L'Orchestre Métropolitain entre dans les ligues majeures

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« C'est un peu comme présenter sa blonde ou son chum à sa famille élargie », dit le chef Yannick Nézet-Séguin au sujet de la tournée européenne qu'il s'apprête à entreprendre avec l'Orchestre Métropolitain.

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Mario Girard
La Presse

La prochaine tournée européenne du chef Yannick Nézet-Séguin se fera avec l'Orchestre Métropolitain. Cette aventure fera faire un bond spectaculaire à la formation montréalaise. À la veille du départ, le chef actuellement le plus en vue au monde nous parle de cette belle aventure.

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L'orchestre répète devant une salle vide avant de se produire devant plusieurs milliers de spectateurs européens.

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Après la répétition, le chef discute avec des responsables de l'orchestre.

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Mardi matin, salle Claude-Champagne de l'Université de Montréal. Les musiciens de l'Orchestre Métropolitain et leur fidèle chef, Yannick Nézet-Séguin, occupent largement la scène. Cette répétition a pour but de préparer la formation (agrandie pour l'occasion) aux deux programmes qu'elle offrira au cours des prochains jours aux mélomanes européens.

Pour cette répétition, les costumes que Marie Saint Pierre a dessinés spécialement pour les musiciens sont restés dans leur housse. Sur scène, les musiciens sont décontractés. Le maestro lui-même arbore un jeans « skinny », des Doc Martens et un t-shirt noir. Les looks sont cool, mais le ton est sérieux.

Complètement sérieux ? Pas tout à fait. Comment peut-il en être autrement en présence de Marie-Nicole Lemieux ? Cette dernière sera de la tournée pour interpréter Les nuits d'été de Berlioz. Turban autour de la tête, legging et cardigan de laine, l'interprète a même osé esquisser quelques pas de danse avec le chef.

Parmi les solistes, on retrouve également les violoncellistes Jean-Guihen Queyras et Stéphane Tétreault, de même que le pianiste Alexandre Tharaud (voir le contenu des programmes plus bas).

Tout au long de cette répétition, le chef fera preuve d'une fermeté aux formes arrondies, approche à laquelle il a toujours recours avec les orchestres qu'il dirige. Il donne ses indications avec franchise et aplomb, mais n'hésite pas à complimenter avec générosité ses musiciens lorsque le résultat est atteint.

« Jusqu'à 37, c'était bon. Mais tout de suite après, on a raté notre climax », dit-il en arrêtant l'orchestre dans une envolée des Variations Enigma d'Elgar. « Oui ! C'est ça ! Exactement ça ! », dit-il d'un ton enjoué aux musiciens lors de la reprise du même passage. Le chef fait des ajustements tout en nuance, mais qui ont une grande importance. Il utilise des expressions comme « un cheveu de plus » ou « un poil de moins » pour exprimer ses volontés.

Au bout de deux heures et demie de travail intense, il est assailli par des responsables de l'orchestre. Il répond à chacune de leurs questions avant de quitter la scène et venir me retrouver à la course. Je lui demande d'emblée si sa manière d'être avec les musiciens de l'OM est la même qu'avec ceux de Philadelphie, Rotterdam ou celui du Met, dont il deviendra bientôt officiellement le directeur musical.

« Je suis partout pareil. Mais c'est sûr qu'avec l'OM, on se connaît bien, donc on se permet plus d'intimité. Une grande confiance s'est installée. [Les musiciens] savent très bien que je peux leur dire que c'est n'importe quoi, ce qu'ils viennent de faire, comme je peux leur dire que c'est absolument magnifique. Ce n'est pas que je me retiens avec les autres orchestres, mais à Montréal, après 17 ans, la relation est nettement plus intime. »

Yannick Nézet-Séguin est arrivé dimanche de Philadelphie. Un assistant a assuré les premières répétitions. Dès son arrivée, il a pris les choses en main afin de préparer son orchestre au grand défi qui l'attend.

« Mon état d'esprit est un mélange de fierté, d'excitation et de hâte. Je me rends compte que cette tournée revêt un caractère très spécial. Les salles que nous allons visiter, j'y suis allé avec les orchestres de Philadelphie, Rotterdam, Berlin, Vienne, la Radio bavaroise ou Londres. J'amène donc l'Orchestre Métropolitain dans cette ligue. C'est un peu comme présenter sa blonde ou son chum à sa famille élargie. Il y a aussi un peu en moi du père qui veut que ses enfants se présentent bien. Cela dit, j'ai toute la confiance du monde que ça va bien se passer. »

Le point de départ de cette tournée est une demande de la Philharmonie de Paris, qui souhaitait accueillir l'OM et Yannick Nézet-Séguin. Ce dernier a proposé à son agente londonienne d'étendre cela à une tournée qui commencera dimanche soir à Dortmund, en Allemagne, et qui se poursuivra à Cologne, Amsterdam, Rotterdam, Hambourg et Paris. Le chef prenait l'avion hier pour aller retrouver ses musiciens déjà sur place.

D'autres villes auraient souhaité recevoir les musiciens montréalais, mais l'horaire très chargé du chef ne pouvait permettre une plus longue tournée. 

« Le plus loin que nous sommes allés, c'est à Toronto. Je m'étais toujours dit qu'il faudrait d'abord aller dans quelques villes américaines avant de faire une tournée internationale. Bref, on fait un grand bond qui n'était pas prévu dans les plans. C'est souvent comme ça que ça se passe avec l'OM. »

- Yannick Nézet-Séguin

Le chef croit que cette tournée aura un effet très positif sur l'orchestre. « Jouer dans les plus beaux écrins du monde va procurer une confiance aux musiciens. D'ailleurs, les rares fois où on a joué à l'extérieur de Montréal [Ottawa ou Toronto], je l'ai remarqué. L'orchestre n'a jamais aussi bien joué. C'est le rôle de l'adrénaline. Je l'ai vu avec l'Orchestre de Philadelphie, quand on est allés au Carnegie Hall. L'orchestre a joué avec plus de volonté, avec une envie de prouver quelque chose. C'est normal. »

Yannick Nézet-Séguin tient toutefois à préciser que le plaisir de jouer à Montréal demeure très grand. « On a toujours un plaisir immense à jouer devant le public montréalais, c'est sûr. Mais les artistes sont des conquérants, des séducteurs. J'espère que cette tournée va souder encore plus les musiciens, va leur procurer une écoute collective plus forte. »

Pour le moment, le public international connaît l'Orchestre Métropolitain grâce à ses enregistrements et à sa réputation grandissante. Les sept concerts prévus lors de cette tournée risquent de modifier davantage le paysage musical montréalais. « Le concept du grand frère et du petit frère au sujet des deux orchestres de Montréal, c'est derrière nous. Je crois qu'avec cette tournée, nous faisons la démonstration que l'Orchestre Métropolitain est de calibre international. »

UNE TOURNÉE, DEUX CONCERTS

PROGRAMME 1

Kaléidoscope de Mercure

Les nuits d'été de Berlioz avec Marie-Nicole Lemieux

Concerto pour violoncelle no 1 de Saint-Saëns avec Jean-Guihen Queyras 

Variations Enigma d'Elgar

PROGRAMME 2

Exil intérieur de Champagne 

Concerto pour la main gauche de Ravel avec Alexandre Tharaud

Concerto pour violoncelle d'Elgar avec Stéphane Tétreault

La mer de Debussy




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