Déménagement de Radio-Canada: quel avenir pour l'inventaire?

Le déménagement annoncé de la Maison de Radio-Canada a... (Photo Antoine Désilets, archives La Presse)

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Le déménagement annoncé de la Maison de Radio-Canada a entraîné la mise sur pied d'un comité de gestion du patrimoine chargé évaluer ce qu'il adviendra des décors, accessoires, meubles et partitions musicales contenus dans l'édifice actuel.

Photo Antoine Désilets, archives La Presse

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Tous les employés de Radio-Canada à Montréal déménageront dans la nouvelle Maison en 2020. Dans ce futur édifice, aucun endroit n'est prévu pour plus de 55 000 décors, accessoires et meubles, ainsi que 50 000 partitions musicales appartenant à la société d'État. Afin d'éviter un tollé comme celui de la fermeture du costumier en 2014, un comité de gestion du patrimoine a été mis sur pied. Il devra évaluer ce qu'il fera avec ces collections.

«Ce que nous avons appris de tout ce qui est arrivé avec le costumier est la nécessité d'agir avec beaucoup de transparence. De bien communiquer toutes les étapes du processus pour assurer la pérennité et une deuxième vie à ces collections-là», affirme la directrice du projet de la nouvelle Maison de Radio-Canada, Emmanuelle Lamarre-Cliche.

«L'utilisation de cet inventaire a vraiment beaucoup diminué au fil du temps. Est-ce vraiment une nécessité pour nous de déménager tous ces objets-là ? Doit-on construire du pied carré pour aménager cet inventaire? Ce ne serait probablement pas la meilleure utilisation des fonds publics que nous pourrions faire», avance Mme Lamarre-Cliche, qui est également membre du comité de gestion du patrimoine, créé il y a plus d'un an.

«Radio-Canada se départ de tout»

Lorsque le Syndicat des communications de Radio-Canada a vu que Radio-Canada fermait le costumier, il a compris que le reste allait suivre. «Les partitions de musique, les accessoires, les costumes... Radio-Canada se départ de tout, précise Johanne Hémond, présidente du syndicat. Le costumier, plusieurs l'utilisaient. Peut-être pas assez pour faire des profits, mais assez pour payer les employés.»

À une certaine époque, les artisans d'émissions comme L'auberge du chien noir, 30 vies, Prière de ne pas envoyer de fleurs ou Infoman pouvaient se rendre directement dans les ateliers de design de Radio-Canada pour louer des costumes, décors, meubles et accessoires.

«Avant, vous aviez tout à portée de main à Radio-Canada: un peintre, un scénographe, une costumière et bien plus. Tout était dans la maison. S'il y avait une urgence, quelqu'un pouvait répondre rapidement. Maintenant, les productions doivent se promener partout dans la ville pour aller chercher ceci ou cela», dit Mme Hémond.

Appels d'intention et d'intérêt

Les objets et meubles pourraient suivre une trajectoire similaire à celle des costumes. D'abord, une petite équipe d'artisans, avec l'aide d'un expert en muséologie, déterminera lesquels ont une valeur historique. Comme pour les 143 costumes patrimoniaux, dont ceux de Fanfreluche, de Séraphin et de Bobino, ces objets pourraient se retrouver au Musée de la civilisation de Québec.

Quant aux autres objets, ils pourraient être remis à un organisme ou une entreprise, comme ce fut le cas des 70 000 costumes qui ont été cédés à l'organisme sans but lucratif Le grand costumier.

«On aimerait faire un appel d'intention auprès d'organismes et choisir le meilleur qui pourra assurer une deuxième vie ou la pérennité de ces objets-là», explique Emmanuelle Lamarre-Cliche, directrice du projet de la nouvelle Maison de Radio-Canada.

Un appel d'intérêt sera aussi lancé pour les 50 000 partitions musicales: «Encore là, avec l'assurance que ces partitions demeurent disponibles pour la production», dit Emmanuelle Lamarre-Cliche.

Pour ce qui est des collections de disques, des livres et des périodiques, le comité décidera de leur sort dans les prochains mois.

Numérisation des archives

Dans la nouvelle Maison, il n'y aura pas d'immenses lieux d'entreposage pour conserver les archives de Radio-Canada (650 000 supports audio, vidéo et films). Le diffuseur public poursuit son virage numérique, notamment en numérisant toutes les archives pancanadiennes.

«Nous sommes dans un contexte de mode de production sans ruban, depuis quelques années. On a toujours numérisé à petite cadence, mais, vu le déménagement et la désuétude des appareils de lecture, on veut accélérer notre cadence de numérisation», explique Patrick Monette, directeur médiathèque et archives.

Une vingtaine de personnes seront engagées pour assurer cette laborieuse entreprise, qui devrait prendre cinq ans. Les journalistes, réalisateurs et recherchistes pourront ensuite visionner toutes ces archives à partir de leur poste de travail.

«C'est un projet grandiose! Dans l'industrie, c'est vraiment une tendance, le virage numérique sur le plan des archives. C'est une belle avancée pour l'utilisation, la mise en valeur et la conservation à long terme», indique Patrick Monette, directeur médiathèque et archives.

Après leur numérisation, Radio-Canada affirme que les 650 000 supports ne seront pas détruits: «Les contenus numérisés seront entreposés à l'extérieur de la nouvelle MRC», dit Marc Pichette, directeur des relations publiques de Radio-Canada et membre du comité de gestion du patrimoine.

En février dernier, une lettre intitulée «Archives télévisuelles et radiophoniques de Radio-Canada» a été remise à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly. Les 38 signataires, dont Michel Désautels, Margie Gillis, Alain Stanké et Robert Daudelin, souhaitaient sensibiliser le gouvernement fédéral à l'importance de rendre accessibles ces archives au public.

En guise de conclusion, on peut y lire: «Et qu'ainsi, tout un chacun puisse les consulter pour que la mémoire de Radio-Canada continue de rayonner à travers le pays et le monde... comme elle le mérite», a écrit l'ancien réalisateur, James Dormeyer.

À ce propos, la réponse de Radio-Canada est claire: les archives ne seront pas accessibles à tous les Canadiens.

«Radio-Canada n'a pas un mandat de bibliothèque. On valorise nos archives dans nos émissions ou par notre page Facebook, Les archives de Radio-Canada», conclut Patrick Monette.




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