Festival Bach: Bach joué sans maestro

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Au XVIIIe siècle, Gottfried Zimmermann a été l'un des premiers importateurs de café en Allemagne. Il avait ouvert à Leipzig un établissement pour augmenter la consommation de cette boisson énergisante venue d'Orient, et ce, dans un environnement propice à la musique.

Dirigé par nul autre que Jean-Sébastien Bach de 1729 à 1739, l'ensemble Collegium Musicum a présenté au Café Zimmermann et dans son jardin adjacent des concerts hebdomadaires constitués de cantates profanes et de musique instrumentale.

Ce lieu a été détruit deux siècles plus tard, soit pendant la Seconde Guerre mondiale, le site en friche a sombré dans l'oubli jusqu'à ce que de jeunes musiciens baroques en ravivent le souvenir à la fin des années 90. Le violoniste argentin Pablo Valetti et la claveciniste française Céline Frisch ont alors réuni d'ex-confrères de classe pour fonder l'ensemble baroque carrément nommé Café Zimmermann, et dont le port d'attache se trouve à Aix-en-Provence.

«Plusieurs d'entre nous nous étions connus à la Schola Cantorum de Bâle en Suisse, soit l'un des principaux centres d'enseignement des musiques anciennes en Europe. Après nos études, nous avions joué à droite et à gauche et avions éprouvé le désir de nous retrouver ensemble de nouveau»,  raconte la claveciniste Céline Frisch, jointe en France il y a quelques jours.

«Nous voulions retrouver l'ardeur vécue pendant nos études, prendre le temps de travailler comme nous avions envie de le faire.» 

Ne pas compter les heures de répétition, peaufiner l'exécution des oeuvres et présenter un travail de qualité avec une facture propre à l'ensemble. Voilà qui est garant du succès et de la crédibilité de Café Zimmermann, soutient notre interviewée.

«De plus, nous fonctionnons avec une équipe stable, ce qui nous a permis de construire un langage commun depuis la création de l'ensemble. Nous avons une sonorité propre, des phrasés et un langage développés ensemble.»

Pour les escales montréalaises, l'instrumentation d'époque de Café Zimmermann comprendra les cordes (violon, alto, violoncelle, contrebasse), le clavecin et les bois (flûte traversière baroque, basson, hautbois). Les violonistes Pablo Valetti et Mauro Lopez, indique en outre leur collègue claveciniste, possèdent des Guadagnini, très haut cotés dans l'univers de la lutherie.

Bien que le siège de l'ensemble soit à Aix-en-Provence, ses membres proviennent de plusieurs pays, France, Argentine, République tchèque, Québec, etc.

«Nous nous réunissons soit directement en tournée ou dans nos locaux de répétition à Aix-en-Provence, où nous jouissons d'une résidence au Grand Théâtre de Provence. Cette résidence nous donne la possibilité de préparer nos concerts, nous produire dans la salle et aussi rayonner autour de la ville, car nous avons le soutien de la région.»

Autre particularité importante de Café Zimmermann, l'absence de chef dans l'exécution d'une large part de son répertoire, notamment pour les oeuvres de Jean-Sébastien Bach aux programmes montréalais: «Nous travaillons avec un instrument par pupitre, ce qui nous permet de profiter du côté chambriste et donc de mettre en valeur les qualités de chaque instrumentiste. L'écriture de Bach s'y prête particulièrement parce qu'elle est très riche pour toutes les parties de l'ensemble, y compris les voix intermédiaires.»

Ainsi, Café Zimmermann refuse le «système vertical», c'est-à-dire sous la direction d'un maestro. Chaque instrumentiste a une voix indépendante et travaille comme s'il jouait au sein d'un petit ensemble de musique de chambre.

«Cette formule collégiale représente bien la façon dont est né l'ensemble, c'est-à-dire la rencontre de plusieurs musiciens. Toutefois, la direction de notre premier violon [Pablo Valetti] est requise lorsque nous abordons ces programmes nécessitant 25 ou 30 musiciens, ce qui ne sera pas le cas à Montréal. Pour le premier programme, par exemple, les musiciens entreront en relation avec le chanteur invité, Benoît Arnould, sans l'intermédiaire d'un chef. Pour le second programme, nous serons neuf sans chef non plus.»

Ce second programme sera consacré à des musiques profanes de Bach, comme le génial compositeur le faisait dans le jardin du Café Zimmermann il y a près de 300 ans. Novembre oblige, la formation d'Aix-en-Provence se produira alors sous un toit... et sans chef. Il est exclu que JSB, visionnaire devant l'Éternel, se retourne dans sa tombe.

La formation se produira deux fois dans le cadre du Festival Bach

> Le samedi 26 novembre, 19 h 30, Église St. Andrew & St. Paul

Jean-Sébastien Bach (1685-1750)/Cantate Ich will den Kreuzstab gerne tragen pour basse, 2 hautbois, hautbois da caccia, 2 violons, alto, violoncelle et basse continue/Cantate Ich habe genug pour basse, hautbois, 2 violons, alto et basse continue/Sonate pour violon et basse continue, en sol majeur/Sonate pour viole de gambe et clavecin, en sol majeur

Interprètes: Café Zimmermann, Céline Frisch, clavecin, Pablo Valetti, violon, Benoît Arnould, baryton

> Le dimanche 27 novembre, 15 h, Église St. Andrew & St. Paul 

Jean-Sébastien Bach/Concerto pour clavecin et cordes, en ré mineur/Concerto pour hautbois d'amour, cordes et basse continue, en la majeur/Suite n° 2 pour flûte, cordes et basse continue, en si mineur/Concerto pour hautbois et violon. cordes et basse continue, en do mineur

Interprètes: Café Zimmermann, Céline Frisch, clavecin, Pablo Valetti, violon

Le violoncelliste Yo-Yo Ma... (Photo archives AP) - image 2.0

Agrandir

Le violoncelliste Yo-Yo Ma

Photo archives AP

Les incontournables

Pour le 10e anniversaire du Festival Bach, sa fondatrice Alexandra Scheibler en souligne les incontournables.

> Les Variations Goldberg, concert d'ouverture, Sergei Babayan - Le 18 novembre, à la salle Bourgie

«Le concert d'ouverture présente l'exécution des Variations Goldberg par le pianiste arménien Sergei Babayan, précédée de la Fantaisie à la mémoire de Maria Yudina, en do mineur, de Vladimir Ryabov. Babayan a joué au Festival Bach il y a deux ans, il a été si bon que je l'ai invité de nouveau parce que les Variations représentent une de ses signatures. Il a joué des oeuvres de piano à quatre mains avec Martha Argerich, mais il demeure relativement peu connu pour son très grand talent. Cette méconnaissance du public est attribuable à sa carrière d'enseignant aux États-Unis. Il a formé plusieurs virtuoses de classe internationale, dont le prodigieux Daniil Trifonov. À ses étudiants, il impose invariablement la maîtrise d'au moins une cantate de Bach. Il est vrai que nous présentons souvent les Variations Goldberg, nous proposons au public d'en faire l'expérience dans plusieurs contextes. Pour le 10e anniversaire, d'ailleurs, nous les présentons à deux reprises; la seconde sera exécutée à l'orgue par Luc Beauséjour, le dimanche 20 novembre à l'oratoire Saint-Joseph.»

> Messe en si mineur de Bach, The Choir of Trinity Wall Street - Le 28 novembre, à l'église Saint-Jean-Baptiste

«Compositeur et aussi spécialiste du chant choral, l'Américain Julian Wachner a vécu une partie de sa carrière à Montréal. Il enseignait alors à l'Université McGill. Il a d'ailleurs été le premier directeur artistique du Festival Bach il y a 10 ans, après quoi il est rentré aux États-Unis. Je garde l'impression d'un musicien dynamique et enthousiaste. Nous travaillions aussi avec l'organiste et chef de choeur montréalais Christopher Jackson (du Studio de musique ancienne), mort tragiquement d'un cancer l'an dernier, et qui avait dirigé la Messe en si mineur au festival. Pour souligner le 10e anniversaire du Festival Bach et aussi pour honorer la mémoire de notre regretté collaborateur, Julian Wachner refera l'oeuvre avec The Choir of Trinity Wall Street, un ensemble excellent.»

Passion selon saint Matthieu, BW244, de Bach, concert de clôture, OSM - Le 30 novembre et les 1er et 4 décembre à la Maison symphonique

«Le Festival Bach entretient une excellente relation avec le maestro Nagano, l'OSM a une grande place au Festival Bach. Et s'il me fallait ne choisir qu'une seule pièce pour vivre dans une île déserte, je choisirais la Passion selon saint Matthieu. Bach n'avait pas composé d'opéra, mais cette oeuvre est à mon sens celle qui s'en approche le plus. Chaque fois que ce chef-d'oeuvre est joué, il se crée une grande proximité avec l'auditoire, à cause des solos magnifiques des chanteurs, du choeur divisé en deux groupes indépendants des deux orchestres. C'est pour moi très spécial et je ne crois pas qu'il faille s'en tenir au calendrier religieux pour présenter cet oratorio. Fait à noter, le ténor Julian Prégardien, qui incarne l'évangéliste, est le fils de Christoph Prégardien. Ce dernier avait campé ce rôle lorsque la Passion selon saint Matthieu avait été présentée au festival en 2009. C'est aussi une pièce très importante pour Kent Nagano, une production grandiose, difficile et chère à monter.»

> Suites pour violoncelle seul de Bach, Yo-Yo Ma - Le 2 décembre, à la Maison symphonique

«Cette année, la grande star du Festival Bach est le violoncelliste Yo-Yo Ma. Pour nous, c'est un gros coup, car il ne fonctionne pas comme les autres grands solistes, c'est-à-dire qu'il ne prévoit pas ses engagements aussi longtemps d'avance. Vraiment pas facile de l'avoir! Il est un des rares musiciens classiques connus du grand public. Il a été partie prenante d'une série américaine, il a travaillé avec des artistes d'horizons différents comme Bobby McFerrin. Il est très célèbre pour les suites de Bach, qu'il a enregistrées. La dernière fois qu'il est venu à Montréal, c'était en mars 2014, mais il n'y a jamais joué les suites de Bach pour violoncelle seul.»

> Partitas pour clavier de Bach, première et deuxième parties, Konstantin Lifschitz - Le 3 décembre, à la salle Bourgie

«Konstantin Lifschitz est un excellent pianiste d'origine russe. Il a enregistré récemment les Variations Goldberg. Il est un grand maître du répertoire de Bach et je voulais plutôt qu'il joue les six partitas de Bach pour clavier, ce qui est en soi une entreprise gigantesque. Depuis plus d'une décennie, sa réputation a grandi considérablement auprès des mélomanes, il enseigne aussi à la Haute École de Lucerne, en Suisse. Et, puisqu'il peut enchaîner les six partitas de Bach, nous l'avons programmé dans deux concerts consécutifs. Bien sûr, les mélomanes pourront assister aux deux concerts s'il le désirent, et nous leur faisons un prix spécial pour la paire. Si, toutefois, cela fait trop pour certains, ils peuvent n'assister qu'à un seul concert.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer