Taxi Tigui, une série qui carbure à l'inspiration locale

Dans son taxi cabossé, «F-One» transporte commerçants, hommes politiques,... (PHOTO AFP)

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Sébastien Rieussec
Agence France-Presse
Bamako

Dans son taxi cabossé, «F-One» transporte commerçants, hommes politiques, stars, fonctionnaires, jeunes et vieux à travers les rues de Bamako. Il est le héros d'une nouvelle série télévisée malienne, Taxi Tigui, qui veut bousculer les omniprésentes telenovelas sud-américaines.

«Ce taxi n'est pas n'importe quel taxi», lance F-One, interprété par Koman Diabaté, à une passagère dans le premier épisode de Taxi Tigui - «chauffeur de taxi» en bambara, l'une des langues les plus parlées au Mali.

Le chauffeur dit avoir échappé à des bombardements en Afghanistan, en Irak, à un tremblement de terre «au pied de la Tour Eiffel» et il assure être «le plus rapide de tout le Mali», d'où son surnom de «F-One», comme Formule 1, qui fait écho à la brièveté des épisodes - 3 minutes chacun.

Taxi Tigui, c'est «avant tout une comédie de divertissement, une caricature de la société», explique à l'AFP le Franco-Malien Toumani Sangaré, réalisateur et producteur de cette série diffusée depuis mi-mars par la télévision publique ORTM. «Chaque client est prétexte à un sketch, à une aventure».

La série crée des situations souvent loufoques auxquelles peut facilement s'identifier le public malien, estime la société de production de la série, BanKO, cofondée par Toumani Sangaré et Nicolas Frébault, un Français installé depuis une dizaine d'années dans ce pays de quelque 16 millions d'habitants.

Deux premières saisons, 44 épisodes

Le duo de BanKO ambitionne de créer du contenu audiovisuel «100% malien».

Dans le taxi, «on retrouve le quotidien du Mali», affirme Koman Diabaté, colosse habitué à camper des personnages très divers. «Tout ce qui se passe chez nous - aux plans culturel, économique, politique... on parle de tout».

«Les thèmes sensibles, on les a souvent tournés en dérision pour que le côté tabou disparaisse derrière le rire», précise la coscénariste Sirafily Django, qui joue aussi dans la série. Dans un épisode, le héros se trouve ainsi tiraillé entre l'appât du gain et son devoir religieux: il finira par accepter une course supplémentaire payée double et ratera l'heure de la grande prière.

À voir la réaction initiale du public, la série, dans laquelle apparaîtront des célébrités comme le comédien Habib Dembélé dit «Guimba national» et la chanteuse Babani Koné, suscite déjà l'intérêt des spectateurs, dans des proportions cependant difficiles à quantifier, faute de mesures d'audience dans le pays.

«Ça m'a beaucoup plu, c'est ce que nous vivons tous les jours au Mali», s'est réjouie Mariétou Togola, étudiante, après une projection en avant-première le 11 mars à Bamako.

Modibo Haïdara, réparateur de télévision, a regardé le premier épisode dans son quartier avec ses voisins. Il raconte avoir été plié de rire et compte regarder tous les numéros. «Ce sont les coutumes, la réalité du Mali, que Koman et les comédiens connaissent bien», dit-il.

Deux mois de préparation et douze jours de tournage ont été nécessaires pour réaliser les deux premières saisons, soit 44 épisodes. Trois épisodes inédits sont diffusés en soirée du lundi au mercredi, puis rediffusés en matinée les autres jours.

«À l'image de la population»

Selon le réalisateur, il s'agit de la première série malienne intégralement tournée en incrustation: cette technique d'effets spéciaux consiste à intégrer dans une même image le jeu des acteurs tourné en studio sur un fond vert et le décor constitué par les images de circulation dans les rues de Bamako. Elle a permis de réduire considérablement les coûts et la durée de tournage.

«Les productions audiovisuelles se font généralement sur un schéma Nord-Sud. On cherche à s'émanciper de ce système-là», explique Toumani Sangaré: «On a voulu créer un schéma de production nationale. La série a été produite uniquement grâce au soutien d'acteurs économiques locaux».

Une initiative saluée par Moussa Ouane, directeur général du Centre national de cinématographie du Mali (CNCM), qui souligne que la plupart des séries produites auparavant dans le pays, dont Les rois de Ségou (par Boubacar Sidibé), ont nécessité l'appui d'autres pays ou d'institutions internationales.

Les contraintes financières du cinéma et le déclin des salles - elles ont pratiquement toutes fermé au Mali - laissent un boulevard aux contenus pour la télévision, constate M. Ouane. «Il est désormais plus facile de produire des séries télévisées que des fictions pour le cinéma». Et les opportunités de diffusion se multiplient.

De plus, estime-t-il, «les gens ont besoin de se voir à l'écran», pas seulement de consommer des productions étrangères - surtout les feuilletons sud-américains qui inondent les petits écrans au Mali comme dans de nombreux pays africains.

«Les gens sont dans l'attente, c'est ce qu'on a découvert avec Taxi Tigui», confirme Toumani Sangaré, qui juge «très important de créer un contenu à l'image de la population».

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