The Get Down: Part II: éloge du mythe

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Cette série épique sur la naissance du rap comme forme d'art à la fin des années 70 est la production la plus coûteuse de l'histoire de Netflix et elle défie toutes les conventions de la télé. On adore ou on déteste. Et on se demande aussi s'il y aura une seconde saison.

La démesure de Baz

The Get Down est au départ un projet du cinéaste Baz Luhrmann qu'il a développé avec Stephen Adly Guirgis, un auteur et metteur en scène qui a fait sa marque off-Broadway. Lurhmann est un habitué de la démesure, comme on a pu le voir dans les films Moulin Rouge et The Great Gatsby, et cela s'est traduit tout particulièrement dans ce projet qui a dépassé son budget de 7,5 millions par épisode pour en faire la série la plus coûteuse de l'histoire de Netflix. Multiplication des auteurs, des réalisateurs, des collaborateurs qui a failli faire quitter le navire à son créateur et qui, semble-t-il, a mené à une étrange mise en marché, puisque la première saison a été coupée en deux. La première partie, offerte à la fin d'août, contient six épisodes et la seconde partie, qui se déroule un an plus tard et qui vient tout juste d'arriver sur Netflix sans beaucoup de promotion, en contient cinq.

Thérapie contre le cynisme

Jamais la proposition de «suivre son étoile» n'a été portée à ce point au pinacle. The Get Down nous invite à épouser les espoirs d'adolescents du Bronx - qui, à l'époque, était pratiquement considéré comme une zone sinistrée - , espoirs présentés ici avec une candeur et un enthousiasme qui frôlent presque la provocation, le tout accompagné d'une histoire d'amour fleur bleue qui évoque rien de moins que Roméo et Juliette (obsession de Luhrmann), dans l'esprit de West Side Story. Par moments, on ne sait pas si on regarde les scènes les plus quétaines jamais tournées pour la télé ou les scènes les plus magnifiques rendant hommage au pouvoir de l'amour, de l'art et de la musique. The Get Down renverse les habituels clichés négatifs associés au rap (criminalité, pauvreté, gangs de rue, etc.), tout en jouant avec eux, pour illustrer ce qu'est vraiment ce courant musical: une révolution artistique.

La réalisation

Long métrage, vidéoclip, animations, performances, images d'archives, références innombrables, The Get Down mélange les formes et propose ainsi une expérience hors normes. Aucun épisode de la série n'a la même durée - le pilote, réalisé par Luhrmann, dure une heure et demie, tandis que le dernier épisode de la seconde partie, réalisé par Ed Bianchi, dure environ une heure quinze minutes. On a vite l'impression finalement d'être dans une comédie musicale sans jamais savoir quand une chanson va démarrer, et bien souvent, deux ou trois trames narratives et musicales vont se superposer pour un résultat époustouflant. Beaucoup de séquences d'animation ont été ajoutées dans les nouveaux épisodes, ce qui n'a pas tout à fait plu aux fans, car on dirait qu'elles ont été plaquées pour faire un peu de remplissage à moins de frais. Si la naissance du rap est au coeur de la série, alors que le disco est omniprésent aussi, on souligne beaucoup le terreau fertile qu'a été New York pour la contre-culture, avec des clins d'oeil aux milieux gai, drag queen et punk, qui évoluaient en même temps.

Le casting

Il n'y a pratiquement que des nouveaux visages dans un casting où les Blancs ont vraiment, pour une fois, des rôles secondaires. Au premier plan, Justice Smith qui incarne Ezekiel, le «sculpteur de mots», narrateur de la série, futur rappeur star, amoureux de la belle Mylene (jouée par Herizen F. Guardiola), prochaine reine de la pop, telle une pré-Beyoncé. Ezekiel est entouré de ses frères du Get Down, Rara (Skylan Brooks), Dizzee (Jaden Smith), Boo-Boo (Tremaine Brown Jr.)... et surtout Shaolin Fantastic (formidable Shameik Moore), le DJ déchiré entre sa passion pour son groupe et ses activités illicites menées pour le compte de l'impitoyable Fat Annie (Lillias White), propriétaire du club Les Inferno et mère du méchant Cadillac (fascinant Yahya Abdul-Mateen II), qui ne jure que par le disco. Non seulement ces jeunes acteurs savent jouer, mais ils savent aussi chanter et danser. D'ailleurs, ils ont dû suivre un camp d'entraînement musical dirigé par le vrai Grandmaster Flash (un personnage dans la série), Nas et Kurtis Blow.

La musique

La trame sonore de The Get Down est jouissive. Vraiment. Musique originale d'Elliott Wheeler, des covers et des extraits de classiques des années 60-70, un foisonnement de styles: soul, disco, funk, R&B, et, bien sûr, hip-hop. Ça va de la musique de Star Wars à Nina Simone, en passant par Blondie, Aretha Franklin et les Bee-Gees, jusqu'à Janelle Monae, Grandmaster Flash, Nas ou Nile Rodgers. Vraiment impossible de faire le compte, mais impossible aussi de ne pas y trouver son compte dans ce mélange entre le «old-school» et le contemporain. D'ailleurs, la trame sonore est en vente sur iTunes. The Get Down est avant tout un voyage musical - sont insérés dans les épisodes des extraits d'un spectacle de l'avenir où l'on devine qu'Ezekiel est devenu une star - qu'on souhaite vraiment poursuivre.




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