Marc-André Grondin: double vie

Travaillant des deux côtés de l'Atlantique depuis plusieurs... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Travaillant des deux côtés de l'Atlantique depuis plusieurs années, Marc-André Grondin n'a jamais cessé d'habiter Montréal pour autant.

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Marc-André Grondin incarnera dès lundi le personnage de Philippe, un ex-prisonnier qui mène une double vie, dans L'imposteur, à TVA. L'ancien enfant-acteur (Sous un ciel variable, Les super mamies) n'avait pas tenu de rôle à la télé québécoise depuis la série Nos étés, il y a 10 ans. Aussi, lorsque les producteurs de la nouvelle série d'Annie Piérard et de Bernard Dansereau (Annie et ses hommes) lui ont fait parvenir le scénario l'été dernier, ils s'attendaient à un refus.

«Les gens ont l'impression que je suis très occupé et que je suis tout le temps au Fouquet's en train de faire le party avec des vedettes françaises, dit l'acteur de 32 ans, attablé dans un café/magasin de disques du Mile-Ex. Certains ne m'approchent même pas, de peur que je refuse. C'est très québécois, cette peur du rejet. Heureusement, les producteurs de L'imposteur n'ont pas eu peur. Mais ils avaient quand même prévu un plan B...»

Depuis 10 ans, on a surtout vu Grondin au cinéma, de part et d'autre de l'Atlantique, en anglais comme en français, empruntant différents accents. Au printemps 2015, il interprétait un nettoyeur de crimes, personnage principal de la télésérie franco-britannique Spotless (désormais offerte sur Netflix). S'il semble très satisfait de L'imposteur, une série qu'il a manifestement à coeur, il préfère encore tourner au cinéma, où «tout le monde a plus de temps pour mieux faire son travail».

«C'est troublant à quel point le milieu de la télé québécoise est au bord de s'effondrer, dit-il avec son franc-parler habituel. On fait l'opposé de ce que le reste de la planète est en train de faire depuis des années, c'est-à-dire investir plus et mieux dans des séries de qualité. Ici, on coupe partout.»

«Il n'y a plus de marge de manoeuvre. Tu échappes un verre qui se casse par erreur dans une scène et tu es obligé de couper deux plans. C'est terrible.»

Le Québec, croit-il, ne se donne pas les moyens de ses ambitions. «On veut exister à l'international, mais on ne se donne pas les moyens de rivaliser avec les séries étrangères. Le Danemark n'a pas plus de moyens ni de population, mais a décidé de faire moins de séries en investissant plus dans chacune d'elles. La télévision norvégienne aussi s'exporte bien.»

Marc-André Grondin en a interprété, des rôles, depuis celui de Zac, adolescent homosexuel tourmenté, qui l'a propulsé à l'avant-scène lors de la sortie de C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée en 2005.

Il a joué Régis Debray dans un film de Steven Soderbergh (Che), un homme condamné à tort pour viol dans L'affaire Dumont de Podz, le personnage défiguré de Victor Hugo dans L'homme qui rit de Jean-Pierre Améris ou encore le joueur-vedette d'une équipe de hockey des ligues mineures dans Goon, dont la suite, attendue dans les prochains mois, a été réalisée par son ami Jay Baruchel.

Ces jours-ci, il tourne dans le nouveau long métrage de Robin Aubert, Les affamés, un film de zombies mettant aussi en vedette Monia Chokri. Il ne s'est pas contenté des rôles de jeune premier qu'on lui proposait en début de carrière.

«J'ai toujours essayé de me battre contre ça, dit-il, le coco rasé sous sa casquette. Après C.R.A.Z.Y., on m'offrait surtout des rôles de gais. J'ai choisi de jouer dans La belle bête de Karim Hussain, qui a fait 7000 $ au box-office...»

La star récalcitrante

Le «meilleur espoir masculin» des Césars 2009 - pour Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon - préfère se trouver là où on ne l'attend pas, jouant les seconds rôles dans des films de Denis Côté ou de Stéphane Lafleur, plutôt que la star de projets qui ne l'intéressent pas. Il n'a surtout pas envie de jouer le jeu du vedettariat.

«Ça ne fait pas partie de moi, dit-il. C'est difficile pour moi d'aller à un quiz télé parce que je ne suis pas à l'aise. Je ne méprise pas ceux qui en font plein: ils paient leur loyer avec ça. Les quiz télé existent pour remplir des cases horaires et faire vivre une bonne partie de l'UDA. Je n'ai rien contre ça. Mais ce n'est pas naturel pour moi. J'ai réussi à me rendre où je suis sans le faire. Même si je gagnerais sans doute plus d'argent à jouer la game

Y a-t-il un risque à être une star aussi récalcitrante? Voire à «s'enlaidir» afin de ne pas être confiné à des rôles de bellâtre? Son entourage en France aurait souhaité qu'il passe davantage de temps à Paris à faire des apparitions dans des soirées mondaines.

«Je pense que ce que mon agent espérait, c'est que j'aille au défilé de Dior parce que toutes les vedettes sont là, que je me fasse prendre en photo avec une actrice et que le lendemain, on se demande si je suis en couple avec elle. C'est vendeur...»

S'il protège sa vie privée, c'est aussi pour mieux se fondre dans la peau de ses personnages, dit-il.

«C'est sûr qu'on ne me prendrait pas pour faire Nitro! Je n'attire pas les gens dans les salles. Mais j'ai l'avantage de pouvoir me perdre un peu plus facilement dans un personnage.»

«C'est clair que si les gens me voyaient au moins une fois par jour dans un quiz télé ou qu'ils m'entendaient à la radio, que je faisais des pubs et que j'assistais à des premières, ils auraient de la difficulté à ne pas me trouver, dans un film ou une série, "déguisé en personnage". Je suis toujours rassuré quand les gens me disent qu'ils ne m'ont pas reconnu dans un rôle.»

Il n'empêche qu'à force de fuir les feux de la rampe, Marc-André Grondin a fini par être perçu par les médias québécois comme étant particulièrement détaché de son métier. Une réputation surfaite?

«J'ai un certain détachement, reconnaît-il. Je prends vraiment mon travail au sérieux, mais je ne prends pas le milieu au sérieux. J'ai toujours de la difficulté avec les artistes qui prétendent que leur art a une dimension spirituelle. Je serais vraiment triste de ne plus être sur un plateau, mais je pourrais ne plus jouer, même si je prends beaucoup de plaisir à le faire.»

Il a des ambitions d'écriture, de réalisation, et se verrait bien, à terme, devenir producteur. Il reproche d'ailleurs à certains producteurs de cinéma «d'attendre leurs subventions» de manière passive. Même s'il mène une double vie d'acteur franco-québécois, il n'a jamais cessé d'habiter Montréal et s'étonne que certains le croient installé en France ou encore aux États-Unis. Ce qui ne l'empêche pas de s'inquiéter de l'exode des talents québécois.

«Il faut réagir rapidement, croit-il. Les jeunes scénaristes et réalisateurs de ma génération vont aller faire leur série ailleurs si on ne leur donne pas les moyens.»

«Les cinéastes et les directeurs photo partent tourner aux États-Unis et en Europe. Bientôt, les scénaristes vont les imiter. Ceux qui ont le plus de talent, les techniciens comme les autres, vont aller voir ailleurs.»

Lui a décidé de rester. On lui a offert récemment un rôle de son choix dans une importante série française, qu'il a refusé. «Ça ne me parlait pas du tout. Mon agent, pour la première fois, m'a dit que je faisais une grosse erreur professionnelle. Peut-être, mais sur le plan personnel, je ne l'ai pas regretté. Je n'ai pas envie de faire ce métier-là pour être malheureux.»

Il peut sembler détaché, mais il est conscient de ses privilèges. «Je ne pensais jamais travailler en France. Mais si ça s'arrêtait aujourd'hui, je serais content de l'avoir vécu. Je pourrai quand même dire que je suis le premier acteur canadien à avoir gagné un César! J'ai surtout envie d'avoir du fun et d'être fier de ce que je fais. Même si c'est important aussi, pour progresser, d'être en nomination aux Aurore de temps en temps...»

SA RENTRÉE

Marc-André Grondin sera cet automne l'une des têtes d'affiche du réseau TVA grâce à son premier rôle dans L'imposteur, la nouvelle série d'Annie Piérard et Bernard Dansereau, qui entrera en ondes lundi prochain à 21 h.

Il reprend son rôle dans le film Goon 2, qui prendra l'affiche en 2017.

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