Tête-à-tête avec les frères Boulerice

Fils de l'écrivain Jacques Boulerice, Alexandre et Nicolas... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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Fils de l'écrivain Jacques Boulerice, Alexandre et Nicolas Boulerice ont appris tôt dans leur vie la valeur de la culture dans la société.

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Le député du NPD Alexandre Boulerice saura lundi soir s'il représentera de nouveau les citoyens de Rosemont-La Petite-Patrie. À quelques jours du scrutin, La Presse l'a rencontré en compagnie de son frère musicien Nicolas, résolument souverainiste, qui vient de sortir un nouvel album de chansons. Entrevue croisée sur la vie politique et la culture.

Alexandre, vous appelez votre chef Tom ou Thomas?

Je l'appelle Thomas. Je l'ai toujours appelé Thomas, ça n'a pas changé.

Vous, Nicolas, vous appelez votre frère Alex ou Alexandre?

Alex ou «le frère»!

Parlons du niqab. Êtes-vous pour ou contre les gens qui votent avec un sac sur la tête pour protester contre le vote à visage couvert?

Nicolas: Je trouve ça ridicule. Ça a pris des proportions immenses pour quelques personnes... Il reste que le niqab est un symbole très fort, ça a choqué du monde et je trouve ça intéressant de voir qu'il y a autant de gens qui veulent que leurs institutions soient laïques.

Alexandre: Moi, je trouve ça un peu triste de voir des gens voter avec un sac sur la tête parce que c'est se moquer d'une institution démocratique qui est précieuse. Oui, peut-être qu'il y a une faille dans la loi qui permet aux gens de voter à visage couvert, mais ce n'est tellement pas une priorité pour nous. On va réduire nos émissions de gaz à effet de serre et rendre l'assurance-emploi accessible aux gens qui ont perdu leur emploi avant de toucher à ça.

Nicolas, vous dites que vous auriez pu faire de la politique et Alexandre, de la musique. Vous êtes donc interchangeables?

Nicolas: L'histoire, la politique, les mots, c'est ce qui nous rapproche. Ce sont les mots qui nous rejoignent. Alex jouait du piano quand il était plus jeune et il était bon en tabarnouche, même si, finalement, il a choisi la politique et moi, la musique. La vérité, c'est qu'on a tous les deux le désir de changer les choses. Quand j'écris des chansons avec mon groupe Le Vent du Nord, je parle presque tout le temps de politique et d'histoire.

Alexandre: C'est notre père, Jacques Boulerice, qui est écrivain, qui nous a donné ce goût des mots et de la culture. Il y avait des livres et des disques partout chez nous. Mon père fréquentait les cercles littéraires, alors c'est sûr qu'on a été influencés par lui. On a la même passion pour la langue et la place de la culture dans la société. Je vais donc défendre les artistes chaque fois que j'en ai l'occasion!

Nicolas, comment avez-vous réagi en voyant votre frère faire le saut en politique?

Nicolas: Ça m'a surpris. Ça m'a déçu qu'Alex choisisse un parti fédéraliste, parce que moi, je suis un souverainiste convaincu. En même temps, je partage beaucoup de valeurs avec le NPD. Je pense qu'Alex a décidé d'être social-démocrate avant d'être souverainiste. Il est préoccupé par l'égalité sociale depuis qu'il est né. Il s'est toujours battu pour les gens.

Alexandre, avez-vous dû faire des compromis sur vos sentiments nationalistes pour adhérer à un parti comme le NPD?

Alexandre: Non, ça s'est fait très facilement. Je suis un homme de gauche et je me reconnais dans le projet de société du NPD, qui est inclusif, où l'égalité et l'équité sont des valeurs centrales. Honnêtement, ça me fait plaisir de travailler avec les progressistes du Canada anglais comme Charlie Angus [député néo-démocrate de Timmins-Baie James] ou Megan Leslie [députée néo-démocrate de Halifax] pour battre la droite et appliquer un programme social-démocrate et amener de vrais changements.

Qu'est-ce que vous admirez le plus chez votre frère?

Alexandre: Son talent. Nico est un musicien extrêmement talentueux, qui a une énergie et une présence extraordinaires sur scène. Je l'ai vu des dizaines de fois en spectacle avec Le Vent du Nord et je le fais toujours avec beaucoup de plaisir. On va le voir en famille. Mes enfants connaissent les chansons de tonton Nico, donc je trippe pas mal sur ce qu'il fait comme artiste.

Nicolas: Alex a toujours été un exemple pour moi. C'est un homme qui va jusqu'au bout de ses convictions. J'ai beaucoup de respect pour mon frère, qui fait don de lui. Je trouve ça triste qu'aujourd'hui, on traite tous les politiciens de menteurs et de voleurs. Ça fait en sorte qu'il y a peu de gens avec une tête sur les épaules et le coeur à la bonne place qui vont en politique. Alex, lui, a le courage d'essayer de se lancer dans la mêlée.

Il a été peu ou pas du tout question de culture dans cette campagne. Qu'est-ce que vous auriez aimé qu'on aborde comme question?

Nicolas: Quand on parle d'économie, on ne parle jamais de culture. Pourtant, c'est un investissement rentable. Mon groupe, Le Vent du Nord, est une petite PME qui fait travailler du monde et qui rapporte des sous. On fait 130 shows par année à travers le monde. On amène de l'argent au Québec. On parle tout le temps de la culture comme quelque chose de cute, mais c'est aussi un moteur économique; on ne se réunit pas autour du feu pour gérer nos projets. C'est sérieux, ce qu'on fait.

Alexandre: J'aurais aimé qu'on parle encore plus du financement de Radio-Canada, qui a un mandat unique et qui est sous-financé avec les coupes des libéraux et des conservateurs des dernières années. On parle d'un financement d'à peine 29$ par habitant, tandis que les pays de l'OCDE financent leur diffuseur public à hauteur de 50 ou 55$ par habitant.

Le «plan de Tom» n'a pas de volet culturel... Ce sont les libéraux qui ont promis 150 millions à Radio-Canada, 180 millions au Conseil des arts, ainsi qu'une aide à Téléfilm Canada et l'ONF. Ils ont aussi promis de rétablir les programmes Prom'art et Routes commerciales [programmes de promotion et de diffusion des arts de la scène à l'étranger, abolis en 2008]. Si on est un artiste, il faudrait donc voter libéral, non?

Alexandre: Non. La plateforme des libéraux, c'est toujours la même game: ils promettent tout à tout le monde et après, ils ne font rien. Les libéraux ont coupé 440 millions à Radio-Canada, deux fois plus que les conservateurs. Ils flashent à gauche pendant les élections, puis ils tournent à droite quand ils prennent le pouvoir. Ils ont fait quatre campagnes en promettant des garderies publiques abordables; ils ne l'ont jamais fait!

Nicolas: Je ne pense pas non plus. Surtout si on est un artiste souverainiste. On ne m'achètera pas avec des subventions comme ça. Je ne fais pas confiance aux libéraux. Je ne vois pas comment Justin Trudeau pourrait injecter autant de fonds là-dedans sans virer à droite et couper ailleurs. Je pense que le Canada et le NPD devraient parler davantage de culture. Mais, par principe, je vais voter pour le Bloc.

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