée d'une autoroute près de Bécancour. Il a fallu quelques jours de préparation avant de tourner la fameuse scène nocturne où le personnage de Julie (Marilyn Castonguay) passe en voiture sur un viaduc donnant sur les lieux de l'écrasement. Or, nous disent Pierre Even et Marie-Claude Poulin, la scène était si réaliste, avec ses débris en flammes et ses faux corps dans des sacs jaunes, qu'il y a eu des appels de détresse aux autorités. La production a dû rassurer la population dans les médias.

«Pour créer la scène, Emmanuel Fréchette est allé dans une entreprise de Mirabel où il a rempli trois ou quatre camions de 10 tonnes de toutes sortes de vieilles pièces d'avions bonnes pour la ferraille», dit Pierre Even.

En entrevue, Podz admet qu'il y avait là tout un défi. «J'avais en tête une façon très spécifique de tourner cette scène: la caméra sur Marilyn, puis, dans un mouvement de grue, révéler tout le crash. Ça prenait donc un viaduc avec une autoroute fermée. On a consulté le ministère des Transports, qui nous a donné quelques options. Nous avons trouvé cet endroit près de Trois-Rivières. J'ai dû convaincre les producteurs, car ça coûte cher! J'y suis allé, j'ai pris des photos et je les ai rapportées en leur disant que c'était absolument là qu'il fallait tourner. Il y avait même des lignes jaunes tracées sur l'asphalte dans le sens de l'autoroute, ce qui donnait l'impression d'une piste d'atterrissage. C'était vraiment parfait!»

Ils ont dit...

Julien Poulin > Raymond

Raymond (Julien Poulin) est barman au Casino.

Le quotidien de son vieux couple est tracé d'avance, mais sa vie bascule le jour où il tombe follement amoureux de Louise (Louise Turcot), préposée au vestiaire. Dans le monde des âmes tordues de Miraculum, ces deux-là sont beaux à regarder. On partage leur bonheur. «Mon personnage représente ces gens d'un certain âge qui se demandent s'ils peuvent encore tomber amoureux, dit Julien Poulin. Ils ont souvent tendance à se dire: "Pourquoi? Il est maintenant trop tard dans ma vie."

Cela m'a interpellé.» M. Poulin a beaucoup aimé l'expérience de jouer un texte écrit par un autre acteur, en l'occurrence Gabriel Sabourin. «On dirait que chaque personnage du film a son moment bien à lui, un bon morceau à défendre», dit-il.

Marilyn Castonguay > Julie

Le métier d'acteur entraîne ceux qui l'exercent dans

des zones où ils ne vont pas d'ordinaire. Parlez-en à Marilyn Castonguay qui, pour Miraculum, s'est piquée pour une transfusion sanguine. C'était son choix.

«Dans une scène, mon personnage avait à donner

de son sang d'un groupe rare. J'ai décidé de me piquer moi-même, sans artifice ou prothèse, raconte-t-elle. Ma mère est infirmière depuis longtemps à Baie-Saint-Paul et m'a montré comment faire. Je ne ressentais pas de stress. En plus, j'ai de belles veines.» Elle a réussi du premier coup. «J'ai demandé que tout le monde reste très calme sur le plateau et que l'infirmier présent vienne vers moi dès que la prise serait faite.

C'est comme ça que les choses se sont passées.»

Anne Dorval > Évelyne

Il fait bon écouter Anne Dorval parler de sa vision de Miraculum et de sa proximité avec nos vies et notre instinct de survie. «Cette histoire, comme les personnages qui la composent, me touche profondément, dit celle qui interprète une alcoolique qui a besoin d'aide. Ces gens sont poqués, malheureux, mais ils sont toujours animés par un instinct de survie. Nous cherchons tous la lumière à tout prix. Et tant que l'on cherche, on est vivant. Si on arrête de chercher, c'est qu'on est vaincu. L'être humain est, fondamentalement, quelqu'un qui cherche, avec plus ou moins de maladresse. Plus on vieillit, plus on réalise que nous ne sommes pas maîtres de nos vies. Mais on peut faire des gestes qui vont avoir une certaine emprise sur nos existences.»




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