Bad Blood, une version atténuée du clan Rizzuto

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Est-ce que la réalité montréalaise était trop extrême pour paraître vraisemblable? Alors que les adaptations de faits vécus portées à l'écran ont souvent tendance à exagérer le réel pour le rendre plus spectaculaire, la minisérie Bad Blood, qui prend l'affiche ce soir à City TV, propose plutôt une version atténuée du clan mafieux des Rizzuto. On s'y laisse prendre malgré tout avec plaisir.

Vision romancée

Basée sur un livre du journaliste Peter Edwards et du professeur Antonio Nicaso, Bad Blood se veut une version romancée d'une partie de la vie du parrain de la mafia Vito Rizzuto, mort en 2013. Les événements, les noms et les dates ne collent pas tous fidèlement à la réalité, mais les dynamiques sont fidèlement représentées: le rôle de pacificateur, médiateur et unificateur de Rizzuto au sein du crime organisé, la révolte qui a éclaté pendant son emprisonnement aux États-Unis, puis sa vengeance sanglante lorsqu'il est revenu à Montréal.

Un Vito réussi

Une des grandes forces de la série est le comédien Anthony LaPaglia. L'acteur d'origine australienne, fils d'un immigré italien, a bien saisi l'essence de la personnalité de Vito Rizzuto. La confiance maîtrisée, le calme, le charisme et l'impitoyabilité, souvent cités comme des traits de caractère distincts du mafioso montréalais dans la réalité, se reflètent bien dans son personnage. L'acteur canadien Kim Coates (qu'on a vu dans Sons of Anarchy) est aussi remarquable dans son rôle de caïd.

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La véritable famille Rizzuto était l'archétype de la vieille tradition mafieuse et incarnait plusieurs clichés des films de gangsters.

Photo fournie par Rogers Media

Moins clichés que les vrais

La véritable famille Rizzuto était l'archétype de la vieille tradition mafieuse et incarnait plusieurs clichés des films de gangsters. Le patriarche Nicolo, avec son chapeau de feutre et son long manteau, semblait tout droit sorti du Parrain de Coppola. Des images le montraient carrément en train de glisser des liasses de billets dans ses chaussettes à l'arrière d'un café italien. L'entourage du clan était formé d'un petit groupe de familles siciliennes dont les descendants se mariaient entre eux de génération en génération: Vito avait lui-même épousé sa cousine germaine. La série brosse un portrait beaucoup moins stéréotypé. Les personnages font plus modernes. On ajoute même un bras droit fictif d'origine irlandaise à Rizzuto pour diversifier le portrait.

Moins de morts

Est-ce parce qu'on craignait de manquer de temps, ou par crainte des longueurs? Les quatre premiers épisodes, sur la révolte contre le règne de Rizzuto, comptent moins de morts, de blessés et de destruction qu'il n'y en a eu en réalité à Montréal pendant cette période. Ce n'est probablement pas pour épargner les sensibilités du public à heure de grande écoute puisque certaines scènes demeurent malgré tout assez violentes.

Basée sur un livre du journaliste Peter Edwards... (Photo fournie par Rogers Media) - image 3.0

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Basée sur un livre du journaliste Peter Edwards et du professeur Antonio Nicaso, Bad Blood se veut une version romancée d'une partie de la vie du parrain de la mafia Vito Rizzuto, mort en 2013.

Photo fournie par Rogers Media

En anglais, s'il vous plaît

Contrairement à Narcos, une autre dramatisation inspirée du monde du crime qui, elle, fait parler les personnages dans leur langue propre (espagnol pour les Colombiens et anglais pour les Américains), en sous-titrant au besoin pour les téléspectateurs, Bad Blood a fait le choix du tout en anglais. Un peu étrange pour une série qui se déroule à Montréal. À peine entend-on le chef des motards (Vincent Leclerc) murmurer quelques mots en aparté à un acolyte dans la langue de Molière avant de revenir à l'anglais comme tous les autres personnages. Craignait-on que le public hors Québec ne décroche? L'effet sera différent lors de la diffusion de la version française, Les liens du sang, à ICI Radio-Canada en novembre.

Souvenirs récents

Produite en Ontario, diffusée à la grandeur du Canada, la minisérie présente à un public plus large certains événements qui seront familiers pour le téléspectateur québécois. Après avoir vu la juge France Charbonneau aux bulletins télévisés d'ici tous les soirs pendant sa commission d'enquête, on s'amuse franchement à la voir revenir comme justicière incorruptible dans une oeuvre de fiction où elle fait trembler tous les coquins de la métropole. «France est incorruptible! Vito est fichu!», se lamente l'un des partisans du parrain dans le quatrième épisode. De vrais extraits de bulletins de nouvelles québécois viennent parfois faire le lien avec nos souvenirs pas si lointains.

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Bad Blood. Série de Simon Barry. Six épisodes de 45 minutes. Jeudi, 20 h, sur City TV. Sur les ondes d'ICI Radio-Canada Télé à partir du 11 novembre.




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