Le directeur d'opéra Gérard Mortier est décédé

Gérard Mortier... (Photo PIERRE-PHILIPPE MARCOU, AFP)

Agrandir

Gérard Mortier

Photo PIERRE-PHILIPPE MARCOU, AFP

Agence France-Presse
BRUXELLES

Le Belge Gerard Mortier est décédé à l'âge de 70 ans après avoir mené la carrière de patron d'opéra la plus brillante et tumultueuse des trente dernières années, défendant sans relâche la modernité de l'art lyrique et sa dimension théâtrale.

Directeur artistique du Teatro Real de Madrid jusqu'en septembre 2013, Gerard Mortier souffrait d'un cancer diagnostiqué il y a moins d'un an. Il est décédé samedi, «dans la nuit, chez lui à Bruxelles», a indiqué dimanche l'établissement madrilène, en faisant part de «sa profonde douleur et sa consternation».

Ce brillant directeur globe-trotteur -- passé par le Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles, le Festival de Salzbourg, mais aussi l'Opéra de Paris jusqu'en 2009 avant de rejoindre Madrid -- s'est illustré par ses choix radicaux.

«C'était un grand innovateur», a confié à l'AFP le metteur en scène suisse Luc Bondy, qui a collaboré avec lui à plusieurs reprises.

«Il n'était pas consensuel du tout, il avait une grande personnalité, mais en même temps il réfléchissait beaucoup à la cohérence de ses programmations», a ajouté celui qui dirige depuis 2012 le Théâtre de l'Odéon, à Paris.

Né à Gand le 25 novembre 1943, fils de boulanger, éduqué chez les jésuites, Gerard Mortier a d'abord été conseiller (1979-1981) à la direction de l'Opéra de Paris.

Pendant onze ans à la tête du Théâtre royal de la Monnaie (1981-1992), il replace la maison bruxelloise sur l'échiquier européen avec des metteurs en scène inventifs (Luc Bondy, Herbert Wernicke...).

«Si notre maison occupe aujourd'hui une place de premier rang dans le paysage lyrique européen, c'est dans une large mesure grâce à lui», a réagi dimanche le théâtre bruxellois, évoquant «la perte d'un ami irremplaçable».

Les succès de Gerard Mortier n'échappent pas au Festival de Salzbourg, qui l'enrôle (1992-2001) à l'issue du long règne du maestro autrichien Herbert von Karajan. Il proclame la naissance d'un «Nouveau Salzbourg» en s'en prenant à l'influence des maisons de disques et aux conservatismes locaux avec des productions radicales.

L'expérience ne fut pas toujours simple, mais elle a été «la plus enrichissante» de sa vie.

«J'ai mes hooligans»

Après un intermède durant lequel il lance en Allemagne la novatrice RuhrTriennale (2002-2004), le Gantois prend les rênes de l'Opéra de Paris, capitale où l'on doit, selon lui, «lutter pour ouvrir les esprits». L'accueil est parfois houleux. Pour «Iphigénie», un spectateur crie: «Mortier au bûcher !».

«J'ai mes détracteurs, j'ai mes hooligans (...), mais j'ai aussi un public très fidèle, d'aficionados», assure l'intéressé en quittant Paris en 2009.

À Madrid, le Gantois remporte de nouveaux succès avec des opéras comme «Cosi fan Tutte» de Mozart, mis en scène début 2013 par un de ses amis, le réalisateur autrichien Michael Haneke.

Visiblement affaibli, il avait tenu à être présent à la présentation de l'opéra «Brokeback Mountain» en janvier à Madrid, production qu'il avait commandée en 2008 au compositeur américain Charles Wuorinen.

Dimanche, le Teatro Real a mis en berne les drapeaux ornant sa façade et lui a dédié la représentation d'«Alceste», de Gluck ce dimanche.

La Monnaie à Bruxelles va de son côté lui dédier la nouvelle création de Philippe Boesmans «Au monde» et ouvrira mardi un registre de condoléances.

Faisant part de sa «grande tristesse», l'Opéra de Paris lui dédiera la reprise de «Tristan et Isolde» donnée à l'Opéra Bastille à partir du 8 avril. Stéphane Lissner, qui prendra la tête de la maison parisienne cet été, a également rendu hommage au «défenseur d'un art lyrique résolument inscrit dans le XXe puis dans le XXIe siècle» ayant «combattu les conservatismes, les routines et les traditions dans ce qu'elles ont de plus rétrograde».

Les hommages ont également afflué au niveau politique. Le président français François Hollande a salué la mémoire d'un «grand directeur d'opéra, habité par la conviction que cet art était résolument contemporain» tandis que le premier ministre belge Elio Di Rupo a évoqué la perte d'une «personnalité visionnaire et généreuse».

En Espagne, le roi Juan Carlos et son épouse Sofia ont envoyé un message commun de condoléances à la famille de Gerard Mortier, soulignant son «caractère innovateur» et sa «contribution au renouveau de l'opéra», a indiqué à l'AFP une source de la Maison royale.

Les funérailles «seront organisées dans la plus stricte intimité, comme il le souhaitait», a fait savoir le Teatro Real.




la boite:1600147:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer