Les Oscars trop blancs, encore une fois

Malgré le succès commercial et critique N.W.A.: Straight Outta... (PHOTO FOURNIE PAR UNIVERSAL PICTURES)

Agrandir

Malgré le succès commercial et critique N.W.A.: Straight Outta Compton, sur le groupe pionnier du rap et ses vedettes Dr. Dre et Ice Cube, aucun acteur n'a décroché de nomination.

PHOTO FOURNIE PAR UNIVERSAL PICTURES

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Véronique Dupont
Agence France-Presse
Los Angeles

Aucun acteur ou actrice noirs n'a été nommé aux Oscars pour la deuxième année de suite, un manque de diversité qui suscite une nouvelle polémique et a enflammé les réseaux sociaux.

Le mot-clic Oscarssowhite (les Oscars si blancs) était en tête des sujets les plus mentionnés sur le réseau social Twitter.

« Peut-être qu'ils refont Oscarssowhite parce qu'Hollywood adore les films à suite? », ironisait Jessica Goldstein, journaliste du site politique ThinkProgress.

« Il y avait plus de diversité en 1936 aux Jeux olympiques de Berlin », tenus sous le régime nazi, lançait, sarcastique, Richard Hine, romancier et cadre dans les médias, montrant des photos d'athlètes noirs aux JO.

L'an dernier, le scandale avait démarré parce que la réalisatrice noire du film sur Martin Luther King Selma, acclamé par la critique, n'avait pas été retenue dans sa catégorie. Pas plus que les acteurs du film, notamment David Oyelowo pour sa puissante incarnation du pasteur.

Cette année, plusieurs films avaient suscité l'espoir de tourner la page.

Le succès commercial et critique N.W.A.: Straight Outta Compton, sur le groupe pionnier du rap et ses vedettes Dr. Dre et Ice Cube, comptait notamment à son générique tout un ensemble d'acteurs afro-américains acclamés ainsi que son réalisateur F. Gary Gray.

Finalement, seuls ses scénaristes - blancs - ont décroché leur billet pour les Oscars, le 28 février.

« Les Oscars sont tellement blancs que les Noirs n'arrivent même pas à être nommés pour les films sur les Noirs », se désole Joy Reid, auteur de livres politiques, sur Twitter.

Dans le cas de Creed, Michael B. Jordan n'a pas été choisi pour son personnage de jeune boxeur, éclipsé par Sylvester Stallone.

La vedette de films d'action a peut-être touché la corde sensible des votants en reprenant 40 ans plus tard le rôle culte de Rocky, pour lequel il avait décroché sa seule autre nomination en 40 ans de carrière.

Le Britannique Idris Elba, très applaudi pour son personnage de militaire qui exploite des enfants soldats dans Beast of No Nation, est également exclu des nominations.

À qui la faute? Les uns dénonçaient un préjugé de l'Académie des arts et sciences du cinéma, qui décerne les Oscars, encore composée à forte majorité d'hommes blancs relativement âgés et qui auraient tendance à voter pour des thèmes dont ils se sentent proches. Pas forcément un film sur des vedettes du rap.

Déséquilibre grotesque 

« Il n'y a pas de préjugé raciste chez les membres de l'Académie, le problème c'est qu'il n'y en a pas assez d'entre eux qui soient issus de minorités », estime Tom Nunan, coproducteur de Collision (2005) qui a gagné l'Oscar du meilleur film.

La présidente de l'Académie, Cheryl Boone Isaacs, elle-même afro-américaine, admet le problème: « Le débat a été lancé et c'est bien. Nous avons besoin de continuer à prendre des mesures pour nous assurer que le secteur soit plus ouvert en termes d'embauches et de formation ».

Pour beaucoup, c'est du côté des studios que le bât blesse.

Pour Tim Gray, journaliste chez Variety, « les membres de l'Académie ne votent pas en fonction de la race ou du sexe, ce sont les studios qui doivent prendre des mesures pour mieux refléter la population ».

La grande majorité des décideurs sont « des hommes blancs qui tendent à faire des films qui leur plaisent à eux », note Tom Nunan.

Le producteur, qui enseigne à l'université UCLA School of Theatre film and Television, remarque que la télévision est largement en avance sur le cinéma en ce qui concerne la diversité: « Il y a eu 18 acteurs noirs nommés aux Emmys », les prix de la télévision.

« Du coup l'industrie se sent très contente d'elle-même et puis les nominations aux Oscars arrivent et on se croirait dans les années 50 », résume-t-il.

Pour lui, il faut que les studios comprennent que les films avec des acteurs afro-américains ou issus de minorités « font de l'argent ». Et de citer N.W.A.: Straight Outta Compton: 200 millions de dollars au box-office dans le monde, pour un budget de 28 millions.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

publicité

la boite:1977421:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

publicité

Autres contenus populaires

image title
Fermer