Narcos sans Escobar

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Josée Lapointe

En cet âge d'or des téléséries, La Presse décortique chaque semaine une série qui vaut le coup d'oeil. Cette semaine : la troisième saison de Narcos.

La suite

Y a-t-il une vie après la mort de Pablo Escobar? C'est la question que tout le monde se posait à la fin de la deuxième saison de Narcos, qui racontait la montée en puissance, la traque sans merci et la mort du plus célèbre des barons de la drogue, abattu dans une opération policière en 1993 dans son fief de Medellín, en Colombie. Le succès de la série devait beaucoup à la figure d'Escobar, si bien incarné par le charismatique Wagner Moura qu'on avait fini par (presque) s'y attacher, malgré sa folie paranoïaque et sa mégalomanie. Les fans se demandaient donc comment une troisième saison pourrait rivaliser en intérêt quand son principal atout avait disparu. Eh bien, après avoir visionné six des dix épisodes de Narcos 3, offerts sur Netflix (en version originale sous-titrée en français), force est de constater que les créateurs ont relevé le pari avec brio.

Pareil, pas pareil

Si on est dans la continuité - même générique ultra-cool truffé de nouvelles images d'archives, même réalisation soignée, même mélange hyper crédible d'espagnol et d'anglais, et toujours des protagonistes et des événements-clés tirés de la réalité -, on a presque affaire à une nouvelle série. On y retrouve bien sûr quelques personnages des deux premières saisons - particulièrement l'agent de la Drug Enforcement Administration, Javier Peña (Pedro Pascal, qui est devenu le narrateur et le moteur de l'histoire) -, mais il est entouré de nouveaux collègues et court après une nouvelle cible. L'enjeu, cependant, reste le même : stopper le trafic de cocaïne de la Colombie vers les États-Unis. Et pour cela, tous les moyens sont bons. Les fans de la première heure y trouvent donc leur compte, et les curieux peuvent embarquer dans le train sans problème.

Le vrai chef du cartel de Cali, Gilberto... (Photo fournie par Netflix) - image 2.0

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Le vrai chef du cartel de Cali, Gilberto Rodriguez, et une autre des têtes dirigeantes, Pacho

Photo fournie par Netflix

Les méchants

Pendant que la chute d'Escobar s'amorçait au début des années 90, le cartel de Cali commençait à accaparer le marché nord-américain de la cocaïne. On les avait vues un peu pendant la deuxième saison, mais les quatre têtes dirigeantes sont maintenant les ennemis à abattre: les frères Rodriguez (Gilberto, le vrai chef très classe qui dirige le cartel comme une grande entreprise, et Miguel, à la violence sourde), Chepe, chien fou établi à New York, ainsi que le passeur et négociateur Pacho (le très dangereusement sensuel Alberto Ammann), qui a la particularité de s'affirmer comme gai dans un milieu macho. Par ailleurs, autant Escobar était impulsif, autant le cartel de Cali ne laisse rien au hasard. Il a des yeux et des oreilles partout et contrôle tout et tout le monde, mais toujours sous un vernis respectable. Une attitude qui permet au gouvernement colombien, qui veut éviter les bains de sang, de signer un accord de reddition avec les narcotrafiquants : ils ont six mois pour se retirer en échange d'une peine réduite. C'est sur cette base que commence Narcos 3, mais un coup d'éclat de l'agent Peña viendra mettre (beaucoup) de sable dans l'engrenage, jusqu'à créer une guerre de cartels.

Le verdict

Jeu du chat et de la souris dans les rues de Cali, rencontres secrètes, explosions de violence rares mais traumatisantes: la troisième saison de Narcos est habilement construite et sa montée dramatique vers toujours de plus en plus de morts, est implacable. Si les deux premiers épisodes sont un peu lents, la série prend ensuite son envol pour ne plus retomber. Certains personnages donnent aussi une dimension plus «humaine» à l'histoire, particulièrement le chef de la sécurité Jorge Salcedo (qui a lui aussi réellement existé), père de famille qui travaille pour les frères Rodriguez et qui espère pouvoir quitter le cartel pour se lancer en affaires. Il apprendra que ce n'est pas aussi facile qu'il le croyait, même s'il estime n'avoir rien à se reprocher. Bref, si Narcos avait fait de Pablo Escobar une star, ce qui finissait par être un peu dérangeant, on ne risque pas ici de s'attacher à ces dangereux bandits aux bras longs. Mais dans Narcos comme dans la vie, il n'y a rien de tout noir ni de tout blanc, et il y a ici quantité de zones grises à explorer. Une suite brillante pour une série qui l'est tout autant.




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