La série de la semaine: She's Gotta Have It

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En cet âge d'or des téléséries, La Presse+ décortique chaque semaine une série qui vaut le coup d'oeil. Aujourd'hui : She's Gotta Have It (V.F. : Nola Darling n'en fait qu'à sa tête.)

Nola entretient des relations avec trois hommes, dont Mars... (PHOTO DAVID LEE, FOURNIE PAR NETFLIX) - image 1.0

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Nola entretient des relations avec trois hommes, dont Mars (Anthony Ramos).

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Les personnages de She's Gotta Have It sont... (PHOTO DAVID LEE, FOURNIE PAR NETFLIX) - image 1.1

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Les personnages de She's Gotta Have It sont des artistes, des militants, des intellos et des professionnels, le genre de rôles que Hollywood n'offre pratiquement jamais aux actrices et acteurs noirs, même en 2017.

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SPIKE LEE PASSE À NETFLIX 

Le réalisateur de Do the Right Thing et de Malcolm X est le dernier en lice dans la cohorte de cinéastes qui ont été séduits par les possibilités et la popularité des séries télé, ainsi que les moyens de Netflix. Après avoir réalisé pour la plateforme le documentaire Rodney King, très bien reçu par la critique, il propose cette fois sa première série de dix épisodes, d'une trentaine de minutes chacun, adaptée de son premier long métrage She's Gotta Have It, qui l'avait révélé au public en 1986. Dans ce film tourné à l'époque avec des moyens très limités (175 000 $), dans un esprit de « cinéma guérilla », Spike Lee brassait la cabane en offrant une image neuve de la jeunesse noire de Brooklyn, détournant les clichés et prenant position d'une façon qui ressemble beaucoup, finalement, à la jeunesse engagée d'aujourd'hui. Spike Lee a réalisé tous les épisodes de la série, produite avec Tonya Lewis Lee, sa femme.

NOLA RÉACTUALISÉE

La liberté affichée de Nola Darling (irrésistible DeWanda Wise) dérange autant son entourage en 2017 qu'elle le dérangeait en 1986. Parce que Nola est vraiment avide de liberté, allergique à tout ce qui peut l'entraver - après tout, ses parents étaient des militants. Artiste engagée - elle placarde ses toiles sur les murs de la ville la nuit -, elle est aussi polyamoureuse pansexuelle et entretient trois relations avec trois hommes très différents : Jamie (Lyriq Bent), un banquier sérieux en plein divorce, Greer (hilarant Cleo Anthony), une espèce de Narcisse photographe et mannequin, et Mars (Anthony Ramos, reprenant le rôle tenu par Spike Lee lui-même dans le film de 1986), qui tient autant de l'ami que de l'amoureux. Ils sont beaux, parfois cons, mais attachants. C'est une version réactualisée de Nola qu'offre Spike Lee, qui insiste un peu trop sur les hashtags dans tous les épisodes, mais c'est parce qu'il n'y en a qu'un à retenir en fait, présenté dès le début : #BlackLivesMatter. Bien entendu.

BLACK IS BEAUTIFUL

Les questions de beauté et d'apparence sont essentielles dans cette série ouvertement féministe, plus particulièrement lorsque Nola jase avec ses copines Shemekka (Chyna Layne) et Clorinda (Margot Bingham). Le mouvement « Black is beautiful » des années 60 a eu sa portée. Pour ceux qui ne connaissent pas la notion d'intersectionnalité, qui souligne les diverses formes d'oppression vécues par les femmes racisées, voilà presque un cours de base. Comment lutter à la fois contre les exigences de beauté envers les femmes en général, les clichés racistes envers la femme noire, elle-même exposée à des exigences esthétiques de femmes blanches ? Comment se sentir belle pour soi-même, sans sacrifier son identité ? Le débat est lancé dès le départ lorsque Shemekka est tentée par une chirurgie du postérieur. L'épisode 3 tourne entièrement autour de la nouvelle « petite robe noire » de Nola (un article essentiel pour toutes les femmes), trop sexy pour certains. Et nous voilà dans des discussions sur le machisme et le consentement, renforcées par une agression contre Nola, qui subit déjà le pénible harcèlement de rue. Elle ne veut en faire qu'à sa tête quand même - et elle a bien raison. Surtout en pleine explosion du mouvement #MeToo #MoiAussi. Tiens, encore le hashtag, qui semble précéder les révolutions.

UNE LETTRE D'AMOUR À BROOKLYN

Ce qu'il y a de bien avec Spike Lee, et ce, depuis 1986, c'est son souci de dépeindre sous un autre jour son milieu, son quartier, et la jeunesse afro-américaine, la plupart du temps écrasée sous les stéréotypes. Nous sommes ici chez des artistes, des militants, des intellos et des professionnels, le genre de rôles que Hollywood n'offre pratiquement jamais aux actrices et acteurs noirs, même en 2017. Le principal défaut de la série, ce sont ses dialogues parfois un peu trop didactiques qui enlèvent du naturel au jeu des comédiens - mais il y a tant à dire, n'est-ce pas ? Mêlant des images d'archives et des photos de vieilles pochettes de disques aux scènes de la vie branchée de Brooklyn, des personnages qui s'adressent directement à la caméra comme dans le film original, le tout accompagné d'une bande sonore qu'on a juste envie d'acheter en courant, on sent tout l'amour que Spike Lee porte à son coin de New York qui, finalement, a l'air tellement plus le fun que le Manhattan de Woody Allen. Et c'est clairement voulu.




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