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Combat contre la langue de bois: une décennie de coups de gueule

Michel Désautels n'a gardé aucune séquelle de l'AVC... (PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Michel Désautels n'a gardé aucune séquelle de l'AVC qu'il a fait lors de sa participation au Combat contre la langue de bois, en 2012.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

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Le concept, né au défunt festival Voix d'Amériques, a survécu pour devenir la très courue soirée-bénéfice du festival Phenomena de la fondatrice D. Kimm. Depuis onze ans, des participants aux horizons les plus divers ont pris la parole sur scène pour hacher menu les discours creux chaque fois que s'est produit le Combat contre la langue de bois, qui affiche toujours complet. La 10e soirée, dont la liste d'invités va de Monique Jérôme-Forget à Marc Séguin en passant par Aurélie Lanctôt, est remplie de promesses et garantie sans gueule de bois.

Le retour de Michel Désautels

La participation de Michel Désautels en 2012 s'est terminée sur une note inquiétante: l'animateur a fait un AVC, qui l'a forcé à un assez long repos. Heureusement, il ne garde aucune séquelle de l'incident, et c'est pourquoi il a volontiers accepté de remonter sur scène pour la 10e édition de l'événement.

«Je me suis dit: oui, pourquoi pas? Je suis top shape, je fais partie des chanceux.» Ce qu'il aime dans cette soirée est sa liberté. «Il y a peu de paramètres, le sujet est libre, il n'y a pas de modèles ou de thèmes imposés et j'ai trouvé que la plupart du temps, les gens faisaient un effort d'imagination.»

Trouve-t-il que ce genre d'événement a son utilité? 

«Si on ne faisait les choses que sur une base d'utilisé, ce serait ennuyant! C'est une prise de parole de gens chaque fois très différents, le cocktail peut être surprenant. C'est une célébration. Si c'est utile? Non. Si ça doit exister? Oui!»

Ce qu'il apprécie tout particulièrement, lui, un homme de radio, est de pouvoir sentir la réaction du public. «À la radio, nous en sommes privés, on peut juste l'imaginer. Le fait qu'il y ait des gens qui acceptent la convention d'être assis dans la salle et de recevoir la parole fait qu'il y a une tension qui peut être intéressante.» Michel Désautels confie qu'il parlera cette année d'ombres et de lumière...

La fête de D. Kimm

Si les combattants s'investissent lors de cette soirée, dit sa créatrice D. Kimm, directrice des Filles électriques, ils ne sont pas toujours faciles à trouver.

«C'est un challenge pour eux, l'événement est connu aujourd'hui, c'est devenu plus grand public.» Ce qu'elle apprécie le plus dans l'évolution de son événement est le mélange de paroles très différentes. «Au début, c'était plus une gang, une famille. Maintenant, nous avons des participants inattendus. Je suis très fière, cette année, d'avoir Monique Jérôme-Forget, c'est très audacieux de sa part!»

La principale leçon qu'elle retient des 11 ans du Combat contre la langue de bois est cet «immense privilège» de prendre la parole et de la recevoir, sur scène. «Ce n'est pas comme être à la télévision, où dans une discussion, on passe rapidement à autre chose. Les combattants choisissent leurs sujets, ils se préparent, ils n'ont pas de droit de réplique, ils ne peuvent pas se rattraper, revenir sur ce qu'ils ont dit, nuancer. C'est courageux comme démarche, et c'est ce que le public reçoit. On a l'impression d'être dans un moment privilégié, car ce n'est pas filmé, ce n'est pas capté et rediffusé. Je trouve ça beau.»

C'est aussi pour elle l'occasion unique de rencontres vivantes. «Avec les réseaux sociaux, on a l'impression qu'il y a beaucoup de prises de parole, de débats. Mais en même temps, comme personne n'écoute, c'est comme parler dans le vide. On peut faire n'importe quoi, dire n'importe quoi, c'est comme si plus rien n'était important. De penser à tout ce monde réfugié derrière son ordi ou en fusion avec son portable à surveiller son fil Facebook, ça me rend un peu triste. J'ai envie de dire : sortez, regardez, écoutez, parlez-vous!»

Le 10e Combat contre la langue de bois, le 27 avril, 20 h, à La Tulipe, soirée-bénéfice pour Les Filles électriques. Billets de soutien: 75 $ au 514 495-1515, avec reçu de charité de 50 $. Billets au balcon: 25 $ à la billetterie de La Tulipe et chez Admission.

Souvenirs de D. Kimm

• L'année où il y a eu René-Daniel Dubois et Serge Bouchard. Celui-ci avait parlé du fait qu'on était colonisés au Québec et qu'on ne connaissait pas nos propres intellectuels.

• Evelyne de la Chenelière, qui dénonçait la dictature de l'humour et qui nous expliquait qu'elle n'était pas une fille drôle.

• Lorsque Klang, un aveugle, est venu nous parler, cela avait ému la salle.

• Robin Aubert, qui a fait une imitation de l'Assemblée nationale.

• Claude Robinson, qui a parlé à une adolescente qui subissait de l'intimidation.

• Les regrettés Jacques Bertrand, Hélène Pednault et Ève Cournoyer, qui nous ont quittés depuis.

Quelques phrases entendues en 10 ans

«La langue de bois, ça crée l'illusion de la connaissance chez l'émetteur et un chaos cognitif chez les récepteurs.» - François Patenaude (2005)

«Lorsque nous croyons à la mode, nous sommes dans la foi, nous sommes des pratiquants de la pensée molle.» - Michel Garneau (2005)

«On s'en va vers un genre d'amertume nationale, un peuple aigri.» - Nathalie Derome (2007)

«Chaque langue de bois a ses oreilles de Christ.» - Denis Rainville (2007)

«J'aime ma langue, mais je ne suis pas un fétichiste. Le problème, ce n'est pas la langue que tu parles, mais ce que tu fais avec.» - René-Daniel Dubois (2008)

«Nous avons des émissions de danse sans danseurs, de musique sans chanteurs, parce qu'ils sont trop occupés à cuisiner dans d'autres émissions.» - Monique Giroux (2011)

«Je ne tolère plus l'expression tolérance zéro.» - Rémy Girard (2011)

Les combattants de cette année

Betty Bonifassi, Stéphane Crête, Jean-Paul Daoust, Michel Désautels, Lewis Furey, Monique Jérôme-Forget, Micheline Lanctôt, Aurélie Lanctôt, Christian Lapointe, Annick Lefebvre, Melissa Mollen Dupuis et Marc Séguin. À l'animation: Jean-François Nadeau.

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