Mobilisation contre la disparition des Guignols de l'info

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Bertrand Pinon, Franck Iovene
Agence France-Presse
Paris

La menace d'un clap de fin des Guignols de l'info suscite un tollé en France, où le gratin des médias, du showbusiness, une foule d'anonymes et jusqu'à la classe politique brocardée par ce programme télévisé satirique culte se mobilisent contre sa possible disparition.

Selon plusieurs médias, les marionnettes de cette émission poil à gratter, parodiant depuis 27 ans les journaux télévisés du soir à grand renfort d'humour noir sans tabou, pourraient être évincées en septembre de l'antenne de Canal+, la chaîne privée qui la diffuse.

Patron du groupe Vivendi, propriétaire de Canal+, l'homme d'affaires Vincent Bolloré réunit vendredi ses actionnaires pour «entériner la décision» qu'il a lui-même prise, d'après les mêmes sources. Les directions des deux entreprises se sont refusé jusqu'à présent à tout commentaire.

«Le capitaine d'industrie n'appréciait que très moyennement le programme», selon le site d'informations Metronews.

Interrogé récemment sur la radio France Inter à propos de «l'esprit Canal», fondé sur l'irrévérence, Vincent Bolloré avait déploré l'abus «de dérision» de la chaîne, regrettant une tendance à se «moquer des autres», un message à peine voilé à l'adresse des Guignols.

L'hypothèse d'une mort du programme, inspiré à l'origine du Spitting Image de la chaîne britannique ITV et copié depuis sur tous les continents, de l'Espagne à l'Inde en passant par le Cameroun, a déclenché une mobilisation spectaculaire de ses inconditionnels.

Une pétition en ligne «Touche pas aux Guignols» avait déjà recueilli jeudi plus de 10 000 signatures et l'affaire figurait parmi les sujets les plus commentés sur les réseaux sociaux, les internautes exprimant colère, indignation ou incompréhension.

«Vous n'avez donc rien retenu de ce maudit mois de janvier», a lancé Dorothée L., en référence à l'attentat jihadiste qui a décimé le 7 janvier la rédaction de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, autre symbole d'irrévérence. Des «Je suis Guignols», inspirés du slogan de soutien à Charlie, ont fleuri sur la Toile.

«Beaucoup ne pouvaient y croire hier mais Les guignols sont sur le point de disparaître. Aidez-nous», a lancé sur Twitter Benjamin Morgaine, l'un des auteurs de l'émission.

L'émotion a touché jusqu'à la classe politique. «Il faut les sauver, bien sûr!», a notamment lancé le président socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, défendant une émission dans la tradition du «fou du roi».

«Atchao Bonsoir»

Après des débuts poussifs, Les guignols de l'info se sont imposés au début des années 90 comme l'un des programmes phare du paysage audiovisuel français.

C'est à cette époque que sont apparues leurs marionnettes vedettes, comme «Monsieur Sylvestre», caricature de l'acteur américain Sylvester Stallone devenu le symbole des États-Unis et des multinationales.

Au fil des ans, de nombreuses expressions tirées du programme sont passées dans le langage courant en France, telles «Atchao Bonsoir», le salut quotidien du présentateur PPD, marionnette de Patrick Poivre d'Arvor, l'ancien journaliste vedette de la chaîne concurrente TF1.

On a beaucoup prêté aux Guignols: lors de la présidentielle de 1995, l'équipe a été accusée d'avoir favorisé la victoire de Jacques Chirac, avec son slogan «Mangez des pommes» et sa marionnette à l'allure sympathique, dans la guerre fratricide à droite l'opposant au Premier ministre de l'époque, Edouard Balladur, surnommé «couille molle».

Rattrapé quelques années plus tard par les affaires judiciaires, M. Chirac a ensuite vu sa marionnette évoluer en «Super Menteur» aux couleurs de Superman.

Les Guignols n'ont pas été tendres non plus pour ses successeurs, rarement décrits sous leur meilleur jour entre un Nicolas Sarkozy à la marionnette égocentrique perpétuellement agitée et un François Hollande falot et sous la coupe de ses compagnes successives.

Plusieurs médias évoquaient d'ailleurs jeudi derrière la menace de disparition de l'émission l'ombre de M. Sarkozy.

Les liens entre Vincent Bolloré et l'ancien président de droite (2007-2012), qui aspire à reconquérir l'Élysée en 2017, sont connus. Ils avaient été à l'origine d'une vive polémique en 2007 lorsque Nicolas Sarkozy avait passé les premiers jours suivant son élection sur le luxueux yacht du milliardaire.

La controverse sur l'avenir des Guignols survient trois jours après la mort de maladie de leur inventeur, l'ancien numéro deux de Canal+, Alain de Greef, à 68 ans.

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